De nombreux dirigeants ruraux réclament un plus grand soutien économique de l’État National afin de venir en aide aux producteurs ovins de la Patagonie particulièrement affectés par la chute de cendres en provenance du volcan chilien Puyehue, une situation rendue encore plus critique par la sécheresse qui sévit depuis quatre années maintenant.

Pour rappel, le volcan Puyehue, situé dans les Andes chiliennes, est rentré en éruption le samedi 4 juin 2011 après un demi-siècle de sommeil. Localisé à environ 1 000 kilomètres au sud de Santiago dans la région des lacs chiliens, les émissions de cendres ont particulièrement affecté et continue d’affecter la Patagonie argentine dans le domaine agricole, mais aussi touristique, sans compter l’impact sur la santé des populations concernées.

« Le gouvernement national doit mettre à disposition des fonds aux producteurs afin qu’ils puissent se relever », a affirmé le président de la CRA (Confédérations rurales argentines), Carlos Goya, qui a qualifié la situation actuelle « d’extrêmement grave » plus spécifiquement dans le sud du pays, dans les provinces du Río Negro et du Chubut. Juan Carlos Goya et le représentant de la Fédération des sociétés rurales du Chubut, Ernesto Siguero, et celui de la Fédération des sociétés rurales du Negro, Luis Sacco, ont estimé que la récupération totale des zones de culture pourrait nécessiter jusqu’à six ou sept ans. Lors d’une conférence de presse, les dirigeants ont effectué un bilan des quatre mois écoulés depuis la reprise de l’activité du volcan Puyehue, et ont ainsi dévoilé une série de clichés mettant en avant les conséquences néfastes de cette éruption sur les zones de culture et sur les troupeaux.

En effet, de nombreux moutons ou encore brebis souffrent de lésions au niveau des voies respiratoires ou encore digestives, d’autres encore sont devenus aveugles et sont finalement décédés. Si le nombre d’animaux morts, suite à l’émission de cendres, n’a pas encore été chiffré avec exactitude, Siguero concède qu’au Río Negro « c’est au moins 30 % du cheptel qui est concerné et dans certains cas ce chiffre atteint jusqu’à 80 % ». Il précise toutefois, qu’avant la sécheresse que subit depuis maintenant quatre ans la région, il y avait un nombre de têtes d’ovins estimé à 4,5 millions, parmi ce cheptel 1,5 million de bêtes ont d’ores et déjà péri d’un manque de nourriture occasionné par les conditions météorologiques et par le tapis de cendres qui recouvre les pâturages restants . « Actuellement la Patagonie reçoit 60 millimètres de précipitations en moyenne… Ce n’est rien… Normalement ce sont 150 à 300 millimètres  de pluies qui sont attendus dans la région », a révélé Carlos Goya.

Champ du sud argentin recouvert de cendres

De son côté, Luis Sacco révèle que l’indice de mortalité parmi les troupeaux est passé de 15 à 80 % suite aux retombées volcaniques tout en précisant que la sécheresse a engendré une perte de 55 % parmi le bétail bovin, et une perte de 30 % parmi les ovins. Goya souligne que, depuis la reprise d’activité du volcan chilien, tant le gouvernement national que les autorités provinciales ont réparti du fourrage entre les différents éleveurs et apporté une assistance pécuniaire au moyen des fonds d’urgence accordés dans le cadre de la Ley de Emergencia (Loi d’Urgence). La province du Río Negro a ainsi reçu une aide financière de 10 millions de pesos tandis que la province de Chubut a bénéficié d’un soutien évalué à 5 millions. Cependant, ces aides s’avèrent insuffisantes en raison des conséquences qui sont bien plus importantes que prévu et qui, à ce titre, requièrent davantage d’aide à court et à long terme afin que la production puisse reprendre progressivement dans les prochaines années. En ce sens, les responsables regrettent que les producteurs ovins de Patagonie ne puissent pas profiter de l’embellie que connaît le marché international de laines qui enregistre une hausse des prix suite à la demande du marché.

