Colombie : Après les terribles inondations dues à La Niña, le pays organise enfin sa reconstruction

Colombie, Sciences — Par le 20 juin 2011 à 10 h 49 min

La Colombie est l’un des pays qui a le plus souffert d’un point de vue humain mais aussi matériel des pluies diluviennes causées par le phénomène climatique La Niña ces 12 derniers mois (avril 2010-mai 2011). Ce sont 474 personnes qui ont péri sur le territoire en raison de ces pluies intenses et prolongées (un record depuis 40 ans) et de leurs conséquences directes (glissements de terrain, inondations, crues des fleuves et rivières…).

La Colombie connaît habituellement deux périodes de pluies, une première de mars à avril et une seconde de septembre à octobre, mais ces 12 derniers mois la pluie est tombée quasiment sans discontinuer plaçant le pays en état d’alerte.

Au-delà de ce triste bilan humain, ce sont près de 3 699 000 personnes qui ont été affectées par ces intempéries, selon un dernier rapport officiel émis le 15 juin. La direction de la gestion des risques (DGR) en Colombie a souligné dans son nouveau rapport que cette saison hivernale a été la pire que la Colombie ait connue, laissant également 575 blessés et 80 disparus dans 1031 municipalités sur les 1100 que comptent le pays. Selon cette même entité, aux victimes mortelles s’ajoutent d’importants dégâts matériels, la destruction totale de 13 374 foyers et l’endommagement partiel de 494 508 habitations frappées par des éboulements et des inondations qui ont touché 90 % du territoire national.

Un temps sec est désormais attendu pour les trois prochains mois en raison d’un affaiblissement de La Niña, plusieurs régions restent en état d’alerte préventive en raison de l’instabilité du sous-sol qui regorge d’eau, ce qui pourrait occasionner de nouveaux glissements de terrain. Le 28 mai, le président de la République, Juan Manuel Santos, avait révélé que l’Institut d’hydrologie, de météorologie et des études environnementales, avait annoncé officiellement que les températures du Pacifique tropical étaient revenues à la normale ce qui signifiait la fin du phénomène La Niña.

L’Institut d’hydrologie et des études environnementales (Ideam) recommande cependant de maintenir les plans de surveillance en raison de la friabilité des terrains. Les éboulements et glissements de terrain ont provoqué la destruction de ponts mais ont aussi endommagé près de 400 routes ce qui rend le trafic routier difficile (transport de marchandises) et, par conséquent entrave la communication entre certaines communautés isolées.

474 morts et 80 disparus, voici le triste bilan humain des inondations 2010-2011

Les dégâts sont également considérables dans le domaine de l’agriculture, ces précipitations intenses ont détruit des millions d’hectares de cultures, des dizaines de fleuves sont sortis de leur lit et des milliers de têtes de bétail (environ 170 000 ont péri tandis qu’un million a subi un exode forcé) ont été ainsi emportés par les eaux. Le secteur agro-pécuaire a été particulièrement touché par ces terribles intempéries, il devra connaitre malgré tout une croissance estimée entre 2 et 4 % pour le début de l’année 2011.

La reconstruction coûtera à la Colombie 6,8 billions de pesos ( une somme débloquée à travers Colombia Humanitaria, les différents ministères et autres entités), c’est ce qu’a affirmé le président de la Junta Directiva de Colombia Humanitaria (organisme créé par le Gouvernement National pour répondre aux catastrophes naturelles et aux situations d’urgence), Jorge Londoño. Ce dernier s’est éloigné du secteur de la Finance pour se consacrer à cette tâche ardue au sein de La Junta Directiva de Colombia Humanitaria qu’implique la reconstruction et l’assistance à porter aux sinistrés après cette catastrophe de grande ampleur. Il a affirmé qu’il veillerait à ce que les ressources soient investies avec transparence dans des projets de reconstruction et d’aide aux sinistrés. Pour le moment, président de Colombia Humanitaria a souligné que seuls 15 % des projets de reconstruction avaient été mis en œuvre sur le territoire, essentiellement pour la reconstruction des voies menant vers les hôpitaux, des aqueducs et des collèges dévastés.

« Les œuvres que nous avons décrétées comme urgentes sont au nombre minimum de 3000 à travers le pays, malheureusement cela progresse lentement et nous en sommes aujourd’hui à environ 15 % » a-t-il déclaré.

Pour le moment Colombia Humanitaria qui bénéficie des Fonds nationaux pour les calamités et des Fonds de reconstruction et d’adaptation, a réalisé une tournée à travers le pays pour s’assurer que les gouverneurs et maires, qui sont les exécutants de ces projets gouvernementaux, comptent sur le soutien de l’État pour mener à bien les projets de reconstruction.

Londoño a ajouté que d’ici à la fin d’année la Colombie serait mieux préparée pour prévenir les risques liés à des pluies importantes. Il a également ajouté que le principal avait été assuré en prévenant une « catastrophe humanitaire majeure », le peuple n’ayant pas souffert de problèmes sanitaires liés à « la maladie ou à la faim ». Il a également précisé que lorsque les 3200 chantiers seraient enfin en cours cela aura un impact positif sur l’économie nationale, elle aussi fortement frappée par cette saison hivernale intense.
Les dommages dans la zone andine, ont été particulièrement impressionnants en raison des crues des principaux fleuves du pays qui traversent cette région fortement peuplée : Cauca et le Magdalena. Les sols sont saturés d’eau « le fleuve Magdelana, qui avait connu son niveau historiquement le plus critique avec 8 m de hauteur, a dépassé ces derniers mois les 11 m » a déclaré Yolanda González, responsable des prévisions météorologiques de l’Institut de Météorologie. De nombreuses villes du nord-est de la Colombie ont été particulièrement affectées, Riohacha (Guajira, près de la frontière vénézuélienne) a reçu trois fois plus de pluie qu’un mois de mai normal et Cúcuta (au nord de Santander), mais aussi les villes de Santa Marta et Barranquilla (nord, au bord de la mer caraïbe), Manizales (au centre-ouest) et Popayán (au sud-ouest). Dans la capitale Bogotá les pluies du mois de mai ont été 20 fois supérieures à celles enregistrées en moyenne pour cette région.

Pour palier à l’urgence, le gouvernement de Juan Manuel Santos a débloqué jusqu’à présent 3,7 billions de pesos (plus de 2 000 millions de dollars), cependant les populations des zones les plus affectées regrettent que l’aide n’arrive pas ou soit insuffisante.

Le phénomène La Niña se caractérise par des eaux anormalement froides dans le centre et l’est de l’Océan Pacifique tandis que El Niño se distingue par ses températures supérieures à la normale. Ces deux phénomènes perturbent le régime de circulation océanique et atmosphérique à grande échelle et ont des répercussions importantes sur le climat de nombreuses régions de la planète.

Reportage de Fernando Ramos pour CNN (21 mai 2011)


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