Les Péruviens célèbrent aujourd’hui les 100 ans de la « re-découverte », comme tiennent à le souligner les habitants de la région de Cuzco, du sanctuaire de Machu Picchu, une imposante cite inca située à 2 700 m d’altitude dans les Andes, découverte en 1911 par l’archéologue américain, universitaire à Yale, Hiram Bingham . Les festivités, qui vont se dérouler aujourd’hui au Machu Picchu, font le bonheur de la population et des touristes autant qu’elles inquiètent les scientifiques en raison du risque de dégradation du site déjà fortement fragilisé par l’afflux quotidien de visiteurs venus du monde entier.

Machu Picchu en 1911

Les festivités pour célébrer la révélation au monde du Machu Picchu ont débuté en début de semaine, mais c’est aujourd’hui que la grande cérémonie, qui rappelle l’arrivée d’Hiram Bingham en ces lieux reculés, va atteindre son apogée. Initialement, le président péruvien en place, Alan García, souhaitait organiser une fête gigantesque sur les ruines du célèbre site archéologique, mais il y a dû revoir ses ambitions à la baisse après que l’organisation des Nations unies pour l’Education, la Science et la Culture (l’Unesco) demande à ce que soit pris en considération les éventuels dommages que pouvait occasionner une telle manifestation sur un site inscrit au Patrimoine Historique de l’Humanité. Ce sont 200 personnes, parmi lesquels de nombreux politiques et journalistes, qui devraient assister aujourd’hui aux actes officiels dans la citadelle inca où les communautés autochtones feront montre de leurs rituels ancestraux (cérémonie du Tinkay) et de leurs danses identitaires après des semaines de répétitions intenses et de préparatifs, ce dans le but d’offrir une cérémonie inoubliable, non seulement au Pérou mais au monde entier (diffusion en direct sur http://www.tvperu.gob.pe/).

Cette célébration rend hommage à l’arrivée de l’explorateur et archéologue américain, Hiram Bingham, le 24 juillet 1911 au Machu Picchu qui pendant des années a été considéré comme celui qui a découvert cette merveille perdue dans la luxuriante végétation andine. Toutefois, les Péruviens et plusieurs études scientifiques révèlent que l’explorateur n’a pas été le premier à fouler les blocs de pierre de ce centre urbain précolombien. Plusieurs experts citent des dates historiques qui rappellent qu’Agustín Lizárraga, un paysan de Cusco, pourrait avoir été le premier citoyen, non indigène, à avoir foulé la cité le 14 juillet 1902. Un écrit sur les murs du « Temple aux trois fenêtres » mettrait en évidence sa présence sur les lieux à cette date, cependant ce fait est resté ignoré et n’est donc pas commémoré.

Des personnalités internationalement connues comme Leonardo DiCaprio, Cameron Díaz, Owen Wilson, Shakira, Ron Howard, Luci Liu ou encore le multimillionnaire Bill Gates ont eu le privilège de visiter la célèbre cité inca, contribuant ainsi à faire de cette enceinte archéologique, un lieu incontournable du Patrimoine Mondial. L’actrice Susan Sarandon a même été nommée « fille préférée du Machu Picchu » en avril 2010 lorsque le site a été rouvert au public après des mois de fermeture rendus nécessaire en raison de fortes intempéries (des pluies torrentielles à l’origine d’éboulements et de glissements de terrain) qui ont frappé la région de Cusco.

L’acteur américain Jim Carrey est la dernière célébrité en date à avoir visité ce week-end le site au beau milieu des préparatifs de la célébration du « Centenaire du Machu Picchu pour le monde ». La cité qui couvre environ 32 500 ha pourrait avoir été l’une des résidences secondaires du premier empereur inca, Pachacútec, (1438-1470) mais certaines découvertes archéologiques plus récentes font penser que que le site aurait été avant tout un lieu cérémoniel et religieux. Aujourd’hui encore la cité n’a pas livré tous ses secrets et reste un mystère qui fascine autant qu’il suscite la curiosité des scientifiques et l’admiration des non initiés.

En 1983, le Machu Picchu a été inscrit au Patrimoine de l’Humanité de l’Unesco sous le nom de « Sanctuaire historique du Machu Picchu ». Le 7 juillet 2002, il fut déclaré comme l’une des 9 merveilles du monde grâce aux votes de millions de personnes. Parmi les faits majeurs, survenus ces dernières années, en rapport avec la découverte du site, il est à noter la restitution de la part de l’université de Yale, au mois de mars, de 363 pièces archéologiques soustraites au Pérou en 1911 par Hiram Bingham. Les pièces qui n’étaient plus sur le territoire péruvien depuis un siècle ont fait leur retour afin d’être exposées plusieurs semaines au Palais Présidentiel de la capitale Lima où 100 000 personnes sont accourues pour apprécier ces beautés oubliées. Il s’agissait d’un premier lot remis aux autorités péruviennes (un second arrivage d’objets en provenance de Yale est prévu pour le mois de décembre 2011 et enfin un dernier estimé pour le moment à l’année 2012). Aujourd’hui, les pièces se trouvent exposées à la Casa Concha de Cuzco jusqu’à ce que soit construit le grand musée du Tahuantinsuyu. Le Pérou avait réclamé la restitution de 46 000 pièces à l’université de Yale jusqu’à ce qu’une demande civile soit clairement effectuée en 2008, de longs pourparlers entre les autorités péruviennes et la célèbre université américaine ont pu enfin aboutir.

