Les Nicaraguayens ont voté dimanche pour le 1er tour d’une présidentielle qui marque, sans grande surprise, la réélection du président sortant Daniel Ortega (gauche) face à une opposition de droite désunie.

L’ancien guérillero de 65 ans, allié du président vénézuélien Hugo Chavez, est bien parti pour remporter dès le premier tour un troisième mandat de 5 ans (le second consécutif) comme président du Nicaragua, le pays le plus grand, mais aussi le plus pauvre d’Amérique centrale. Les derniers sondages le donnaient largement favori, avec près de 50 % des intentions de vote.

Daniel Ortega a affronté, quatre candidats de droite, dont Fabio Gadea, un entrepreneur octogénaire de la radio du même nom et l’ancien président libéral Arnoldo Aleman (1997-2002), 65 ans, condamné en 2003 pour corruption.

Selon les dernières estimations, sur 40 % des bureaux comptabilisés, il obtiendrait plus de 60 % des suffrages, un résultat nettement suffisant pour éviter la tenue d’un second tour. Pour l’emporter au premier tour, un candidat doit recueillir 40 % des voix, ou 35 % s’il détient une avance d’au moins 5 points de pourcentage sur son plus proche poursuivant.

Fabio Gadea

Son principal adversaire, Fabio Gadea, est crédité de 29 % des votes, loin devant l’ancien président Arnoldo Aleman, avec seulement 6 % des suffrages. Le parti de M. Gadea a appelé ses partisans au « calme et à la patience » en l’attente des résultats définitifs.

Les autorités ont appelé au calme samedi après des violences signalées dans plusieurs localités entre partisans de Daniel Ortega et des opposants au régime, qui ont notamment fait au moins 17 blessés dans le département de Matagalpa (nord).

« C’est une victoire du christianisme, du socialisme et de la solidarité », a déclaré à une radio la porte-parole et épouse du président Ortega, Rosario Murillo. « Nous promettons de continuer à oeuvrer pour le bien commun », a-t-elle ajouté.

L’enjeu du scrutin résidait principalement dans le résultat des législatives qui se déroulaient le même jour. Les électeurs devait renouveler au scrutin proportionnel à un tour 90 élus du Parlement unicaméral, où le Front sandiniste de libération nationale (FSNL) du président Ortega ne dispose pas actuellement de la majorité absolue.

« Ce vote va être très favorable au Front sandiniste, parce que c’est la première fois qu’on organise une élection sans crainte en faveur du sandinisme, qui a démontré sa capacité à gouverner en paix », a déclaré le président nicaraguayen, qui avait annoncé une participation « massive » après avoir voté à dans un bureau de Managua.

Les quelque 3,4 millions d’électeurs de plus de 16 ans étaient appelés à se prononcer dimanche jusqu’à 18h heure locale sous la surveillance d’observateurs internationaux, en particulier de l’Union européenne et de l’Organisation des Etats américains (OEA).

Luis Yanez, le chef de la mission de l’Union Européenne, qui a dépêché une centaine d’observateurs dans les 15 départements et deux régions autonomes du pays, a indiqué avoir constaté des irrégularités pendant le scrutin. Dante Caputo, chef des observateurs de l’OEA, a déploré devant la presse que ses équipes n’aient pas pu se rendre dans 20 % des 52 bureaux de vote, sans donner plus de détails.

Daniel Ortega

Daniel Ortega a été un des leaders de la guérilla d’inspiration marxiste qui a renversé la dictature d’Anastasio Somoza, en 1979. Pendant 10 ans, les sandinistes, alliés de l’Union soviétique et de Cuba, ont tenu tête aux États-Unis qui armaient et finançaient les contre-révolutionnaires Contras.

Entre 1984 et 1989, Daniel Ortega a été le premier président élu du pays. Le président américain Ronald Reagan l’appelait alors « le petit dictateur ». Mais en 1990, les quelque 30 000 morts de la guerre civile opposant le régime sandiniste aux « Contras » soutenus par la Maison-Blanche, ajoutés à la corruption du pouvoir en place, ont coûté à Daniel Ortega son siège de chef d’État.

La dernière candidature de Daniel Ortega fait l’objet d’une polémique. Elle a été autorisée en 2009 par la Cour suprême du pays, malgré le fait que la Constitution interdit à un président de briguer un deuxième mandat consécutif.

Sous son dernier mandat, le nombre d’habitants vivant sous le seuil de la pauvreté a légèrement diminué passant de 65,5 % à 57 %, grâce notamment à un essor économique du aux pétrodollars de son allié vénézuélien, le président controversé Hugo Chavez.

-Franck T-