Hier dimanche 11 septembre, a eu lieu au Guatemala, le premier tour des élections présidentielles 2011 qui doivent désigner le successeur du chef de l’État en place, Álvaro Colom élu à la tête de l’État le 4 novembre 2007 avec 52,8 % des suffrages face au général Otto Perez Molina (second tour des élections présidentielles).

Alors que 92 % des bulletins de vote ont été dépouillés, il apparaît que l’ancien militaire à la retraite, Otto Pérez Molina, âgé de 60 ans et candidat de droite du Parti Patriote (PP) arrive en tête des suffrages avec 36 % des votes, cependant ce score ne lui permet pas d’être élu dès le premier tour (puisqu’il n’a pas atteint les 50 % de voix nécessaires), il affrontera, selon toute vraisemblance, l’homme d’affaires de droite populiste, Manuel Baldizón, du parti Libertad Democrática Renovada crédité de 23 % des voix, à l’issu d’un second tour qui aura lieu le 6 novembre et qui s’annonce d’ores et déjà particulièrement disputé.

Manuel Baldizón

En effet, l’avance concédée dans les sondages au candidat vainqueur de ce premier tour s’est avérée inférieure à celle prévue par les principaux organismes de statistiques. Arrivé en troisième position, le candidat Eduardo Suger, recteur d’université, comptabilise 16 % des suffrages, des chiffres officiels qui ont été communiqués par le Tribunal suprême électoral (TSE). Ce sont près de 7,3 millions d’électeurs guatémaltèques (sur 14 millions d’habitants) qui ont été appelés aux urnes afin d’élire leur président de la République, mais aussi le vice-président, 158 députés au Congrès et 20 au Parlement, ainsi que 333 maires, ce pour une période de quatre ans. Des résultats qui pourraient encore évoluer dans les prochaines heures (variation entre un et trois point), toutefois le candidat qui devra donc affronter Otto Pérez Molina semble se confirmer au fil du dépouillement. Après un ballottage entre Manuel Baldizón et Eduardo Suger, il semble désormais certain que le candidat arrivé second soit Manuel Baldizón âgé de 41 ans.

Le second tour des élections présidentielles se tiendra le 6 novembre

Rigoberta Menchú

Même si le duel Otto Pérez Molina-Manuel Baldizón semble à l’heure actuelle le plus probable, ce résultat confirme l’échec des sondages qui annonçaient Otto Pérez Molina avec des intentions de vote supérieures à 45 %. La prix Nobel de la paix, Rigoberta Menchú, candidate à la présidentielle n’a rassemblé que 3 % des voix bien qu’elle était la seule force d’opposition de gauche et qu’elle représente avec conviction et des moyens limités (surtout d’un point de vue financier) les communautés indigènes qui représentent, à elles seules, 60 % de la population guatémaltèque. Avec une population meurtrie par le crime organisé qui règne en maître sur le territoire, et prise en otage par la violence des cartels de la drogue, le vote d’un candidat de droite qui se fait le porte-parole d’une politique répressive intransigeante, a semblé offrir aux électeurs une terre de salut.

Les deux candidats en tête ont promis d’éradiquer la délinquance dans les quatre prochaines années et ont placé le thème de la sécurité au centre de la campagne électorale. Il faut dire que ces élections se déroulent alors que de nombreuses villes du pays ont connu l’état de siège en raison de la présence de la bande criminelle los Zetas qui a frappé y compris dans des zones touristiques comme Petén générant un climat de terreur (voir article précédent) . Au Guatemala, se sont 18 personnes qui décèdent par jour, toutes victimes du crime organisé. Malgré cette atmosphère pesante, les élections se sont déroulées dans une relative tranquillité, et ont été marquées par une forte participation. À la capitale, se sont 80 % des électeurs qui ont fait le déplacement dans les bureaux de vote afin de valider leurs choix politiques pour le prochain mandat présidentiel. Magré tout, le Tribunal suprême électoral a fait mention de la mort de deux personnes parmi lesquelles un policier, un décès survenu lors d’un affrontement qui s’est tenu samedi entre des sympathisants du PP et des partisans de la UNE.

La lutte contre l’insécurité et la violence, les deux priorités d’une population angoissée

Otto Pérez Molina

Les thèmes liés au chômage, à l’extrême pauvreté et aux droits des indigènes semblent avoir été délaissés au profit d’une campagne électorale focalisée sur l’éradication de la violence. Le Guatemala est considéré aujourd’hui comme le premier narco-État d’Amérique latine, le candidat Otto Pérez Molina, ancien militaire, a promis de recourir à des politiques similaires à celles déployées au Mexique pour lutter contre le trafic de drogue (à savoir le déploiement de l’armée pour rétablir l’ordre, un résultat qui n’a pas été probant chez le voisin nord-américain puisque la lutte contre le banditisme reste l’un des soucis majeurs du gouvernement mexicain) et s’est dit prêt à gouverner avec une poigne de fer (« mano dura », ou politique de la main dure) pour en finir avec le crime organisé. Pour rappel, Otto Perez était général de l’armée guatémaltèque durant la guerre civile contre les guérilléros marxistes menée entre 1960 et 1996. Ce sont 250 000 personnes qui ont été tuées sous cette ère et l’armée est accusée de centaines de massacres. Le candidat arrivé en tête a aussi mené un service de renseignement de l’armée soupçonnée d’avoir commis des assassinats politiques, des accusations réfutées par le principal intéressé.

Le candidat arrivé second, Manuel Baldizón n’a pas hésité à évoquer la « peine de mort » durant la campagne électorale pour favoriser le retour à un État de droit.

Álvaro Colom

Le président sortant, de tendance sociale démocrate, Álvaro Colom laisse derrière lui un bilan plus que contrasté, il n’est pas parvenu à enrayer la pauvreté, à lutter efficacement contre la faim dans ce pays frappé par ce fléau, ni à empêcher les phénomènes de violence. Comme l’a déclaré le président de l’organisation non gouvernementale d’Action Citoyenne, Manfredo Marroquín « le résultat est sans surprise au vu de l’angoisse de la population ». Au Guatemala des millions d’individus vivent dans une situation de pauvreté (75 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté), 2 millions souffrent de dénutrition et près de 30 % de la population est analphabète, quant au taux d’homicide il est sept fois supérieur à la moyenne mondiale. Il convient de souligner que 90 % de la cocaïne consommée aux États-Unis est le fruit d’un trafic transitant par le Guatemala.

Le président Álvaro Colom et son ex-épouse Sandra Torres, qui avait tenté de briguer la présidence en divorçant de son époux (elle a cependant a vu sa candidature invalidée par la Cour constitutionnelle), pourraient appeler la population à voter Baldizón pour faire barrage à l’ancien général, bien que celui-ci soit un dissident. Baldizón a en effet quitté le parti Unidad Nacional de la Esperanza en 2008 pour former sa propre mouvance politique, le Lider ou Libertad Democrática Renovada (LIDER).

Álvaro Colom (Parti social-démocrate) ne pouvait pas prétendre à un nouveau mandat pour des raisons institutionnelles, quant à son épouse, même si elle a divorcé pour contourner la loi en vigueur, elle n’a pas pu briguer sa succession en raison du code électoral qui stipule que les proches d’un président ne peuvent pas se porter à leur tour candidats. Sur les dix candidats en lice pour la présidence, seul un incarnait la gauche, il s’agissait de la candidate indigène Rigoberta Menchu qui n’est pas parvenue à franchir la barre des 3 %.

(Article rédigé par Aline Timbert)