L’Institut National d’Éducation pour les Adultes (INEA) a remporté l’un des prix internationaux d’alphabétisation pour l’année 2011 que remet l’organisation des Nations Unies pour l’éducation, les sciences, et la culture ; le prix « Unesco-Rey Sejong » crée en 1989 grâce à la générosité du gouvernement de la République de Corée. 

Le prix rend hommage à la contribution exceptionnelle faite à l’alphabétisation il y a plus de 500 ans par le roi Sejong, inventeur de l’alphabet coréen ‘hangul’, qui reste aujourd’hui encore un modèle de référence précieux pour le monde.

Carlos Alejandro Castillo Garza, directeur académique de l’Institut dans l’État de Coahuila, a signalé le 22 juillet qu’il avait été informé de la bonne nouvelle par la directrice générale de l’Unesco, Irina Bokova. Ces prix reconnaissent des projets qui favorisent la paix et l’égalité sociale, avec une attention particulière portée à l’égalité des genres. Ils ont été décernés par un jury international qui s’est réuni du 4 au 8 juillet à Paris et a sélectionné les projets développés au Burundi, au Mexique, aux États-Unis, et enfin en République démocratique du Congo tandis que le Pakistan et les Philippines ont reçu des mentions honorables pour leur action. Chaque année les quatre gagnants reçoivent respectivement une somme de 20 000 $ et une médaille d’argent lors d’une cérémonie spéciale, elle se tiendra le 8 septembre à New Delhi, en Inde, cette date revêtant une signification particulière puisqu’il s’agit de la Journée Internationale de l’alphabétisation. Selon un communiqué émis par l’Unesco, le INEA sera mis en valeur pour son programme d’alphabétisation bilingue qui a démontré son efficacité dans la lutte contre l’analphabétisme des communautés indigènes du Mexique, en particulier chez les femmes, et qui permet ainsi aux natifs de faire valoir plus facilement leurs droits. Selon le jury international, le INEA peut constituer un exemple pour d’autres communautés et pays multiculturelles et multilingues qui souhaitent améliorer la cohésion au sein de leur société.

L’Institut National d’Éducation pour les Adultes distingué cette année par l’Unesco pour son engagement contre l’analphabétisme

Dans les dernières décennies, le Mexique a diminué de façon considérable le pourcentage de population analphabète parmi les plus de 15 ans, en 1970, le pourcentage de population qui ne savait ni lire ni écrire atteignait les 25,8 %, en 2005, le taux d’analphabétisme est passé à 8,4 % soit environ 5,7 millions de personnes. Toutefois, si l’on considère uniquement les communautés indigènes, le taux d’analphabétisme atteint les 27 %. Comme a tenu à le préciser la directrice du bureau de l’Unesco au Mexique « ce prix ne récompense pas seulement la réduction de l’analphabétisme mais surtout le programme mis en place car il incorpore la langue et la culture des natifs dans les processus éducatifs d’enseignement et d’apprentissage ». Parmi la population qui parle espagnol, l’analphabétisme ne concerne que 5 % de la population.

Juan de Dios Castro Muñoz et le secretaire à l'Education publique, Alonso Lujambio

À l’issu de la réunion régionale de la CONFINTEA VI, « De la parole aux actes : faire avancer l’agenda de CONFINTEA » (Conférence internationale sur l’éducation des adultes) qui s’était tenue à Mexico du 25 au 27 mai, Castro Muñoz, directeur de le INEA avait déclaré que l’on n’éradiquait pas l’analphabétisme avec « un vaccin » ou encore uniquement avec de l’argent, tout en soulignant qu’il s’agissait d’un long processus basé sur la volonté des principaux intéressés « Il y a des millions d’adultes de plus de 50 ans à qui tu dis ‘Venez apprendre à lire et à écrire’, et ils te répondent ‘non merci, je ne veux pas’. On ne peut pas les obliger, nous devons leur proposer nos services et essayer de les convaincre mais ce n’est pas facile ».

L’alphabétisation résulte d’une démarche volontaire comme le souligne le directeur général de l’INEA

Parmi les difficultés majeures dans le processus d’alphabétisation l’on retrouve tout d’abord des facteurs culturels. « Il y a des traces de machisme, il faut à ce titre convaincre les femmes qu’elles peuvent étudier et s’instruire mais très souvent elles doivent demander l’autorisation à leur mari » a signalé Castro Muñoz.

