La présidente d’Argentine, la péroniste du parti de gauche FpV (le Front pour la Victoire), Cristina Fernández, a été réélue, dimanche 23 octobre 2011, dès le premier tour des élections présidentielles avec une avance historique de 37 points sur son principal rival politique (du jamais vu dans ce pays depuis le retour de la démocratie en 1983), le candidat socialiste de la province de Santa Fe, Hermes Binner. Elle a ainsi remporté presque 54 % des suffrages (78,89 % des inscrits ont fait le déplacement dans les bureaux de vote) et s’est déclarée à l’issu des résultats « impressionnée » et « reconnaissante » envers le peuple qui l’a reconduite aux plus hautes fonctions. Des mots prononcés avec une voix empreinte d’émotion depuis la place de Mai devant des centaines de partisans en liesse. Seul Juan Perón, fondateur du mouvement justicialiste était parvenu à se faire élire en 1973 avec 61,8 % des voix. La veuve du péroniste de gauche, Néstor Carlos Kirchner, qui fut son mentor politique, assumera donc officiellement son second mandat le 10 décembre 2011 et ce jusqu’en 2015.

Cristina Fernandez de Kirchner est réélue présidente  au premier tour avec 53,96 % des voix

Elections présidentielles du 23 octobre 2011

Après avoir dépouillé 98,25 % des votes, il apparaît que la présidente en place a obtenu 53,96 % des votes (soit plus de 11 millions de bulletins de vote en sa faveur), elle est donc confortée dans son poste de chef de l’État de la nation argentine pour un mandat de quatre ans. Elle a ainsi devancé son rival le plus sérieux, Hermes Binner du Frente Amplio Progresista (FAP), qui a récolté 16,87 % des suffrages soit 3,6 millions de bulletins de vote parmi les six candidats en lice pour lui succéder au pouvoir. Arrivé troisième le candidat radical Ricardo Alfonsín, de la Unión para el Desarrollo Social (Udeso), n’a obtenu que 11,15 % des suffrages.

Le parti de la présidente, le Front pour la Victoire, a également obtenu lors de ces élections générales le contrôle de la Chambre des députés et du Sénat. À la chambre des députés, le FpV a obtenu 82 législateurs, venant ainsi prêter main-forte aux 36 qui officient déjà (en poste jusqu’en 2013) tandis que l’ensemble des autres formations politiques alliées ont obtenu 17 sièges, ce qui fait un total de 135 députés en faveur de l’officialisme (sur 257) sachant qu’il faut un minimum de 129 représentants pour obtenir la majorité (quorum législatif). Au Sénat, le parti de la présidente a remporté cinq des huit districts qui étaient soumis au vote et dispose de 38 membres sur 72 qui lui sont favorables (ce sont un tiers des sièges de la Chambre haute qui étaient soumis au vote dimanche). Enfin, le FpV obtient huit gouverneurs dans neuf provinces (Salta, San Juan, Río Negro, Santa Cruz, Catamarca, Formosa, Jujuy et Misones), seule la province de San Luis a échappé à ce véritable raz-de-marée.
Cette hégémonie, qui fait oublier le revers que le FpV a connu lors des élections législatives de 2009, suscite les critiques de ses principaux rivaux qui affirment que la mandataire détient ainsi les pleins pouvoirs et musèle l’opposition .

Du point de vue de la communauté internationale, la présidente s’est vu chaleureusement féliciter pour sa brillante réélection par le roi d’Espagne Juan Carlos I et son premier ministre, José Luis Rodríguez Zapatero, mais aussi par les présidents d’Amérique Latine en particulier ceux de la mouvance gauchiste (Evo Morales en Bolivie, Hugo Chavez au Venezuela, José ‘Pepe’ Mujica en Uruguay), par le chef de l’État américain Barack Obama ainsi que par son homologue français, Nicolas Sarkozy. La présidente du Brésil, Dilma Rousseff n’a pas manqué de saluer le grand triomphe de son homologue dans les urnes en déclarant « qu’il s’agissait d’une victoire pour toute l’Amérique Latine » de même que le président du Venezuela qui s’est réjoui de sa réélection en affirmant « Pour les peuples et gouvernements d’Amérique latine, la continuité […] est d’une importance fondamentale, car il est juste d’affirmer que sa permanence à la tête du destin du pays renforce l’espoir d’un futur digne et souverain pour toute la région ».

Le président d’origine aymara Evo Morales a fait part de son enthousiasme en déclarant dans une lettre adressée à la dirigeante argentine âgée de 58 ans « comme prévu, les élections ont ratifié ton leadership mérité, mais aussi le profond amour que tu portes à ton peuple ».

