Seize pays d’Amérique latine, d’Asie, d’Europe et d’Afrique se sont engagés le 5 juillet à s’unir afin d’améliorer la législation internationale en matière de Protection Patrimoniale et ont qualifié « de changements positifs » la possibilité d’interrompre les relations scientifiques avec des pays qui possèdent des objets archéologiques dérobés.

Les seize nations participantes, parmi lesquelles le Mexique, la Chine, l’Égypte, la Grèce et le Pérou, ont souscrit à Lima, capitale du Pérou, à une déclaration conjointe en défense des biens culturels de chaque pays durant la clôture de la II Conférence sur la Coopération Internationale pour la Protection et la Restituion du patrimoine culturel (Conferencia sobre Cooperación Internacional para la Protección y Repatriación del Patrimonio Cultural) qui avait débuté le 4 juillet au Pérou.

Dans ce manifeste, les pays ont réaffirmé le droit fondamental de chaque nation à conserver son patrimoine culturel et se sont engagés à lutter conjointement pour la protection de leurs biens et à « travailler ensemble afin d’obtenir des améliorations dans le système international », ce au bénéfice de la protection du patrimoine. Selon les pays signataires, l’un des moyens de pression, pourrait être la suspension des relations scientifiques ou académiques avec les pays ou institutions qui possèdent des biens culturels de provenance douteuse. Le ministre des antiquités égyptiennes, Zahi Hawass, connu comme étant le « Indiana Jones » égyptien a exprimé dans une interview accordée à EFE son souhait que les pays participants optent pour une rupture des relations scientifiques avec les pays qui s’opposent à la restitution de biens culturels appartenant à d’autres nations. Il a précisé que l’Égypte avait récupéré six tableaux qui se trouvaient au musée du Louvre après avoir rompu les liens de collaboration avec l’institution française.

Les participants ont également salué l’action péruvienne qui lui a permis de récupérer pacifiquement les pièces archéologiques de la citadelle inca Machu Picchu, qui durant un siècle, sont demeurées entre les mains des universitaires et scientifiques nord-américains de l’université de Yale.  » Nous reconnaissons qu’il s’agit là d’un exemple notable de solution pacifique permettant la restitution de biens culturels, un témoignage de bonne foi qui devrait exister entre les gouvernements, des entités académiques ou culturelles » ont signalé la Bolivie, la Colombie, la Chine, l’Équateur, l’Égypte, la Grèce, le Guatemala, l’Inde, Israël, la Jordanie, le Mali, le Maroc, le Mexique, et enfin la Turquie.

La ministre bolivienne des cultures, Elizabeth Salguero, a ajouté durant cette conférence que « la plupart du temps la récupération de biens culturels a un coût important en raison des procès les actions légales menées à un niveau international » avant d’ajouter « de ce fait, nous devons coordonner nos actions et nous unir pour réclamer de façon conjointe nos vestiges, afin que nos peuples aient le droit de récupérer leur patrimoine culturel afin de renforcer leur histoire et leur identité culturelle comme témoignage de la décolonisation ». Le président péruvien en fin de mandat, Alan García (qui cédera sa place au nouveau président élu, le nationaliste de gauche d’origine indigène Ollanta Humala dans une quinzaine de jours) a souligné l’importance des instruments et des mécanismes de restitution du patrimoine que peut favoriser la conférence. La conférence a eu pour objectif d’analyser les instruments internationaux souscrits sous l’aval et la protection de l’Unesco et d’autres traités régionaux et bilatéraux, et analyser ainsi les mesures de renforcement de protection du patrimoine. Le Pérou a récupéré, cette année seulement, en marge des festivités organisées pour « L’année du Centenaire du Machu Picchu pour le monde » une partie des objets prélevés sur le célèbre site archéologique en 1912 par l’explorateur et universitaire américain, Hiram Bingham, et devrait recevoir deux nouveaux lots d’objets d’ici la fin 2012. De la même façon, le Pérou réclame la restitution de 100 vestiges textiles appartenant à la culture Paracas, qui ont été sortis illégalement du pays en 1929 et qui sont actuellement abrités au Musée des Cultures du Monde de la ville de Göteborg en Suède.

Rodolfo Rojas Villanueva

L’activiste écologique péruvien Rodolfo Rojas Villanueva, fondateur du parti Patria Verde a envoyé dès le lendemain de cette conférence menée par le président du Pérou, Alan García, une lettre au consulat de Suède à Lima, une autre au Premier ministre suédois Fredrik Reinfeldt et enfin un duplicata au roi de Suède Charles XVI Gustaveafin de réclamer la restitution des 100 textiles de la culture Paracas, et autres biens, que possède le Musée de la Culture de Göteborg (Världskulturmuseet) et dont la provenance est illicite. Il espère ainsi exercer un moyen de pression sur les autorités suédoises. Rojas Villanueva signale que la culture Paracas a été découverte par l’archéologue péruvien Julio C. Tello en 1925 et que l’une de ses particularités est la richesse de son artisanat textile qui a atteint l’une des grandes expressions artistiques précolombiennes. L’archéologue avait divisé l’ère Paracas en deux périodes : Paracas Cavernas (700 av. J.-C. – 500 av. J.-C.) et Paracas Necrópolis (500 av. J.-C. -100 av. J.-C.). Des tombes en forme de nécropoles avaient été découvertes par Toribio Mejia Xesspe, un disciple de Tello.

« En tant que citoyen péruvien j’assume cette réclamation de biens que nous ont légué nos ancêtres. J’espère que cela ne se passera pas comme les pièces du Machu Picchu, puisque l’université de Yale n’a restitué pour le moment que 300 objets et il n’est pas dit à l’heure actuelle qu’elle restitue l’intégralité (plus de 40 000 pièces), le parlementaire Yhony Lescano l’a également souligné, n’est-ce pas ? » a déclaré Rojas Villanueva, militant écologiste originaire d’une région pauvre des Andes (Pasco) qui se mobilise à différents niveaux pour défendre l’identité péruvienne à travers ses racines indigènes, son Histoire, ainsi que son patrimoine culturel et naturel.

Le gouvernement péruvien dans le cadre de la II Conférence sur la Coopération Internationale pour la Protection et la Restitution du patrimoine Culturel a déclaré « la municipalité de Göteborg est complice de la soustraction de plus de cent tissus  de la culture Paracas, qui, il y a plus de 2 000 ans, est parvenu à une telle maîtrise du tissage qu’aujourd’hui encore, avec des machines, on ne peut pas entremêler autant de fils ».

« Nous avons le droit de les poursuivre pénalement et au niveau international, pour qu’Interpol (organisation policière internationale) procède à l’arrestation de toute personne qui se rend complice de la déprédation et du pillage d’une civilisation. »a déclaré le chef de l’État péruvien.

La ville suédoise de Göteborg a exprimé sa « surprise totale », après l’annonce par le président péruvien d’une poursuite contre la ville pour appropriation illicite de textiles de la culture préhispanique.

Le Pérou est le pays d’Amérique latine le plus touché par le trafic et le vol de biens patrimoniaux, suivis par la Bolivie et le Mexique, selon la section péruvienne d’Interpol.

La Bolivie a été désignée pour accueillir la III Conférence Internationale pour la Protection et la Restituion du patrimoine culturel qui se tiendra en avril 2012.

(Article rédigé par Aline Timbert)