L’autre facteur est géographique, et il complique l’implantation de centre dans certaines communautés isolées mais il y a aussi un facteur d’âge, beaucoup se refusent à apprendre se jugeant trop vieux. Castro Muñoz souligne que dans l’État du Chiapas, 17 personnes sur 100 ne savent ni lire ni écrire, il s’agit de l’État le plus touché par l’analphabétisme, tandis qu’à Durango, Chihuhua, Tamaulipas, Aguascalientes, Baja California, Sonora, Coahuila et District Fédéral, les pourcentages sont inférieurs à 4 %.

Selon des chiffres émis par l’Unesco, le Mexique tout comme Cuba, Aruba ou encore la Bolivie sont les nations les mieux disposées à atteindre l‘Objectif du Millénaire et ainsi réduire la proportion d’analphabètes de 50 % d’ici l’année 2015. En ce qui concerne le Mexique, le pourcentage pourrait avoisiner les 5 % dans ce délai de quatre ans. Le Mexique est considéré comme un cas particulier parmi les organismes internationaux car il est le seul pays de toute l’Amérique latine et des Caraïbes à posséder une infrastructure de 144 406 centres éducatifs pour adultes (INEA) répartis au sein des 31 entités fédérales mais aussi à District Fédéral, 123 709 cercles d’études, 18 189 points de rencontre et de 2508 places communautaires.

Le programme pédagogique mis sur pied par le INEA, appelé Modèle d’Éducation pour la Vie et le Travail (MEVyT), est reconnu par la même organisation et par des spécialistes au niveau international comme un programme qui permet à l’individu adulte d’accéder à une éducation de qualité qui reconnaît la diversité au sein du pays. Dans ce contexte, la Journée internationale de l’alphabétisation qui se focalise en particulier sur la condition féminine, permet de souligner que 60 % des 2,4 millions de personnes qui arrivent annuellement à l’institut sont des femmes, parmi lesquelles de nombreuses mères de famille, des femmes seules pour qui le processus d’apprentissage signifie de nouvelles opportunités d’ascension sociale elles-mêmes et leurs proches.

De la même façon, 76,2 % des 65 832 professeurs volontaires exerçant au sein de l’INEA, durant le premier semestre 2010, étaient des femmes. Dans leur majorité, ce sont des représentantes âgées de moins de 40 ans qui soutiennent le processus d’apprentissage de leurs semblables afin que ces dernières puissent connaître de meilleures opportunités et de meilleures conditions de vie. Le INEA bénéficie également d’un réseau solidaire intégré par 100 000 personnes issues du milieu éducatif qui se chargent d’accueillir les volontaires souhaitant accéder programme. Les efforts du Mexique en matière d’équité sont en augmentation, à travers le INEA, il est le seul pays d’Amérique latine et des Caraïbes à bénéficier de cours d’alphabétisation dispensés dans les langues maternelles des natifs. À l’heure actuelle, l’organisme dispose de matériel pédagogique disponible en 46 langues, qui correspondent aux principaux idiomes du pays. De 2006 à 2010, l’implantation du MEVyT indigène bilingue (MIB) s’est tenue dans 17 entités : Chiapas, Campeche, Chihuahua, Durango, Guerrero, Hidalgo, Mexico, Michoacán, Oaxaca, Puebla, Querétaro, Quintana Roo, San Luis Potosí, Veracruz, Yucatán, Tabasco et Nayarit. Il est à noter la collaboration de l’Association mexicaine des banques alimentaires (AMBA), qui, en 2010, est parvenue à la signature de 7 accords spécifiques afin de porter une attention toute particulière à la population de différents états comme Guanajuato, Sonora, Mexico ou encore celui du Chiapas.

Il faut attirer l’attention en particulier sur les journées nationales d’incorporation et d’accréditation mise en place par l’institut depuis 2007 et qui ont permis, à travers chaque édition, qu’environ 172 000 jeunes et adultes puissent certifier d’un niveau d’étude élémentaire.

Enfin, en 2010 le directeur général Juan de Dios Castro Muñoz, a participé, à la demande de l’Unesco, à la Conférence mondiale sur la jeunesse où il a pu préciser qu’actuellement près de 9000 étudiants du supérieur accomplissaient leur service social comme assesseurs éducatifs. À cette rencontre qui s’est tenue au printemps 2010 au Mexique, plus précisément à Monterrey, les ministres de l’Education de 165 pays avaient participé ainsi que 450 organisations non gouvernementales.

(Article rédigé par Aline Timbert)