Le gouvernement péruvien a tenu à mettre en avant les bénéfices et la portée des différents accords bilatéraux souscrits avec le Venezuela lors d’une visite officielle effectuée pour la première fois, ce week-end, dans ce pays membre de l’Opep, par le président Ollanta Humala à son homologue, Hugo Chavez. Une signature qui a eu lieu au sein de la centrale hydro-électrique José Antonio Páez, située à Macagua, dans l’État de Bolívar, avec la participation de différents fonctionnaires de chaque pays.

Hugo Chavez et Ollanta Humala

Le ministre des Affaires étrangères péruvien, Rafael Roncagliolo, et le ministre du Commerce extérieur, Jose Luis Silva, ont abordé l’importance des 10 accords signés samedi 7 janvier 2012 dans différents domaines (social, éducation, intégration…) entre les deux présidents, en particulier dans les secteurs commercial et énergétique. Ces déclarations sont survenues alors que de nombreuses voix s’élèvent au Pérou contre ce rapprochement jugé politique entre le nouveau président élu du Pérou (de gauche nationaliste) et le leader socialiste parfois controversé du Venezuela qui mène une farouche croisade anti-impérialiste à l’encontre des États-Unis.

Rafael Roncagliolo a souligné l’importance de ces accords dans le contexte de crise internationale en précisant que les rapprochements au sein de la région Amérique latine étaient dès lors indispensables et fructueux. Il a précisé que l’accord commercial répondait à la nécessité d’augmenter les exportations péruviennes à des conditions avantageuses qui demeuraient sans cadre juridique depuis le retrait du Venezuela de la Communauté Andine ou CAN (une décision prise en 2006 par le Venezuela suite aux Traités de libre-échange signés entre la Colombie et les États-Unis, mais aussi entre le Pérou et le pays de l’Oncle Sam).

« C’est essentiel pour les exportateurs péruviens, pour les petites et moyennes entreprises qui occupent toute notre attention du point de vue de l’inclusion », a déclaré le ministre lors d’une allocution télévisée. Il a ajouté qu’il ne s’agissait pas uniquement d’exportations de matières premières, mais aussi de produits à valeur ajoutée, ce qui constitue un point capital pour le développement national. Concernant l’accord énergétique, Roncagliolo a expliqué que cela ouvrait différentes portes aux entreprises Petroperú (compagnie pétrolière nationale) et Petróleos de Venezuela (compagnie pétrolière appartenant à l’État vénézuélien appelée PDVSA), dans le domaine de l’exploration pétrolière et de l’exploitation du brut, une collaboration qui pourra se manifester prochainement dans la zone géographique de la Franja del Orinoco, ou Ceinture de l’Orénoque, un véritable empire du pétrole.

PDVSA

La Faja del Orinoco (La ceinture pétrolifère de l’Orénoque constitue la réserve d’hydrocarbures la plus importante au monde avec une superficie estimée à 55 314 km² et une zone d’exploitation actuelle évaluée à 11 593 km²), se présente comme le plus vaste pôle de production pétrolière du pays pour la prochaine décennie, il jouit, à ce titre, de huit grands projets dans le domaine de la prospection, ce qui suppose un investissement de 80 000 millions de dollars visant à permettre la production de plus de 2 millions de barils par jour de brut. Les investissements que prévoit de faire la compagnie en 2012 sont supérieurs à 18 millions de dollars dans le but d’inverser la stagnation qu’accumule sa production pétrolière. Le pétrole lourd extrait (c’est-à-dire qu’il contient généralement des impuretés telles que du soufre, des métaux lourds, de la paraffine et du carbone résiduel. Des substances qui doivent être filtrées avant de procéder au raffinage) doit bénéficier, par ailleurs, d’un traitement méticuleux pour pouvoir être exporté, ce qui implique la construction coûteuse de centres consacrés à cette opération.

Le président vénézuélien a annoncé que la compagnie d’État Petroperú serait l’une des compagnies pétrolières à participer à l’exploitation de cette zone de l’Orénoque en qualité de « nouveau partenaire », une déclaration effectuée par le chef de file de la Révolution bolivarienne après que ce dernier a survolé en hélicoptère la zone avec son homologue péruvien. Le chef de l’État péruvien a, quant à lui, ajouté que la compagnie pétrolière vénézuélienne PDVSA pourrait également opérer dans son pays « nous sommes engagés, président Hugo Chávez, à ce que PDVSA puisse également visiter le Pérou, comme nous l’avons fait nous-mêmes afin de voir comment nous pourrions travailler conjointement ».

