Le 15 septembre, le ministre de l’Économie péruvienne, Luis Miguel Castilla, membre du gouvernement du président Ollanta Humala récemment élu à la tête du pays, a informé que le programme social Pension 65 bénéficierait d’un budget de 241 millions de nuevos soles pour l’année 2012.
Ce programme, souhaité par le président de gauche nationaliste officiellement investi dans ses fonctions le 28 juillet dernier, a pour objectif d’apporter un soutien financier aux personnes âgées de plus de 65 ans qui ne bénéficient pas d’une retraite ou encore d’allocation et qui vivent, à ce titre, dans des conditions d’extrême pauvreté.

L’État péruvien délivrera, afin de réduire ces inégalités sociales, une pension mensuelle de 125 soles aux foyers comprenant un adulte de plus de 65 ans et une somme de 250 soles pour un foyer abritant deux personnes de plus de 65 ans sans ressource. « Cette aide leur permettra d’assurer leur subsistance en contribuant à limiter les risques engendrés par un manque de soins, par une alimentation déficiente et par une situation de précarité économique et d’isolement » a déclaré le ministre de l’Économie.

Le but est de parvenir à couvrir 98 % de la population concernée par cette mesure d’ici l’année 2016, comme l’a souligné Luis Miguel Castilla lors de la présentation du projet de Loi de Financement du secteur public pour l’année fiscale 2012 devant le Congrès de la République. Il a également ajouté que 1,500 millions de nuevos soles seraient débloqués pour améliorer l’accès des populations des zones rurales à des services de première nécessité, dans le but de favoriser leur productivité. Parmi les objectifs fixés, une meilleure couverture du réseau électrique, c’est une augmentation de 10 % qui est attendue d’ici 2016, mais aussi un meilleur accès à l’eau potable ou encore à l’assainissement d’ici la fin 2012.

Document envoyé au 1er Ministre Lerner

Le programme Pension 65 doit se mettre en place progressivement, région par région, ainsi le Conseil des ministres a approuvé la norme (le 12 septembre) selon laquelle cinq départements pauvres du sud du pays recevraient en priorité l’aide financière de l’État. Ce grand projet social était l’une des plus grandes promesses électorales du parti Gana Peru du nouveau président de la République. Les pensions devraient donc être versées à partir du mois d’octobre dans les régions de Ayacucho, Huancavelica, Apurímac, Puno et Ica, une initiative qui devrait favoriser une meilleure inclusion sociale.

« Le programme le plus important du gouvernement débute immédiatement, il a été approuvé à l’unanimité lors du Conseil des ministres et sa mise en place effective débutera à Ayacucho, Huancavelica, Apurímac, Puno et Ica » a déclaré la ministre rattachée à la Condition féminine et au Développement social, Aída García Naranjo lors d’une récente conférence de presse. Le programme doit être par la suite étendu à tous les départements du pays qui bénéficiait jusqu’alors du plan pilote « Bono de Gratitud » lancé en octobre 2010. Après les cinq départements cités précédemment, ce sont les départements de Huánuco, Cusco, Lima et Callao qui recevront cette aide providentielle à partir de l’année 2012. Pour les autres régions, les délais n’ont pas encore été fixés, parmi lesquelles la région andine de Pasco qui pourtant abrite une population particulièrement démunie. En effet, le taux de pauvreté à Pasco était évalué en 2010 à 43,6 % selon l’Institut national de statistiques, ce qui place le département en 10e position sur 24 (après Huancavelica 66,1 %, Apurímac 63,1 %, Huánuco 58,5 %, Puno 56 %, Ayacucho 55,9 %, Amazonas 50,1 %, Cuzco 49,5 %, Loreto 49,1 %, Cajamarca 49 %).

