La sécheresse qui frappe depuis plusieurs mois (depuis la mi-novembre en particulier) la pampa humide et d’autres régions d’Argentine est à l’origine de pertes économiques évaluées à 10 000 millions de dollars. Les catastrophes naturelles et autres phénomènes météorologiques qui affectent la région constituent actuellement l’un des problèmes majeurs que doit affronter l’Amérique latine. Ces dernières semaines, le Cône sud, en particulier l’Argentine, l’Uruguay, le Paraguay, et le sud du Brésil endurent une importante sécheresse (absence et précipitations et températures élevées) qui va engendrer de nombreuses pertes dans cette zone où l’agriculture et l’élevage constituent les principales activités.

À l’heure actuelle, le phénomène climatique La Niña menace la campagne agricole 2011-2012 avec des conséquences économiques significatives, comme l’a souligné la revue Allemande Oil World, spécialisée dans les oléagineuses, selon des estimations la production de soja en Amérique du Sud devrait chuter de 3 %. Il s’agit du second épisode dévastateur de La Niña après celui de 2008-2009, de prochaines précipitations sont attendues au cours du mois et devraient permettre de reconstituer peu à peu les nappes phréatiques, mais la situation est d’ores et déjà préoccupante. Une situation similaire s’était produite en 2005, 2007 et 2010, et les précipitations avaient permis d’inverser la tendance.

Cependant, en 2008-2009 les pluies étaient arrivées trop tardivement (en mars) pour sauver la situation. Comme l’a souligné le secrétaire général de la OEA, José Miguel Insulza, « il y a de graves problèmes qui ne dépendent pas de nous, même si nous devons faire en sorte d’en limiter les conséquences. Le premier c’est la possible aggravation de la crise globale… Le second c’est la multiplication des désastres naturels qui nous affectent, que ce soit des séismes, des tempêtes. Il est certain qu’ils sont le fruit du changement climatique, que nous avons provoqué, et qui nous cause des dommages incalculables ». Insulza a mis en garde sur le fait qu’il ne s’agissait pas d’un « phénomène climatique qui touchait de temps en temps la région, mais bien d’un phénomène qui survient régulièrement ». L’Argentine est le second exportateur mondial de maïs, le principal fournisseur international d’huile et de farine de soja et le troisième exportateur d’oléagineuses, le quatrième producteur de blé, or il est l’un des pays les plus touchés par la sécheresse actuelle. On estime que la récolte de maïs en Argentine sera amputée de plus de cinq millions de tonnes, soit une production 20 % inférieur en raison du manque d’eau (une production estimée à 22,1 millions de tonnes au lieu de 28 millions de t).

Concernant la production de soja, les pertes sont estimées à 3 150 millions de dollars, une production qui sera amputée de 7 millions de tonnes par rapport aux estimations prévues « à l’heure actuelle la récolte est estimée à 44 millions de tonnes (les estimations prévoyaient une production de 51 millions) », a déclaré Rodolfo Rossi, membre de l’association argentine de la Filière soja ou Asociación Argentina de la Cadena de la Soja.

L’impact de la sécheresse sur la production de céréales et de soja sur l’un des plus gros producteurs au monde « est grave », a déclaré le secrétaire à l’Agriculture, Oscar Solís: « Nous ne pouvons pas nier que la situation est grave, si la sécheresse vient à se poursuivre jusqu’à la fin janvier, nous allons nous retrouver dans une situation vraiment inconfortable ».
Le ministre de l’Agriculture, Norberto Yauhar a décidé il y a quatre jours de convoquer la Commisison d’urgence Agro-pécuaire dans le but « de prêter main-forte à toutes les zones affectées et surtout aux producteurs qui en ont le plus besoin » avant d’ajouter « Pour chaque culture, la situation est différente, l’impact sur le blé est différent de celui sur le maïs, mais nous devons analyser chaque situation afin de trouver des solutions appropriées ».
Le gouvernement argentin a déclaré l’état d’urgence agricole dans cinq provinces sévèrement touchées par la sécheresse, cette alerte sera maintenue jusqu’à la fin de l’année dans les districts des provinces de Buenos Aires et de La Pampa (centre) affectées par le manque de pluies et a été mise en place pour une durée de 180 jours dans la province de Misiones (nord-est).