Le  FpV obtient la majorité au Sénat et à la Chambre des députés

Le candidat Hermes Binner

Par ailleurs, Cristina Fernández n’a pas manqué de dédier sa victoire électorale à son mari défunt, Néstor Kirchner en signalant qu’elle lui devait ce plébiscite sans appel. Cette dernière ne quitte plus le noir du deuil depuis que son époux est décédé, le 27 octobre 2010, d’une crise cardiaque après avoir été lui aussi à la tête de l’État argentin entre 2003 et 2007, période durant laquelle l’actuelle mandataire, avocate de profession, a fait ses armes en devenant sénatrice de Buenos Aires en 2005. La présidente n’hésite plus depuis à jouer sur la corde sensible en évoquant les qualités humaines, et en particulier le sens du sacrifice de son mari aujourd’hui disparu, dont elle ne mentionne plus le nom « Sans les choses qu’il a osées, il aurait été impossible d’arriver ici… Il est allé lutter sans mesure pour les rêves et sa vie s’en est allée. Je veux qu’il soit un exemple pour tous les hommes et femmes politiques ».

Le gouvernement de Barack Obama a d’ores et déjà manifesté « sa volonté de travailler de façon productive » avec l’Argentine et a félicité la présidente sortante pour être arrivée en tête dès le premier tour des élections de dimanche qu’il a qualifiées « de libres et transparentes ». Le message a été émis par un porte-parole du département d’État « nous félicitons de la présidente et le peuple argentin » a ajouté le porte-parole pour l’Amérique latine, William Ostick. Le ministère des Affaires étrangères français a informé que « le président de la République envoyait ses chaleureuses félicitations à Mme Kirchner » tout en soulignant que la presse française s’était fait écho de sa victoire triomphale. Pour sa part, le gouvernement britannique a salué la victoire de la présidente tout en revenant sur le point litigieux de la souveraineté des Malouines en réaffirmant « que cela ne ferait pas l’objet de négociations ».

« Nous félicitons Cristina Kirchner pour sa réélection comme présidente de l’Argentine et nous espérons renforcer nos liens de façon étroite sur une série de thèmes globaux qui nous touchent comme le changement climatique, la prolifération des armes, les droits de l’homme et le développement économique », a souligné le ministre des Affaires étrangères britannique.

Le secrétaire général aux Nations unies, Ban Ki Moon, a également présenté ses compliments à la présidente « pour sa victoire sans appel », tout en précisant que  « c’est la première fois qu’une femme est réélue à la présidence avec un tel pourcentage ». Le sud-coréen a souligné que la présidente constituait « un exemple de leadership non seulement pour l’Argentine, mais aussi pour tous les pays développés ». Il a également manifesté son empressement de travailler à ses côtés lors du G-20 qui se tiendra à Cannes, les 3 et 4 novembre. « L’idée de la retrouver me réjouit », a-t-il ajouté.

Une population argentine convaincue par le « modèle K » et touchée par le discours de la veuve de Nestor Kirchner

Sympathisants reunis sur la Plaza de Mayo

Convaincus par la gestion économique du parti péroniste de gauche, les électeurs argentins ont préféré miser sur la continuité en cette période de crise internationale afin de maintenir la stabilité et affronter de la meilleure façon les turbulences qui agitent le monde. Pour beaucoup, sa gestion n’a pas débuté en 2007 médias en 2003 lorsque son mari a été élu chef de l’État. C’est alors qu’un cycle de croissance a débuté en Argentine, accompagné d’une baisse du chômage, d’une réduction de la pauvreté et d’un progressif « désendettement ». Après la paralysie économique qui a touché le pays entre 2001 et 2002, l’Argentine s’est déclarée en faillite, a suspendu le remboursement de sa dette extérieure et a dévalué sa monnaie brusquement, c’est ainsi que le pays a retrouvé un certain dynamisme.

Certains experts pointent du doigt les limites de cette reprise en soulignant que l’économie se fonde avant tout sur les exportations vers l’Asie en aliments et matières premières et préviennent, de fait, que ce système connaîtra ses limites à court terme en raison de la crise globale. D’autres soulignent que les fondements économiques sont plus stables qu’il y a 10 ans et qu’il ne devrait pas y avoir de débâcle, selon ses mêmes analystes, les ventes à l’extérieur se sont diversifiées et aujourd’hui l’État répartit ses exportations entre les États-Unis et l’Union européenne et majoritairement avec l’Asie et l’Amérique latine. L’Argentine a connu une croissance économique moyenne de 7,6 % par an depuis 2003 à l’exception de 2009 naturellement.

(Aline Timbert)