Au Mexique, environ 3 millions d’enfants (ou jeunes adolescents) sont exploités en tant que main-d’oeuvre parmi lesquels 158 000 qui résident dans l’État d’Oaxaca, des chiffres révélés par l’Organisation internationale du travail (OIT). Le représentant de l’Organisme pour l’Amérique latine et Cuba, Thomas Wissing, a souligné qu’il existait une réelle préoccupation internationale autour de ce phénomène, raison pour laquelle il a souscrit un accord avec les autorités du gouvernement de Gabino Cué Monteagudo (gouverneur de l’État d’Oaxaca) afin de trouver des solutions pour freiner ce véritable fléau.

Selon des chiffres communiqués par l’organisme, il y a 215 millions d’enfants âgés entre 15 et 17 ans qui travaillent dans le monde dans différents secteurs, dont 115 millions, dans des conditions très difficiles. En Amérique latine, il existe environ 10 % de la population entre cinq et 17 ans qui travaillent dans des conditions précaires ou encore dangereuses sachant que le Mexique et le Brésil sont les deux pays où le nombre de mineurs exploités est le plus important.

Thomas Wissing à Oaxaca

Au Mexique, ce sont près de 3 millions d’enfants âgés entre cinq et 17 ans qui exercent une activité dans des conditions extrêmes, l’État d’Oaxaca détenant le triste record du travail infantile. Selon l’organisme, 158 000 enfants d’Oaxaca travaillent (16 % d’entre eux ont moins de 14 ans), ce qui représente environ 15 % de la population totale, parmi lesquels 27 % ne sont pas aptes physiquement à exercer une activité. Wissing explique que la situation est grave, et qu’à ce titre, l’accord souscrit avec les autorités locales vise à identifier chacun des mineurs qui est contraint de travailler dans des conditions extrêmes afin que cette situation cesse et que l’enfant puisse reprendre une vie normale rythmée, entre autres, par une vie scolaire. Pour atteindre ce but, il a souligné qu’il fallait impliquer les parents et leur offrir un travail décent afin que leurs propres enfants puissent accéder à une éducation de qualité, et qu’ils ne soient pas sollicités pour effectuer des travaux non adaptés à leur âge.
Le nombre d’enfants qui travaille au Mexique a été réduit de 12,5 % à 10,7 % entre 2007 et 2009, cependant il existe encore de nombreuses formes d’exploitation, une information donnée par Javier Lozano Alarcón (Secrétaire du Travail et de la Prévision Sociale du Mexique). Il a précisé qu’en 2007 – 3,5 millions de mineurs âgés entre cinq et 17 ans travaillaient, un chiffre qui est passé à 3 millions en 2009. Le secrétaire a précisé que le gouvernement fédéral se montre de plus en plus sévère envers ceux qui emploient une main-d’oeuvre mineure en toute illégalité.

Comme le souligne Thomas Wissing, le travail infantile à Oaxaca est directement lié aux conditions de pauvreté de la population, un habitant reçoit en moyenne 4 500 dollars de revenus par an, soit un salaire très bas.

L’Organisation internationale du travail a lancé en coordination avec les institutions mexicaines le projet « Halte au travail infantile dans le secteur agricole » dans le but de mettre fin à l’exploitation de milliers d’enfants mexicains. Un projet développé au Chiapas, au Michoacán, au Sinaloa et à Veracruz. Parmi les millions d’enfants et adolescents qui travaillent, un tiers d’entre eux exercent dans le milieu rural, l’un des secteurs les plus dangereux avec la construction et les activités minières. 75 % des enfants travailleurs du Mexique vivent en zone rurale, parmi ces jeunes 1 500 000 ne vont pas à l’école. Le spécialiste régional pour le travail infantile et l’emploi juvénile du bureau régional pour les Amériques de la OIT, Guillermo Dema, a souligné que ces chiffres attestent de l’effort qui doit être fournie pour éradiquer le travail des enfants en milieu rural. Un engagement qui s’inscrit dans le cadre des conventions internationales signées par le Mexique en particulier « les objectifs du millénaire pour le développement » qui fixe l’année 2015 comme date butoir pour en finir avec les formes d’exploitation infantile les plus dures dans la région Amérique latine.

