Le gouvernement péruvien a assuré début juin qu’il travaillait sur une politique de protection de cinq réserves territoriales situées en Amazonie, où vivent des communautés d’indigènes isolées conformément à la législation en vigueur dans le pays. Le communiqué adressé par le ministère de la Culture déclarait « l’État péruvien est l’un des premiers de la région qui a établi une politique de protection des peuples indigènes isolés » faisant référence à la loi 28736 approuvée, il y a trois ans.

Au moyen de cette déclaration, le ministère péruvien réfutait les accusations de l’O.N.G. internationale Survival qui avait laissé entendre fin mai que le gouvernement péruvien avait pour objectif de supprimer la réserve de Murunahua (qui abrite les communautés suivantes : les Cacataibos, les Isconahua, les Matsigenka, les Mashco-Piro, les Mastanahua, les Murunahua (ou Chitonahua), les Nanti et les Yora), située à la frontière brésilienne invoquant le prétexte que les indigènes avaient fui la zone menacés par les braconniers et autres trafiquants illégaux.

Le ministère péruvien a souligné via un communiqué officiel que l’État s’engageait à protéger les réserves territoriales de Isconahua, Murunahua, Kugapakori-Nahua-Nanti, Madre de Dios et Mashco Piro. Concernant le cas particulier de la réserve de Murunahua, l’État a informé que l’Institut national de développement des peuples andins, amazoniens et afro-péruvien (Indepa) réaliserait une série d’actions coordonnées avec le ministère public mais aussi des organisations de la société civile pour protéger au mieux cette réserve.

Survival s’est félicité de l’annonce effectuée par le ministère et a écrit au nouveau président élu du Pérou, Ollanta Humala, afin de l’interroger sur les intentions  de son futur gouvernement concernant la protection des populations indigènes vulnérables, isolées, la plupart répertoriées en Amazonie (les mesures concrètes à adopter sur le terrain) . Survival International avait révélé au monde l’existence d’un groupe d’indigènes isolés résidant au Pérou, à la frontière brésilienne, en début d’année et avait salué la décision des autorités péruviennes de collaborer avec les autorités brésiliennes « dans le but de protéger les peuples indigènes isolés qui vivent à la frontière entre les deux pays mais aussi dans le but de repousser les trafiquants illégaux qui s’introduisent sur le territoire desdits peuples autochtones ».

Une décision rassurante qui tombe à pic pour les défenseurs des indigènes puisqu’hier une nouvelle tribu d’Indiens isolés a été localisée dans la région amazonienne, côté brésilien, dans le bassin de la rivière Javari, au nord du Brésil, une zone proche de la frontière avec le Pérou. Une nouvelle qui a été confirmée par un porte-parole de la Fondation nationale de l’Indien (Funai). Cette communauté comprendrait 200 individus et a pu être repérée grâce à des images satellites, leur présence a été, par la suite, confirmée par un survol réalisé en avril par des fonctionnaires de la Funai, l’unique autorité autorisée à s’approcher des indigènes isolés. Une photographie divulguée par la Fondation sur la page web du site officiel de la Funai montre les natifs évoluant auprès de huttes entourées et plantations de maïs et bananes. Les autorités brésiliennes interdisent formellement à quiconque d’entrer en contact avec ces tribus isolées en raison du risque de contagion par des maladies contre lesquelles ils ne sont pas immunisées mais aussi pour préserver leur mode de vie intact sans intromission de l’homme blanc.

Fabricio Amorim, responsable de la Funai Javari, au sud-ouest de l’État Amazone, a expliqué dans un communiqué que le groupe pourrait faire parti de la communauté linguistique Pano, très présente dans la région qui abrite la plus grande concentration de groupes indigènes isolés au monde. La Fondation estime qu’environ 2000 individus appartenant à des communautés non contactées évoluent dans le bassin de Javari.

Les indigènes isolés se trouvent menacés par les activités illicites de bûcherons clandestins, de chercheurs d’or illégaux ou encore de narcotrafiquants qui agissent à la frontière entre le Pérou et le Brésil, d’où la nécessité d’une étroite collaboration entre les autorités péruviennes et brésiliennes pour préserver l’intégrité physique de ces communautés qui ne connaissent pas les frontières et qui peuvent passer d’un territoire à l’autre selon leurs besoins vitaux. La Funai estime qu’il doit y avoir au Brésil pas moins de 77 tribus isolées qui vivent ainsi au cœur de la forêt amazonienne. La tribu de Los Koburos fut la dernière découverte par la Funai en 1996, et aucun membre de la Fondation, n’est entré en contact avec les représentants de cette communauté. Aujourd’hui il ne resterait que 26 individus en vie au sein de cette tribu isolée.

L’une de ces tribus d’indigènes isolées avait été été repérée en 2008 et cette année, toujours dans cette même vaste région, une autre a pu être filmée et les images ont été diffusées en février par la BBC dans le cadre d’un documentaire intitulé « Planète humaine » (‘Human Planet’). Des images particulièrement émouvantes et rares qui avaient relancé le débat sur la protection des indigènes isolées au Pérou et au Brésil où ils évoluent sans avoir la moindre connaissance du monde extérieur et des éventuelles frontières qui séparent les hommes au-delà de la verdoyante et luxuriante Amazonie…