Les chiffres présentés ce mardi 29 novembre par la Commission économique pour l’Amérique latine et la zone caraïbe révèlent qu’entre 1990 et 2010, le pourcentage de pauvreté en Amérique latine a été réduit de 17 points soit un total de 177 millions de pauvres pour 2010, les résultats les plus bas enregistrés ces deux dernières décennies pour la région. Créée en 1948 et placée sous le contrôle du Conseil économique et social des Nations unies, dont elle constitue l’une des cinq commissions régionales, la Commission économique pour l’Amérique latine (C.E.P.A.L.) a son siège à Santiago du Chili. Elle publie l’Annuaire statistique de l’Amérique latine et des Caraïbes.

Le rapport intitulé Panorama social en Amérique latine 2011 a donc été présenté à Santiago du Chili par la secrétaire exécutive de la CEPAL, Alicia Bárcena, il montre que cette année le taux de pauvreté a chuté à 30,4 % (de la population totale) contre 48,4 % en 1990 tandis que celui de l’indigence a légèrement augmenté à 12,8 % cette année (12,3 % en 2010) même si d’une façon globale il est en baisse depuis dix ans (en 1990 il était de 22,6 %). Une hausse qui s’explique par l’augmentation du prix des aliments qui compense la hausse prévue des revenus au sein des foyers.

Cette étude signifie globalement que l’Amérique latine terminera l’année 2011 avec un nombre de pauvres évalué à 174 millions d’habitants, parmi lesquels 73 millions d’individus souffrant de pauvreté extrême ou d’indigence. En 2010, on dénombrait 177 millions de personnes pauvres, dont 70 millions d’indigents. Selon la CEPAL, la diminution globale de la pauvreté s’explique principalement par la hausse des salaires, mais aussi dans une moindre mesure par les transferts monétaires publics. « La pauvreté et les inégalités continuent de diminuer dans la région, ce qui constitue une bonne nouvelle, tout spécialement dans le contexte de la crise économique internationale actuelle, cependant, ces résultats satisfaisants sont menacés par les énormes brèches que présente la structure productive de la région, mais aussi par les marchés du travail qui génèrent de l’emploi à basse productivité, sans protection sociale », a déclaré Alicia Bárcena.

Alicia Bárcena

La référence au travail occasionnel ou non déclaré apparaît clairement dans cette déclaration, car il constitue certes une rentrée d’argent ponctuelle pour les secteurs concernés toutefois il ne garantit aucun droit dans la durée et ne permet pas la mise en place d’aides de l’État comme les allocations chômage, les subventions ou encore la protection sociale. Le rapport souligne également que cinq pays ont enregistré une baisse significative du taux de pauvreté entre 2009 et 2010, il s’agit du Pérou, de l’Équateur, de l’Argentine, de l’Uruguay, mais aussi de la Colombie. Parmi les pays avec le revenu le plus bas par habitant (moins de 300 $) on retrouve la Bolivie, l’Équateur, le Guatemala, le Honduras, le Nicaragua, le Paraguay. Dans ces pays, l’accès à l’éducation constitue l’une des principales dépenses. A contrario, dans les pays où les dépenses sociales par tête sont supérieures à 1000 $, comme l’Argentine, Brésil, Chili, Costa Rica, Cuba, Trinidad et Tobago, et l’Uruguay, la sécurité et l’assistance sociale constituent les deux secteurs les plus importants.

Le Honduras et le Mexique sont les seuls pays dont les taux de pauvreté sont en augmentation, 1,7 % et 1,5 % en plus respectivement. Concernant le Mexique, la comparaison a été effectuée avec le taux de pauvreté évaluée en 2008, par conséquent le chiffre ne reflète pas l’expansion de l’économie mexicaine en 2010 ni même la forte contraction du PIB per capita en 2009 (PIB en 2009 de -6.1%). Au Mexique la situation s’est dégradée entre 2009 et 2010 en raison de la crise mondiale et de l’importante interaction avec les Etats-Unis, le taux de pauvreté est passé à 36,3 % de la population contre 34,8 % en 2009, tandis que le taux d’indigents est passé de 11,2 % à 13,3 % en 2011.

Evolution de la pauvreté en Amérique Latine

L’Équateur est l’un des pays qui a enregistré une diminution significative de son taux de pauvreté. En 2009, il était estimé à 42 % en zone urbaine, tandis qu’en 2010 il a chuté à 37,1 %. Cette diminution de la pauvreté s’explique principalement par une augmentation des salaires, mais aussi par les politiques sociales mises en oeuvre dans le domaine de la santé ou encore de l’éducation.

Le Pérou est le pays qui a le plus réduit son taux de pauvreté avec une baisse de 3,5 points, le taux est passé de 34,8 % à 31,3 %, en seconde position arrive l’Équateur avec une baisse de trois points puis l’Argentine avec moins de 2,7 points, l’Uruguay avec moins 2 points et enfin la Colombie avec moins 1,4 point.

Bien que la région ait ressenti ces derniers mois les incertitudes économiques liées à la crise qui secoue les pays industrialisés, elle devrait enregistrer cette année une croissance d’environ 4,4 %.

Pour sa part, dans une interview accordée après la présentation du rapport, le représentant mexicain de la Commission économique pour l’Amérique latine, Hugo Beteta a souligné que cette augmentation de la pauvreté était accompagnée d’une hausse du travail infantile au Mexique. Le fonctionnaire rappelle qu’entre 2009 et 2011 il a augmenté de 25 % parmi les enfants âgés de 12 à 17 ans en particulier dans les zones rurales, tandis qu’ en milieu urbain, cette hausse est évaluée à 15 % pour cette même tranche d’âge.

Ce rapport souligne également que le taux de chômage parmi les jeunes de 15 à 24 ans est évalué à 31 % en Amérique latine et aux Caraïbes. Aujourd’hui l’Amérique latine doit affronter plusieurs défis, d’abord changer les structures de production en se focalisant davantage sur le marché interne, puis parvenir à des pactes fiscaux et investir dans la technologie et l’innovation pour que ses politiques sociales ne dépendent pas de la conjoncture internationale.

« La réduction de la pauvreté basée sur la croissance des exportations a ses limites, il faut changer les structures de production », a déclaré Bárcena.

(Aline Timbert)