Rodolfo Rojas Villanueva et Lula da Silva (photo prise en 2009)

Face à ce constat, l’activiste écologique du parti « Patria verde », Rodolfo Rojas Villanueva, originaire de ladite région, a effectué une réclamation écrite auprès du premier ministre péruvien Salomon Lerner, ce 27 septembre, afin que Pasco, et plus précisément la province de Daniel A. Carrión puisse jouir de cette pension dans les prochains mois (que le département intègre au moins le second groupe). Ce dernier a souligné qu’à « Paucar, Chacayán, Tapuc, San Ana de Tusi, Pillao, Yanahuanca, Vilcabamba, Goyllarisquizga, Chango, Yanachocha, ainsi qu’ au sein d’autres communautés, évoluent de nombreux individus, hommes et femmes confondus, qui ont dépassé l’âge de 65 ans. Tous connaissent un manque de soins médicaux, de nourriture et n’ont pas accès à des services élémentaires… Ils sont relégués de fait à un statut d’extrême pauvreté. Par ailleurs, l’aide de l’État est presque nulle » avant d’ajouter « c’est pourquoi je demande à ce que ses habitants puissent jouir du programme de façon prioritaire ».

De son côté la Banque Interaméricaine de Développement a signalé début septembre que ces initiatives sociales du gouvernement devaient faire partie d’une réforme majeure à moyen terme du système de réversion des pensions. « Nous abordons le thème avec le gouvernement d’une façon large, mais nous soutenons cette proposition », a déclaré le chef de la division rattachée à la protection sociale de la BID, Ferdinando Regalia. « Nous jugeons la proposition comme bonne étant donné que le pays vit actuellement une transition démographique » a-t-il expliqué. Regalía a indiqué qu’il présenterait au gouvernement péruvien une étude sur le coût de la mise en place de ce programme et sur les modalités de son exécution.

Document envoyé au président ALAN GARCÍA en 2009 par RODOLFO ROJAS VILLANUEVA

« Il existe au Pérou de nombreuses provinces présentant un taux élevé de pauvreté, et c’est le cas de Daniel A. Carrión, une province dans laquelle évoluent de nombreuses communautés nécessiteuses et de nombreuses personnes de plus de 65 ans abandonnées par l’État : pas un hôpital pour se faire soigner, aucun accès à des services élémentaires, un manque flagrant de voies de communication, une situation qui en toute logique favorise la pauvreté extrême », a signalé Rodolfo Rojas Villanueva.
Un manque d’infrastructures qui est parfois à l’origine de véritables drames humains comme le souligne le représentant de Patria Verde. Il cite en exemple la construction du tronçon routier « Cuchis-Vilcabamba » (sur 20 km), une route inaugurée en mai 2010 qui a nécessité des années de négociations. Or pendant ce laps de temps, ce sont plusieurs communautés qui ont vécu dans l’isolement mettant ainsi leur vie en danger faute de pouvoir se déplacer vers des centres médicaux et d’obtenir l’aide nécessaire dans des situations d’urgence.

Document envoyé à OLLANTA HUMALA sur la construction de la route

C’est pourquoi aujourd’hui, il réclame avec force et conviction au président de la République (dans un document officiel en date du 16 septembre 2011) la construction d’une route interocéanique CENTRE-CENTRE entre Huacho-Sayán-Oyón-Yanahuanca- Ambo – Huánuco-Ucayali – Brésil  « si ce projet vient à se concrétiser, de nombreux rêves et souhaits seront alors exaucés parmi les communautés frappées d’extrême pauvreté. Avec la construction de cette voie, les distances seront réduites entre la ville de Lima et de nombreux villages ». Rodolfo Rojas Villanueva se mobilise en faveur de ce projet de construction depuis 2009, il avait eu l’occasion de rencontrer l’ancien président brésilien Lula da Silva afin de lui présenter sa requête, le président de Patria Verde n’avait pas manqué d’écrire au président Alan Garcia pour faire part de son engagement auprès des populations isolées.

Avec ces différentes réclamations adressées aux plus hautes sphères de l’État, le leader écologique de Pasco aspire à davantage d’équité sociale pour les habitants de sa région, beaucoup vivent de façon plus que modeste en s’adonnant à des activités de culture et d’élevage. Leurs conditions de vie pourraient être améliorées, ainsi que celles de nombreuses populations rurales, grâce à une politique d’intégration sociale efficace et par le développement d’infrastructures basiques et de voies de communication.

(Article rédigé par Aline Timbert)