Humala a remercié son homologue pour son soutien et a affirmé « être très content d’entreprendre ce travail dans le domaine du développement de l’exploitation des hydrocarbures, du gaz et autres dérivés du pétrole ». Hormis, ces accords commerciaux, les deux pays ont également abordé les questions de la régularisation prochaine de la situation migratoire de nombreux Péruviens (environ 90 000) résidant jusqu’alors au Venezuela sans autorisation de séjour ou de travail légale.

Le ministre a tenu à souligner, pour répondre aux détracteurs, que la politique extérieure péruvienne visait à développer ses relations avec tous les pays de la région, afin de servir les intérêts péruviens au-delà de simples considérations idéologiques. Dans cette optique, il a indiqué que le président Humala visiterait très prochainement l’Argentine et qu’il présiderait l’Union des nations d’Amérique du Sud (UNASUR) tout en contribuant à renforcer la Communauté Andine formée par la Bolivie, la Colombie, l’Équateur et bien sûr le Pérou. Le ministre Silva, grand chef d’entreprise, s’est dit convaincu par la série d’accord signée entre le Pérou et Venezuela, et a manifesté sa satisfaction « quant à la volonté du président Chavez de contribuer à ce que l’Amérique latine en général, et le Pérou et Venezuela en particulier, puissent poursuivre leur développement à travers le commerce ».

Il insiste sur le fait que l’accord commercial signé par Caracas ouvre le marché aux exportateurs péruviens en maintenant les préférences douanières andines pour ceux qui en bénéficiaient jusqu’à la suspension de la coopération (pareillement du côté vénézuelien). Le titulaire du ministère du Commerce extérieur a précisé que le Venezuela constituait le marché le plus important de la région pour les produits non traditionnels péruviens, devançant ainsi les États-Unis.

Les gouvernements du Pérou et du Venezuela ont également validé un accord de coopération interne institutionnelle entre les Ministères du Pétrole et des Mines de chaque pays afin de développer et de promouvoir les secteurs des hydrocarbures et de la pétrochimie.

La Confederación Nacional de Instituciones Empresariales Privadas (Confiep), principale confédération des entreprises privées du Pérou, a exprimé son malaise suite à cette alliance énergétique entre le Venezuela et le Pérou « je ne comprends pas qui a autorisé d’investir l’argent du peuple péruvien, de le sortir hors du pays pour l’investir dans l’Orénoque dans le cadre d’un investissement à haut risque, comme c’est toujours le cas dans le domaine pétrolier. En effet, il existe des capitaux privés, pour assumer ce genre de risques », a affirmé le président chargé de la Confiep, Alfonso García Miró.
« Les Péruviens doivent se tenir le plus éloignés possible de la politique commerciale, sociale et politique d’Hugo Chavez », a déclaré Alfonso García Miró. Il a ajouté « Cet accord n’ a rien de positif, bien au contraire, il est assez gênant pour l’intérêt national. Le Pérou n’a rien à apprendre du Venezuela si ce n’est la misère, la pauvreté et la violence ».

Dans le domaine social, les deux pays ont signé un accord de coopération dans le but d’éradiquer la pauvreté, la dénutrition et l’exclusion sociale, et de favoriser des politiques pour venir en aide aux plus démunis dans le domaine de la santé et de l’éducation.

Les ministres des Affaires étrangères du Venezuela, Nicolas Maduro, et celui du Pérou, Rafael Roncagliolo, ont signé un accord de coopération sur l’échange éducatif, « l’objet est d’établir des mécanismes afin de promouvoir la coopération dans le domaine des bourses d’études à travers l’échange et la formation des talents humains ».

Le président de Petroperú, Humberto Campodónicoa déclaré que la semaine prochaine « la compagnie PDVSA arrivera au Pérou pour rencontrer les responsables des contrats pétroliers de Perúpetro afin d’analyser les parcelles pétrolières du pays où des activités seraient susceptibles d’être menées »

D’autre part, Humberto Campodónico a affirmé qu’il se trouvait en pourparlers avec la compagnie brésilienne Petrobras pour parvenir à un accord similaire à celui signé avec PDVSA, un bon moyen de faire taire les suspicions d’alliances purement stratégiques avec le Venezuela.

(Aline Timbert)