Le nouveau président élu (depuis dimanche 5 juin) du Pérou, Ollanta Humala, a effectué hier, jeudi 9 juin, son premier voyage à l’étranger bien qu’il ne sera investi officiellement dans ses nouvelles fonctions que le 28 juillet prochain. En effet, il s’est d’ores et déjà rendu au Brésil dans le but de rencontrer son homologue, Dilma Rousseff, présidente récemment élue du Brésil (investie en janvier 2011). Le candidat de la gauche nationaliste, qui a remporté les élections présidentielles face à la candidate de droite Keiko Fujimori, avec 51,48 % des voix, lors d’un second tour très disputé, n’a jamais caché tout au long de sa campagne qu’il souhaitait s’inspirer du modèle économique et social mis en place par le géant sud-américain.

« Nous ne pouvons pas parler d’un pays riche lorsqu’il existe autant de pauvreté, des programmes sociaux sont à ce titre nécessaires » Humala

 » Un pays ne peut pas être considéré comme riche lorsque persiste autant de pauvreté. Le Brésil est le premier pays que je visite. C’est un modèle stratégique de grande importance pour nous et… Un modèle de réussite concernant la stabilité macro-économique et l’inclusion sociale » a déclaré l’ancien militaire de 48 ans d’origine aymara (communauté indigène des Andes). Le Pérou compte sur près de 29 millions d’habitants, sur ce total, 30 % des habitants sont pauvres et 10 % vivent dans une pauvreté extrême malgré les 8 % de croissance annuelle. De fait, le président péruvien prône une meilleure redistribution des richesses.

La présidente brésilienne a confirmé qu’elle se rendrait bien au Pérou le 28 juillet afin d’assister à la cérémonie d’investiture de Humala, et l’a invité à se rendre de nouveau au Brésil, cette année, dans le cadre d’une visite d’Etat. Selon le porte-parole de la présidente en place, Rodrigo Baena Soares, O.Humala et D.Rousseff ont débattu de la possibilité pour le Pérou d’adopter différents projets sociaux réalisés par le Brésil comme le « Bolsa Familia »( il fait partie du programme plus général « Faim Zero ». C’est un « programme conditionnel, où le versement d’aides est conditionné à certaines obligations d’éducation par exemple), mis en place durant le gouvernement de l’ancien président Luiz Inácio Lula da Silva, mais aussi le programme « Brasil sin Miseria », lancé cette semaine par la présidente en place.

Ollanta Humala et Keiko Fujimori

Le nouveau chef de l’Etat péruvien a également souligné qu’il faisait de la lutte anti-drogue l’une de ses priorités nationales, sachant que le Pérou est le second producteur mondial de cocaïne après la Colombie. A ce titre, il a demandé l’aide du Brésil pour combattre le trafic de drogue et pour traquer les narcotrafiquants en particulier à la frontière.
Humala a déclaré « nous devons renforcer nos liens avec les Etats-Unis dans la lutte antidrogue ». Il a précisé « il y a des actions qui nécessitent une entraide multilatérale comme la lutte contre le trafic de drogues et la sécurité dans les zones frontières ». Par ailleurs, il est revenu sur l’importance de développer les relations à la frontière afin de dynamiser les régions concernées tant au Pérou qu’au Brésil. Le candidat de Gana Peru a souligné qu’il existait déjà un accord de coopération dans la lutte contre le narcotrafic entre les deux nations tout en précisant que dans ce combat tous les pays devaient participer de façon active.

Par ailleurs, le président élu souhaite mettre en avant ses propres mesures socio-économiques comme il a tenu à le préciser tout en gardant en tête le modèle brésilien et ses répercussions positives.

« Le Brésil est un modèle de réussite » Humala

« Nous reconnaissons que le Brésil est un modèle de réussite qui est parvenu à booster sa croissance économique tout en favorisant l’inclusion sociale. Nous savons que la réalité péruvienne est différente, mais ce qui compte c’est que notre gouvernement favorise la croissance économique avec une bonne inclusion sociale et un maniement prudent de la macroéconomie » a déclaré le futur chef de l’Etat. Un représentant de Dilma Rousseff a tenu à préciser que le Brésil ne prétendait pas à un leadership régional basé sur sa relation avec les gouvernements latino-américains de gauche et a assuré qu’il souhaitait promouvoir l’intégration de tous les pays sans aucune distinction politique.

Ollanta Humala et Lula Da Silva

Ollanta Humala doit rencontrer aujourd’hui même l’ancien chef de l’Etat, Lula da Silva, à l’Hôtel Intercontinental de Sao Paulo avant de s’envoler vers Asunción afin de se réunir avec le président paraguayen Fernando Lugo. Après son escale au Paraguay, le président doit se rendre en Uruguay dont le chef de l’Etat est José Mujica, en Argentine pour rencontrer la présidente Cristina Fernández de Kirchner puis à Santiago du Chili pour rendre visite au chef de l’État Sebastián Piñera. Une seconde tournée sud-américaine est d’ores et déjà prévue (les dates ne sont pas encore précisées), le président se rendra alors en Bolivie, en Équateur, en Colombie et enfin au Venezuela.

Durant sa campagne électorale Humala n’a eu de cesse de louer la gestion de l’ancien président du Brésil, Luiz Inácio Lula da Silva (2003-2011) qui a permis au pays de devenir une puissance économique émergente. Une façon également pour le nouveau président de revendiquer une affiliation plus proche du modèle brésilien que vénézuélien sachant que sa proximité présumée avec le chef de l’Etat Hugo Chavez ne rassurait pas la population au moment de la campagne électorale.

Pour ce premier déplacement à l’étranger, le président élu a été accompagné d’une délégation composée de son épouse Nadine Heredia, de l’ambassadeur Luis Chuquihuara, d’un membre de sa sécurité personnelle et d’une attachée de presse. Cette première rencontre s’est tenue au Palacio de Planalto et a duré environ deux heures à huis clos. Seul Humala s’est exprimé à la fin de la réunion aux médias tandis qu’un porte-parole de Dilma Rousseff a confirmé la présence de la présidente à la cérémonie d’investiture qui se tiendra à Lima.

Dans une interview accordée à la chaîne de télévision vénézuélienne Telesur, Ollanta Humala a assuré « que l’économie péruvienne était solide comme un roc et n’allait pas vaciller » une façon de rassurer les marchés financiers qui s’inquiétaient de l’arrivée au pouvoir de ce président présenté comme peu enclin au libéralisme. La nouvelle de l’élection de Humala a, en effet, provoqué le 6 juin la plus forte chute de la Bourse de Lima depuis sa création (12,51 %).
Alberto Bernal-León, analyste pour les économies émergentes a souligné qu’il faudrait attendre la composition de l’équipe gouvernementale de Ollanta Humala et le programme économique mis en place par cette dernière pour tranquilliser à long terme les marchés financiers même si le président élu se veut des plus rassurants concernant sa volonté affirmée de maintenir en place les traités commerciaux développés par ses prédécesseurs (parmi lesquels des traités de libre-commerce avec les Etats-Unis, la Chine, l’Union Européenne et plus récemment le Japon).