On estime que ces célébrations vont attirer sur deux jours entre 3000 et 3200 visiteurs, « nous avons une moyenne de 2500 touristes par jour, mais ce 7 juillet nous attendons entre 3000 et 3200 visiteurs. Le premier train vers le Machu Picchu par à 7h00 du matin et s’ensuivra un ballet incessant de visiteurs jusqu’au soir » a informé le maire de Machu Picchu, Óscar Valencia, qui espère au total la venue de 10 000 personnes dans le cadre du Centenaire.

Le vice-ministre du Patrimoine culturel et des industries culturelles, Bernardo Roca Rey, a assuré que malgré cet afflux touristique aucune pierre formant le sanctuaire inca serait affectée par la célébration du centenaire. Le clou du spectacle sera un son et lumière organisé dans les ruines mêmes de la citadelle, cet événement devrait être suivi par des millions de téléspectateurs à travers le monde.

Les pressions exercées par l’Unesco sur la préservation du site du Machu Picchu ne sont pas nouvelles, une situation qui a failli valider l’inscription de la cité sur la liste des sites « en situation de risque » établie par l’ONU. Fernando Astete, chef du parc archéologique du Machu Picchu, une zone qui jouit d’un riche écosystème et qui s’étend sur 38 000 ha autour de la cité, a déclaré qu’il n’avait aucun problème au sein des ruines mais plutôt dans le reste de la zone.

Machu Picchu est, sans aucun doute, l’un des plus importants symboles identitaires du Pérou à travers le monde, et il est difficile de concilier sa forte popularité qui conduisent des milliers de touristes à le visiter et les efforts de préservation nécessaires à sa survie. Comme le déclare l’archéologue Luis Lumbreras, ancien directeur de l’Institut national de la Culture « Le Machu Picchu, c’est pour le Pérou l’équivalent des pyramides d’Egypte ». Une question épineuse qui risque de préoccuper le nouveau président du Pérou, le nationaliste Ollanta Humala qui succédera au président Alan García, lors d’une cérémonie d’investiture qui se tiendra le 28 juillet.

Chemin de l’Inca

Cependant, une bonne nouvelle vient de surgir en marge des festivités du « Centenaire »  pour le  Pérou qui, a l’instar d’autres pays andins, souhaite depuis plusieurs années l’inscription du Chemin de l’inca au Patrimoine de l’Humanité de l’Unesco,une demande qui devrait enfin aboutir en 2012. Lors d’une récente visite effectuée dans la communauté de San Miguel de Cuchis, située à 33 km de Cerro de Pasco et à 346 km de Lima, le gouvernement régional de Pasco a eu l’agréable surprise en marchant sur ses routes pavées de découvrir qu’il s’agissait d’un tronçon du célèbre Qhapaq Ñan ou Chemin de l’inca qui traverse à ladite zone à destination de Huánuco, Cajamarca, jusqu’en Équateur et en Colombie.

Rodolfo Rojas Villanueva, représentant de ladite communauté, a souligné que face à la surprise du gouvernement régional très ému et fier que sa région possède un aussi prestigieux vestige de la civilisation inca, la décision de restaurer ce chemin avait été prise aussitôt. Le Chemin de l’inca, qui traverse cette région, constitue une magnifique opportunité pour la population puisqu’une fois restauré, il pourra devenir un lieu d’attraction culturelle qui favorisera  la venue de touristes nationaux et internationaux, des visiteurs qui chercheront à emprunter ces voies de communication millénaires riches d’histoire. « Ainsi le futur chemin de l’inca de San Miguel de Cuchis, fera également parti de ce Patrimoine Mondial de l’Humanité qui est sur le point d’être reconnu par l’Unesco. Cela constituera également une nouvelle source d’activité économique (le tourisme) pour notre communauté qui se trouve submergée dans une extrême pauvreté » a conclu Rojas Villanueva, fondateur du parti écologiste « Patria Verde ».

De la Colombie à l’Argentine, six pays abritent des vestiges de la « Route royale inca ». En Équateur, un tronçon de l’« Inganan » (60 km) relie le village d’Achupallas (province de Chimborazo) au site inca d’Ingapirca (province du Canar). Parfois pavée, la route grimpe entre des murs de soutènement pour culminer, souvent dans le brouillard, à 4 350 m.
Au Pérou, de Huari à Huanuco Pampa, ce tronçon (80 km) est le mieux préservé du Qhapaq Ñan péruvien. La route pavée est jalonnée de ponts et de canaux de drainage. Elle débouche sur le site archéologique de Huanuco Pampa, capitale provinciale et deuxième ville de l’Empire après Cuzco.
Une des voies secondaires les plus célèbres du Qhapaq Ñan conduit, sur 40 km à travers la vallée sacrée, jusqu’à Machu Picchu, résidence impériale et sanctuaire religieux construit vers 1440 sous le règne de Pachacutec.
En Argentine, le Qhapaq Ñan passe en son point le plus élevé (le col d’Abra del Acay, à 4 895 m), avant de descendre sur 8 km vers les vallées Calchaquies.

(Article rédigé par Aline Timbert)

Source : Aeronoticiasperu le 6 juil. 2011