Le président du Venezuela, Hugo Chávez, a reconnu hier soir à la télévision nationale qu’il souffrait d’un cancer et qu’il a été contraint, à ce titre, de subir une seconde opération afin de retirer les cellules malignes. Cette révélation a été faite par le chef de l’État en personne lors d’une courte allocution (environ 15 minutes) prononcée jeudi à 21h depuis la Havane où il se trouve en convalescence depuis le 11 juin, date à laquelle il a subi sa première opération pour un abcès pelvien (une accumulation de pus dans la zone inférieure de l’abdomen).

Le président vénézuélien, visiblement amaigri et moins fougueux et prolixe qu’à son habitude, a expliqué qu’après sa première opération chirurgicale « des signes suspects, jusqu’alors passés inaperçus ont été révélés » avant d’ajouter qu’il s’agissait « d’une masse tumorale présentant des cellules cancéreuses », ces dernières ont été enlevées lors d’une seconde opération dont la date n’a toutefois pas été précisée.

A priori la nouvelle lui a été annoncée par l’ancien président cubain, Fidel Castro, en personne « il m’a parlé comme un médecin, et je me suis confié à lui comme un patient » a déclaré le mandataire souffrant. Comme il l’a souligné, il suit actuellement « différents traitements complémentaires » dans le but de  » combattre les cellules cancéreuses mises à jour » tout en précisant que son état de santé s’améliore chaque jour. Le président n’a pas hésité à déclarer qu’avec ce traitement il se trouvait sur la voie de « la totale guérison », gagnant ainsi « sa bataille pour la santé ».

« Je souhaite vous parler depuis cette route sinueuse, où je sens que je sors de l’abîme progressivement, afin de dire à mon peuple adoré : je crois que nous avons réussi, grâce à Dieu, grâce à mon cher peuple, grâce à la vie, nous allons vaincre. Aujourd’hui et pour toujours nous vivrons et nous vaincrons » a déclaré Hugo Chávez visiblement ému.

« Je reçois un traitement complémentaire pour combattre les différents types de cellules découvertes, et ainsi je continue sur la voie de mon rétablissement complet » H.Chávez

Fidel Castro et Hugo Chávez à la Havane

Il a toutefois reconnu avoir commis « une erreur » en ne se rendant pas à ses visites médicales de contrôle comme le souhaitait son entourage « j’ai fait des erreurs que certains philosophes pourraient qualifier de fondamentales : en négligeant la santé et en ne me rendant pas à mes différents check-up ». Avec cette apparition an chair et en os et ce discours prononcé à la télévision, le président a confirmé les rumeurs qui circulaient depuis plusieurs jours sur son véritable état de santé à savoir que son état était plus préoccupant que ce que les sources officielles du gouvernement le laissaient entendre. La rumeur avait enflé depuis ces derniers jours avec la publication nord-américaine, le New Herald Miami, qui déclarait que, selon les États-Unis, (plus exactement des agents de la CIA) le président se trouvait dans une situation « critique et compliquée » souffrant d’un cancer de la prostate.

Il avait dû être opéré en urgence à Cuba lors de sa tournée régionale en Equateur, Brésil, et l’Ile de Cuba, sa longue absence a depuis été source d’inquiétudes pour la population vénézuélienne. Il y a à peine quelques jours, le président de l’Assemblée nationale, Fernando Soto, avait publiquement démenti que le président puisse souffrir d’un cancer tout en annonçant qu’il serait de retour sur le territoire national le 5 juillet pour assister aux cérémonies officielles du Bicentenaire de l’Indépendance, une participation qui n’a pas été confirmée par le principal intéressé qui s’est contenté de déclarer laconiquement « je serai bientôt de retour » tout en précisant qu’il continuait à exercer ses fonctions à distance.

« Je suis resté informé et à la tête du gouvernement bolivarien, en communication permanente avec le vice-président Elia Jaua et toute l’équipe gouvernementale », a-t-il assuré.

Le président n’a toutefois pas donné de détails sur le type de cancer dont il souffrait ni sur la localisation exacte de la tumeur, ce qui laisse planer encore de nouveaux doutes quant à sa récupération future.

Le vice-président, Elías Jaua, en a appelé à « l’unité nationale » et à « une grande discipline » tandis que le président élu depuis 1999 se rétablit. H.Chávez, âgé de 56 ans, avait prévu de se représenter à la présidence lors de prochaines élections organisées en 2012, il briguerait ainsi un troisième mandat de six ans.

« Nous exhortons tous les pouvoirs publics à rester unis pour poursuivre la consolidation de l’État démocratique, de droits et de justice qui est inscrit dans la constitution de la république bolivarienne du Venezuela » a affirmé Elías Jaua. Pour le moment, l’opposition ne s’est pas encore prononcée sur les révélations soudaines du président.  Le chef de l’armée vénézuélienne, le général Henry Rangel Silva, a affirmé aujourd’hui vendredi 1er juillet que « le pays était tranquille » malgré l’annonce du président tout en précisant qu’aucune menace de l’ordre constitutionnelle n’était à craindre.

Plusieurs dizaines de partisans du gouvernement se sont rassemblés dans le centre de Caracas afin de manifester leur soutien mandataire malade, des images bien évidemment diffusées par la chaîne de télévision officielle VTV. Cela faisait plusieurs semaines que le président n’était pas apparu à la télévision, la population devant se contenter de quelques messages postés sur le réseau social Twitter et de quelques photos alors que sont habitués à un chef de l’État hyperactif est omniprésent dans les médias.

Mercredi, la télévision vénézuélienne avait dévoilé une vidéo montrant le chef de l’État après son opération se promenant et discutant avec le leader de la révolution cubaine Fidel Castro qui, dorénavant, on le sait, lui a annoncé de vive voix son cancer. L’état de santé du président Chávez a contraint le gouvernement vénézuélien de suspendre mercredi un important sommet latino-américain, le CELAC ou la Communauté des Etats latino-américains et caribéens (la Comunidad de Estados Latinoamericanos y Caribeños), qui devait se tenir le 5 et 6 juillet sur l’île vénézuélienne de Margarita .

(Article rédigé par Aline Timbert)