31 mineurs sur les 33 « héros nationaux » rescapés l’année dernière au fond de la mine chilienne San José de Copiapó, située dans le nord du pays, ont porté plainte, hier vendredi 15 juillet, contre l’État pour négligence et préjudice moral et réclament, à ce titre, au gouvernement 15 millions de dollars de dommages et intérêts. Les mineurs tiennent à souligner qu’il s’agit d’une plainte contre l’État chilien et non contre le gouvernement en place réfutant d’emblée toute action motivée par des quelconques intérêts politiques.

Luis Urzúa

Pour rappel, les 33 mineurs étaient restés prisonniers des entrailles de la terre, à 700 m de profondeur, durant 70 jours après que des galeries où ils évoluaient dans leurs cadres de leurs activités salariées se soient soudainement écroulées. « Nous souhaitons que soit reconnu le préjudice subi au fond la mine » a déclaré le mineur Luis Urzúa (54 ans, leader charismatique et chef de groupe des ’33’ au moment des faits) aux journalistes alors qu’il venait de confirmer sa demande d’indemnisation d’un demi-million de dollars à l’instar de ses trente compagnons d’infortune pour ne pas dire de galère. Cela fera bientôt un an, le cinq août, que cet évènement qui a suscité l’intérêt et l’émotion du monde entier s’est produit, il avait suscité la mise en place de moyens techniques gigantesques afin de procéder au sauvetage des travailleurs miniers bloqués dans cette vétuste exploitation de cuivre.

« Nous ne faisons que défendre ce que nous avons décidé d’entreprendre, les 30 mineurs ainsi que moi-même souhaitons que soient reconnues toutes les souffrances que nous avons subies ainsi que nos familles » a ajouté Urzua déjà fort d’un mental exceptionnel lors de sa captivité forcée sous terre. L’avocat qui représente les 31 demandeurs, Edgardo Reinoso, a déposé une plainte vendredi devant le procureur et le juge de Santiago, et exige de l’État chilien une indemnisation de 540 000 $ pour chacune des victimes.

Les plaignants accusent le Service National Géologique et des Mines (Sernageomin) de ne pas avoir inspecté préalablement les conditions de travail des employés et de ne pas avoir vérifié les mesures de sécurité appliquées au sein de la mine San José, où ils travaillaient. Le Sernageomin a été totalement restructuré après cet accident et a pris de nouvelles dispositions parmi lesquelles l’augmentation des inspecteurs du travail dans le milieu minier. Selon le mineur Claudio Yáñez, l’un des autres demandeurs, le gisement avait déjà été fermé dans le passé en raison d’un trop grand nombre d’accidents du travail « tout le monde sait qu’en 2005 et en 2007, il y a eu deux morts dans cette mine, et depuis ce jour, elle était considérée comme dangereuse, mais elle a toujours été dangereuse cette mine » a déclaré Yáñez à la chaîne de télévision CNN Chile.

La mine demeure fermée en attendant que ses propriétaires payent les dettes contractées après le sauvetage qui s’est achevé de façon heureuse le 13 octobre 2010 lors d’une spectaculaire opération suivie par des millions de personnes à travers le monde et qui a coûtée à l’État chilien pas moins de 20 millions de dollars.
De son côté, le ministre des Mines avait gelé les biens du groupe San Esteban, propriétaire de la mine, afin de financer l’opération de secours.
Le groupe San Esteban doit répondre des accusations de failles sécuritaires qu’on leur reproche, les familles de 27 des mineurs piégés avaient déposé une poursuite judiciaire en octobre 2010 réclamant 10 millions de dollars à la société minière pour avoir fait preuve de négligence concernant la sécurité. L’avocat des familles, Edgardo Reinoso, avaient précisé à ce moment-là que les parties civiles comptaient demander à l’État une compensation identique au gouvernement, car ce dernier n’était pas parvenu à veiller à ce que la réglementation soit appliquée dans la mine.

« Nous déposons cette plainte pour faire un précédent, pour que ce qui s’est passé le 5 août (2010) ne se reproduise plus jamais au Chili », a ajouté Omar Reygada, un autre mineur victime du terrible éboulement.

Les mineurs avaient été secourus un par un en remontant à la surface grâce à une capsule de métal spécialement conçu pour ce sauvetage, baptisée symboliquement « Phénix » (une allusion à l’oiseau de la mythologie grec qui est capable de renaître de ses cendres), pour se faire, ils ont dû emprunter un conduit étroit de 622 mètres de long creusé à l’aide d’une foreuse durant plus de 30 jours, cette opération avait été nommée « Operación San Lorenzo » (Saint Patron des mineurs). Le président du Chili Sebastián Piñera avait suivi les opérations de secours avec beaucoup d’intérêt et avait accueilli chaleureusement les mineurs dès leur sortie de l’obscurité.

Tous sont sortis sains et saufs des profondeurs de la terre et, après 48 heures d’examens médicaux, ils avaient pu rejoindre pour la plupart leur domicile. Parallèlement à cette plainte, 14 mineurs ont réclamé une retraite anticipée en raison des séquelles physiques et psychologiques laissées par l’accident et espère que le président répondra rapidement et favorablement à leur requête « Ces pensions sont en accord avec tout ce que nous avons souffert, pour tout ce que nous avons enduré, beaucoup d’entre nous ont du mal à refaire leur vie. La liste comprend les mineurs âgés de plus de 49 ans » a ajouté Urzúa au journal El Mercurio le 3 juin. L’un des 33 rescapés, Pablo Rojas, a d’ores et déjà repris son travail à la mine faute d’avoir trouvé un autre emploi, il s’est associé à un chef d’entreprise afin d’exploiter la mine Lucero à leur compte.

Les mineurs avaient, maintes fois, demandé aux propriétaires de la mine San José qu’ils accusaient d’ailleurs d’être surexploitée de façon inconsidérée, ce après 100 ans de prospections, de prendre les mesures nécessaires car il craignait que les galeries finissent par s’effondrer sur leurs têtes, ce qui a fini par arriver en cette journée d’août 2010…

(Article rédigé par Aline Timbert)