Guatemala : Otto Pérez Molina s’engage à combattre la criminalité et la pauvreté durant son mandat de quatre ans

Guatemala, Politique — Par le 10 novembre 2011 à 16 h 03 min

Le département d’État des États-Unis a félicité le général à la retraite, Otto Pérez Molina, élu dimanche à la tête du pays au cours du second tour des élections présidentielles, ainsi que le peuple guatémaltèque pour « la transparence » qui a caractérisé ces élections générales.

« Nous félicitons le président élu, Otto Pérez Molina, et les citoyens guatémaltèques pour ce processus électoral libre, juste et transparent », a déclaré à le porte-parole du département d’État rattaché aux Affaires de l’hémisphère occidental, William Ostick. Dimanche 6 novembre, les citoyens guatémaltèques ont choisi par la voie des urnes le successeur à l’actuel président en place, le social-démocrate Álvaro Colom, qui cédera définitivement la place le 14 janvier 2012 lors de la cérémonie d’investiture du nouveau chef de l’État.

Otto Pérez Molina

William Ostick a ajouté que le Guatemala « constituait un socle clé pour les États-Unis, en Amérique centrale et dans tout l’hémisphère » avant d’affirmer « les États-Unis voient avec optimisme la perspective de travailler de façon productive avec le gouvernement entrant afin de continuer notre relation étroite de collaboration dans des domaines qui nous intéressent mutuellement ». Le général Pérez Molina, 61 ans, président de droite appartenant au Parti Patriote (Partido Patriota ou PP) a remporté 2,23 millions des suffrages soit 54,48 % des voix selon des chiffres officiels délivrés par le tribunal suprême électoral (TSE). Son rival, lui aussi de droite (Liberté démocratique rénovée) a remporté 1,87 million de bulletins de vote soit 45,52 % des voix face à son adversaire arrivé déjà premier lors du premier tour des élections survenues le 11 septembre dernier (avec 36 % des suffrages). Cette déclaration de respect et de soutien émanant de Washington se différencie de celle relative au processus électoral qui s’est tenu également ce dimanche au Nicaragua. Les États-Unis ont manifesté leur « préoccupation » suite à la réélection du candidat et président en place Daniel Ortega en raison de « fortes suspicions d’irrégularités et de tentatives d’intimidation sur les électeurs », des faits relevés par la porte-parole du département d’État Victoria Nuland.

Manuel Baldizon

Le ministère français des Affaires étrangères s’est également félicité dès le 8 novembre du « calme et de l’ordre » qui ont caractérisé le déroulement des élections tout en saluant l’arrivée au pouvoir de Otto Pérez Molina. « La France salue le bon déroulement du second tour des élections présidentielles. Selon l’opinion générale, mais aussi celle des observateurs internationaux présents sur les lieux, le processus électoral a été mené de façon ordonnée et avec calme », et précise que le président n’a pas hésité à appeler les Guatémaltèques « à s’unir et à travailler conjointement afin lutter efficacement contre la violence et la pauvreté » durant son mandat qui durera quatre ans.

Pour rappel, le Guatemala est considéré aujourd’hui comme le premier narco-État d’Amérique latine, le candidat Otto Pérez Molina a promis durant sa campagne électorale de recourir à des politiques similaires à celles déployées au Mexique pour lutter contre le trafic de drogue (à savoir le déploiement de l’armée pour rétablir l’ordre, un résultat qui n’a pas été probant chez le voisin nord-américain puisque la lutte contre le banditisme reste l’un des soucis majeurs du gouvernement mexicain) et s’est dit prêt à gouverner avec une poigne de fer (« mano dura », ou politique de la main dure) pour en finir avec le crime organisé. Par ailleurs, au Guatemala des millions d’individus vivent dans une situation de pauvreté (75 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté), 2 millions souffrent de dénutrition et près de 30 % de la population est analphabète, quant au taux d’homicide il est sept fois supérieur à la moyenne mondiale. Il convient de souligner que 90 % de la cocaïne consommée aux États-Unis est le fruit d’un trafic transitant par le Guatemala.

Partisans du président Molina

Le général a remercié les quelque 2 millions d’électeurs qui ont voté pour lui (avec un taux de participation 58,40%) pour leur confiance et leur a assuré qu’il ne les décevra pas et qu’il allait « faire son maximum pour parvenir à la paix, à la sécurité, mais aussi pour favoriser à la création d’emplois ». Otto Pérez a également souligné que bien qu’il vienne des forces armées, son gouvernement ne saurait en aucun cas « un retour vers le passé »  faisant ainsi allusion à la dictature militaire qui a gouverné le pays entre 1954 et 1986.

Otto Pérez était général de l’armée guatémaltèque durant la guerre civile contre les guérilléros marxistes menée entre 1960 et 1996. Ce sont 250 000 personnes qui ont été tuées sous cette ère et l’armée est accusée de centaines de massacres. Le candidat arrivé en tête a aussi mené un service de renseignement de l’armée soupçonnée, par certaines ONG et opposants politiques, d’avoir commis des assassinats politiques, des accusations qui avaient été réfutées par le principal intéressé.

Le président élu a, d’ores et déjà, fait savoir qu’il demanderait un plus grand soutien financier aux États-Unis pour combattre le crime organisé en Amérique centrale tout en précisant qu’il éviterait d’augmenter la présence de troupes américaines sur le territoire. Il se défend de vouloir militariser le Guatemala pour affronter les cartels, cependant il a tenu à annoncer que des unités de l’armée comme les kaibiles (une unité d’élite antiinsurrection des forces armées du Guatemala) auraient un rôle plus actif dans la lutte contre les narcotrafiquants mexicains.
« Ils sont préparés pour une mission importante contre le narco- trafic », a déclaré le chef de l’État.

« Nous luttons contre le trafic, mais nous avons besoin que les États-Unis s’engagent davantage et prennent plus de décisions », a-t-il souligné.

Le Mexique sera d’ailleurs le premier pays que président Otto Pérez Molina visitera, avant même son investiture officielle en raison « des problèmes que nous partageons concernant le trafic de drogue, le trafic d’armes et le trafic d’êtres humains comme celui des migrants ». À l’instar de son homologue mexicain, Felipe Calderón, ce dernier souhaite mener une lutte « frontale » contre le crime organisé.

Álvaro Colom

Hier, Otto Pérez Molina s’est réuni avec Álvaro Colom, pour préparer la transition et s’informer des dossiers en cours, le président sortant a manifesté « la volonté de son gouvernement de tout mettre en oeuvre pour que le nouveau président débute bien sa gestion ». Pérez Molina s’intéresse de près au programme social initié par son prédécesseur en faveur de 900 000 familles pauvres et prévoit de créer un Ministère du Développement, ainsi qu’au ministère de l’Intérieur chargé de la sécurité des citoyens et de la lutte contre le crime organisé (principalement contre les cartels mexicains).

Otto Pérez Molina devra être capable de gouverner sans majorité parlementaire absolue (suite aux élections législatives du 11 septembre) comme ce fut le cas pour Álvaro Colom même si le PP représente la première force politique avec 56 députés sur 158.

(Timbert Aline)


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