« Cela fait quatre mois maintenant que le volcan est entré en éruption (4 juin) et les conséquences économiques et sociales que nous avions redoutées s’avèrent exactes » a déclaré Goya avant d’ajouter « une grande partie du cheptel a succombé et beaucoup d’animaux se trouvent en phase terminale, ce qui suscite une grande angoisse parmi les producteurs ». En certains endroits la cendre s’est accumulée sur 15 cm, des retombées chargées par les vents de Patagonie y compris dans des zones qui étaient jusqu’alors épargnées.

Villa La Angostura (juin 2011)

Au-delà des conséquences économiques que l’éruption volcanique a pu engendrer dans les secteurs de l’agriculture, de l’élevage et bien sûr du tourisme, c’est toute une population qui subit de plein fouet au quotidien l’impact de ces retombées de cendres sur sa santé. On peut citer par exemple les quelques 20 000 habitants de la ville de Villa La Angostura, dans la province de Neuquén, qui depuis quatre mois vivent au milieu de ces retombées (sable, cendre, mais aussi de la roche) estimées à plusieurs millions de tonnes. Ces retombées qui pourraient encore perdurer de nombreux mois recouvrent les rues, les maisons et la végétation de sorte que tout l’air est imprégné de débris, à l’exception des jours de pluie qui apportent un certain soulagement. À court terme, de nombreuses personnes pourraient souffrir d’affections respiratoires, de troubles oculaires, d’infections cutanées et d’autres effets indirects. Les particules présentes dans l’air envahissent les voies respiratoires, des conséquences qui peuvent être graves chez les personnes souffrant d’insuffisance respiratoire, de maladies pulmonaires, ou encore d’asthme. Il est donc conseillé à la population de prendre les mesures de prévention nécessaires en portant des masques, des lunettes, en évitant les activités physiques en extérieur, en se lavant régulièrement les mains, le visage, mais aussi les cheveux, en chassant la poussière dans les lieux d’habitation et en évitant d’ouvrir les portes et fenêtres…

Cet aspect de désolation a bien sûr eu des conséquences désastreuses sur l’économie de la région qui s’appuie essentiellement sur l’activité touristique. La Chambre de commerce estime les pertes engendrées depuis le 4 juin à 37 millions de dollars tout en soulignant que le taux de chômage est passé de 8 à 40 % et que plusieurs dizaines de commerces ont dû fermer les portes. Beaucoup ont préféré quitter les lieux face à la situation économique négative et plusieurs centaines pourraient prendre la même décision à la fin de l’année scolaire (mois de décembre). Villa La Angostura était jusqu’à présent le principal pôle touristique au niveau national et international de la Patagonie argentine, aujourd’hui le doute règne concernant son avenir. La reprise d’activité du volcan est survenue juste avant la reprise de la saison hivernale de ski, l’une des plus importantes de l’année. De nombreux commerçants avaient investi en prévision de cette période, « or aucun n’a pu rentrer dans ses frais à la suite de l’émission de cendres » a signalé le président de la Chambre de commerce de Villa de Angostura, Alejandro Settepassi. « Normalement en été nous avons un taux d’occupation hôtelière estimée à 98 %. Les estimations pour cet été ne dépassent pas les 50 %, de mauvais chiffres qui devraient cependant nous permettre de survivre économiquement. Si ce taux devait être inférieur aux estimations, nous aurions de sérieux problèmes et ce sont deux à trois fois plus de commerces qui pourraient me mettre la clé sous la porte », a-t-il ajouté.

Par ailleurs, l’aéroport de Bariloche situé dans la province du Río Negro avait fini par rouvrir son espace aérien à des vols commerciaux à la mi-septembre après plusieurs semaines d’interruption de services en direction de la Patagonie. Seuls des vols spéciaux étaient autorisés à atterrir, un manque à gagner évalué à plusieurs millions. Depuis ce retour à la normalité, la compagnie Aerolíneas Argentina a repris ses vols normalement vers la ville de San Carlos de Bariloche (le premier vol a été effectué le 17 septembre après 104 jours de stand-by). 

(Article rédigé par Aline Timbert)