De son côté l’Organisation panaméricaine de la santé (OPS) a alerté l’opinion publique sur l’augmentation des maladies parmi les enfants travailleurs du Mexique et d’Amérique centrale (environ 7,5 millions d’enfants et adolescents) qui commence une activité dès le plus jeune âge s’exposant ainsi aux risques environnementaux sachant que leur système immunitaire n’est pas encore parfaitement développé. Ce rapport alerte sur l’impact physique de cette exploitation sur les plus jeunes, ainsi en plus des pathologies dont ils souffrent en raison de leur pauvreté telle que la dénutrition, l’anémie, la fatigue, ils courent des risques additionnels directement liés aux conditions sanitaires déficientes sur leur lieu de travail. Des spécialistes de l’ OPS ont précisé que les effets physiques du travail infantile variaient en intensité et en gravité selon la constitution de chaque enfant « par exemple les enfants qui travaillent dans des usines de peinture inhalent des gaz toxiques, quant à ceux qui récoltent les fruits et légumes, ils sont exposés aux pesticides en plus des tâches exténuantes qu’ils infligent à leur corps ». L’OPS reconnaît cependant que le gouvernement fait les efforts nécessaires pour contrecarrer ce phénomène. Au Mexique, la Loi Fédérale sur le travail stipule qu’un enfant doit être âgé d’au moins 14 ans pour prétendre à travailler et qu’il doit avoir terminé ses études au collège, de la même façon, son activité doit être en adéquation avec ses capacités physiques et ne présenter aucune menace pour son intégrité.

43 % du travail infantile a lieu dans cinq états mexicains: Veracruz, Chiapas, Puebla, México et Jalisco, surtout dans les secteurs commercial, agricole ou encore industriel.

Au Mexique, nombreux sont les enfants qui travaillent sans percevoir aucune rémunération, ils prêtant main-forte à leur famille démunie en particulier dans les tâches agricoles. Le travail infantile est particulièrement important au sein des familles indigènes qui vivent pour la plupart dans des situations précaires. 348 000 enfants indigènes travaillent parmi lesquelles 50,4 % garçons et 49.6% de filles (Rapport du CESOP 2005 d’après des chiffres de 1997). Sur le total d’enfants d’indigènes qui travaillent, 46,6 % sont âgés entre 6 et 11 ans et 53,4 % entre 12 et 14 ans. Le travail des enfants indigènes est le reflet de la précarité des communautés rurales qui pratiquent une agriculture d’autosubsistance destinée à la cellule familiale.

Angélica González, de l’organisation Centre de Réflexion et d’action sur le travail, souligne que 7,4 % des adolescents âgés de 12 à 17 ans qui travaillent, sont employés dans des secteurs interdits par la loi et avec des horaires de travail qui nuisent à leur bon développement.

La proportion d’enfants qui travaillent au Mexique varie non seulement selon les zones géographiques, mais aussi selon le sexe, ainsi les garçons travaillent presque deux fois plus que les filles. 67 % des garçons (2 441 070) travaillent entre l’âge de 5 et 17 ans contre 33 % de filles (1 205 997).

Il faut savoir que le travail des enfants mexicains ne se limite pas aux frontières nationales, chaque année, les organismes internationaux estiment que 400 000 enfants travaillent comme ouvriers agricoles aux États-Unis.

Au Mexique ce sont 50 millions d’individus qui vivent dans une situation de pauvreté, dont 22,9 millions d’enfants. 72 % des 3 millions d’enfants et adolescents qui travaillent ne perçoivent aucune rémunération et près de 40% ne sont pas scolarisés.

En savoir plus :
Travail conforme aux normes de l’OIT : la participation des enfants à l’activité économique peut être bénéfique à condition de ne pas nuire à leur santé, à leur développement ou à leurs études. Le travail qui ne nuit pas aux études (travail léger) est autorisé à partir de l’âge de 12 ans en vertu de la Convention 138 de l’Organisation internationale du Travail (OIT).

Travail non conforme aux normes de l’OIT : le travail est ici défini d’une manière plus étroite et s’applique aux enfants qui travaillent dans des conditions qui enfreignent les normes susvisées. En d’autres termes, il s’agit de tous les enfants de moins de 12 ans travaillant dans l’une quelconque des branches de l’économie, des enfants âgés de 12 à 14 se livrant à des activités préjudiciables pour leur santé et de tous les enfants se livrant aux pires formes de travail des enfants.

Vous pouvez également consulter le document suivant (en espagnol) au format PDF : OIT-UNICEF s’engagent contre le travail infantile.

(Aline Timbert)


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