Pérou : Dilemme à l’approche du Nouvel An… Traditions ou préservation de l’environnement ?

Culture, Pérou — Par le 30 décembre 2011 à 20 h 35 min

Alors que l’année 2011 s’apprête à tirer sa révérence, nombreux sont ceux qui à travers le monde comptent célébrer le passage à la nouvelle année en mettant en avant ses propres traditions culturelles.

Au Pérou, l’activiste écologique du mouvement Patria Verde de la région andine de Pasco, Rodolfo Rojas Villanueva, a décidé d’associer cette date festive à une prise de conscience en dédiant la dernière nuit de l’année « à la planète » (« La nuit de la planète »), mettant ainsi un point d’honneur à préserver l’environnement. Ce politique volontaire et engagé parcourt actuellement différentes villes des régions centrales du Pérou afin de sensibiliser la population sur le changement climatique et les dommages causés au milieu naturel « je voyage dans le but de faire prendre conscience à tous les péruviens que nous sommes menacés par le changement climatique et que nous devons agir en conséquence pour éviter de contaminer notre habitat naturel », a-t-il déclaré.

Rodolfo Rojas Villanueva

Rodolfo Rojas Villanueva a choisi précisément cette date pour attirer l’attention sur une pratique traditionnelle qui consiste en cette nuit de la Saint-Sylvestre à brûler des géants de chiffon, des pantins confectionnés en papier maché et en carton et parfois agrémenté d’un système pyrotechnique (des « muñecos » remplis de pétards et autres feux d’artifice), des vieux vêtements ou autres objets chargés de mauvais souvenirs pour dire adieu à l’année qui prend fin (« año viejo ») et accueillir sous la lumière des flammes la nouvelle année. Une coutume qui, selon ce dernier, est nuisible à l’environnement, cause de nombreux déchets, augmente le risque d’incendies involontaires, mais est aussi préjudiciable à la santé humaine. Son souhait est que la nuit du 31 décembre ne soit plus associée à cette pratique polluante, à ce titre il rend visite aux populations des régions de Pasco, Junín et Huancavelica pour expliquer son point de vue.

Plusieurs communautés péruviennes célèbrent le rite de l’Año viejo en incinérant de vieux objets ou des pantins à l’effigie de ceux qui ont entaché, selon eux, l’année qui s’achève (cela comprend des marionnettes représentant des politiciens ou des personnalités publiques), une façon d’enterrer définitivement le passé et les mauvais souvenirs pour faire place à une nouvelle année pleine de promesses et de joie.

La semaine dernière, Rojas Villanueva s’est exprimé dans différents médias officiels et a pu rencontrer les maires de Huancayo, Dimas Aliaga, et du district de Tambo, Ángel Unchupaico, et Chilca, Abraham Carrasco, de même que le maire de Huancavelica Leoncio Huayllani. Il a également envoyé différents documents officiels dans diverses provinces du pays afin qu’elles rejoignent son projet d’envergure de « 31 décembre 2011 : Nuit de la planète ».

Le leader de Patria Verde a également souligné « Lima (et Callao) constitue également l’une des zones les plus contaminées du Pérou. Nous sommes très préoccupés, c’est pourquoi nous avons décidé de solliciter le soutien des autorités municipales et régionales pour qu’elles se joignent à la campagne écologique ‘la noche de la Planeta’ afin d’éviter que l’on ne pollue encore plus en brûlant des matières toxiques dans la nuit du 31 décembre, ce qui est dommageable à l’environnement, mais aussi à la santé ».

« Mon voeu est le suivant, que la campagne ait des répercussions au niveau mondial, non seulement pour que l’on perde cette mauvaise habitude de contaminer un peu plus notre planète dans la nuit du 31 décembre, mais aussi pour accueillir la nouvelle année dans un esprit de réflexion, qui puisse véhiculer des engagements en faveur du respect de notre planète, loin des dommages causés par la main de l’homme », a-t-il déclaré.

De nombreuses autorités ont répondu favorablement à la demande du représentant écologique et ont émis des arrêtés municipaux dans le but d’éviter des manifestations pouvant porter préjudice à l’environnement, à titre d’exemple la municipalité de Lima Metropolitana a annoncé une amende de 1800 soles pour ceux qui se livrerait à la pratique de « La quema del año viejo ».

La commune rappelle que cette pratique est à l’origine d’une forte émission de monoxyde de carbone et autres gaz toxiques en raison de la combustion de matériaux inflammables.

La tradition et la conscience écologique ne sont parfois plus en adéquation, en effet, dans la municipalité de Cajamarca, une ordonnance N° 262-MPC avait été publiée le 06 avril 2009 afin d’interdire ces flambées « table rase », les autorités comptent bien la faire appliquer à la lettre en cette fin d’année en soulignant le risque sur la santé des individus et la pollution engendrée (émanations toxiques et augmentation des détritus). Par exemple, dans la province de Celendín, on n’interdit pas à la population de brûler les pantins de chiffons et de cartons, mais les pneus de voiture en raison des émanations toxiques et des risques d’incendie que cela induit.

Cette tradition de l’Año viejo, se célèbre un peu partout dans le pays, mais surtout dans la région andine, l’on estime qu’elle constitue un héritage de la présence espagnole et des rites païens qui pouvaient être pratiqués par exemple au Pays Basque ou encore en Navarre.

La tradition du Viejo Año est également célébrée dans d’autres pays sud-américains comme en Équateur, au Venezuela ou encore en Colombie. Les flambées risquent d’être encore nombreuses en cette soirée pleine de promesses, un moment de divertissement loin des préoccupations environnementales d’une population souhaitant marquer ce nouveau départ de façon pétaradante et festive !

(Aline Timbert)

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