Concernant San Juan au nord-ouest l’urgence sera maintenue jusqu’aux 31 mai, tandis qu’à Neuquén (sud-ouest) elle sera valable jusqu’en mars 2013 « en raison des effets combinés de la cendre volcanique (du volcan chilien Puyehue) et de la sécheresse qui menace les exploitations agricoles ». À ces régions s’ajoutent quelque districts de la province centrale de Córdoba eux aussi affectés par l’absence de précipitations. La mise en place de l’état d’urgence permet aux producteurs ruraux de bénéficier d’aides financières et d’exonérations fiscales. En 2008, l’Argentine avait perdu 35,4 millions de tonnes de grains à la suite de la pire sécheresse que le pays ait connue depuis le début du XXe siècle comme conséquence du phénomène « La Niña ».

Fernando Lugo

Le gouvernement du Paraguay a également déclaré le 17 janvier l’état d’urgence alimentaire pour 90 jours en raison de la sécheresse prolongée qui s’abat sur le pays tout en soulignant que 313 communautés indigènes étaient particulièrement touchées par le phénomène. Le décret signé par le président Fernando Lugo, qui a été diffusé par la presse, précise qu’une aide sera donnée uniquement aux familles qui se consacrent à une agriculture d’auto-subsistance. Le gouvernement a ainsi évoqué « Le droit fondamental de toute personne à être protégé contre la faim et la malnutrition ». Le décret 8.280 signé par le président Fernando Lugo invite les organes d’État à prendre « toutes les mesures administratives et financières pour apporter une réponse immédiate à la production d’aliments ».

Marcial Gómez, l’un des leaders de la Fédération nationale paysanne centre-gauche, a informé que les paysans les plus pauvres et les plus touchés évoluaient dans les départements du Nord, San Pedro et Canindeyú. Les agriculteurs qui se consacrent à la production de cultures destinées à l’exportation comme le soja, le blé, le maïs, ou encore le sésame, eux aussi sévèrement touchés depuis le mois de novembre en l’absence de précipitations, ne bénéficieront pas de l’aide d’urgence malgré des pertes estimées à plus de 40 %.

« En adoptant cette mesure sectaire, le président prend une décision politique à un an de l’échéance électorale. La sécheresse touche tout le pays et pas seulement ses amis du département de San Pedro », a déclaré Héctor Cristaldo, leader de la patronal Unión de Gremios de la Producción. Il a ajouté que la sécheresse menaçait particulièrement la culture de soja dans le département de Alto Paraguay (340 kilomètres à l’est d’Asunción). Le Paraguay et le troisième exportateur de soja en Amérique du Sud après le Brésil et l’Argentine. La population indigène, en situation d’extrême pauvreté, et pratiquant une agriculture essentiellement vivrière ( elle représente environ 110 000 individus appartenant à 20 ethnies réparties dans les régions occidentales et orientales) pourra bénéficier de cette aide.

Le Paraguay va produire un million de tonnes de soja en moins, ce qui va impliquer une baisse du Produit intérieur brut pour l’année (de 4 % à 3,7 %).

Le commerce du pays est également mis à mal par le niveau du fleuve Paraguay particulièrement bas qui empêche les bateaux de gros tonnages de livrer leurs marchandises au port de Río de la Plata.

La sécheresse affecte aussi l‘Uruguay et une partie de la Bolivie. La Direction Nationale de Météorologie de l’Uruguay (DNM) a émis la semaine dernière une alerte rouge en raison des risques d’incendie de forêt dans le pays comme conséquence directe des températures élevées et du manque de pluies, en particulier dans le nord.

En Bolivie, le manque de précipitations touche les municipalités de Pasorapa, Aiquile, Totora et Omereque, des régions où les cultures de maïs et de luzerne sont particulièrement menacées.

(Aline Timbert)