« Ils ont connaissance du monde extérieur, et sont conscients de ce que ‘l’homme blanc’ leur a fait subir tout au long de l’histoire. C’est pourquoi ils veulent continuer à vivre de façon isolée ». Survival

Un an après que des photos d’indigènes isolés évoluant au Brésil (à la frontière péruvienne) aient été diffusées par l’O.N.G. Survival International, la forêt amazonienne vient à nouveau de révéler un groupe de natifs non contactés se trouvant sur le territoire péruvien. Ce sont des clichés d’indigènes à moitié nus, paisibles et en famille; appartenant à la communauté Mashco-Piro, que l’organisation de défense des droits indigènes Survival International a dévoilés au public le 31 janvier. Des clichés qui ont été pris entre le mois d’août et le mois de novembre 2011, tout d’abord par une ornithologue d’origine italienne, puis fin 2011 par l’archéologue espagnol Diego Cortijo.

Nicolás ‘Shaco’ Flores – © D.Cortijo/www.survivalfrance.org

« Les photos diffusées aujourd’hui sont les plus précises qui n’ont encore jamais été prises, les indigènes ont été photographiés à seulement 120 m de distance. Cela s’apparente à une aberration de constater qu’au beau milieu du XXIe siècle, malgré tout ce que nous savons sur eux, ces communautés continuent de disparaître », a déclaré à la radio Nederland, Laura De Luis, porte-parole de Survival International.
Si ces photos sont aussi troublantes et émouvantes c’est que les Indiens isolés, si peu nombreux à travers le monde, subissent encore au quotidien plusieurs formes de pression, pour ne pas dire d’agression, qui menacent directement leur mode de vie ancestral. Ils sont confrontés à la déforestation illégale, à l’incursion des trafiquants et autres prospecteurs sur leur territoire, aux compagnies pétrolières et gazières ou encore aux touristes avides d’exotisme qui les obligent à se déplacer loin, autant que faire se peut, des étrangers qui menacent leur intégrité physique et culturelle. Selon l’organisation, « ce sont environ 100 groupes d’indigènes isolés qui survivent à travers le monde, ce sont les peuples les plus vulnérables de la planète. À ce titre, « le contact avec ces groupes peut s’avérer dangereux, car ils ignorent quelles sont les intentions de ceux qui les approchent ». Parmi ces groupes isolés,  la moitié vit aux confins de la forêt tropicale de l’Amazone, entre le Brésil et le Pérou.

Parmi ces tribus on retrouve les Cacataibo, les Isconahua, les Matsigenka, les Mashco-Piro, les Mastanahua, les Murunahua (ou Chitonahua), les Nanti et les Yora. Ces peuples n’ont aucune immunité contre les maladies occidentales, et il n’est pas rare qu’après un premier contact, 50 % des membres d’une communauté décèdent !

Indigènes Mashco-Piro – © G. Galli/www.survivalfrance.org

Sur les derniers clichés, un groupe d’indigènes, probablement d’un même clan (l’on distingue une dizaine d’individus parmi lesquels plusieurs enfants et un couple d’adultes), a été photographié au moyen d’un téléobjectif par l’archéologue espagnol Diego Cortijo, également membre de la Société de Géographie Espagnole, qui cherchait à localiser en ces lieux de la forêt amazonienne des sites archéologiques oubliés. Selon un communiqué de presse de l’organisation diffusée à Lima ces derniers mois, le nombre d’observations d’indigènes volontairement isolés au sein du Parc National du Manu est en constante augmentation (entre les régions de Cuzco et Madre de Dios au sud-est du Pérou, à environ 250 km à l’ouest de la frontière avec le département bolivien de Pando). L’ancien secrétaire général du Service national des zones naturelles protégées par l’État (Sernanp), Carlos Soria, a déclaré qu’il jugeait étrange l’exposition de ces communautés « ils vivent au bord du fleuve Pinquén, dans le parc Manu, mais depuis quelque temps ils ont élu domicile au bord du fleuve río Alto Madre de Dios, ce qui est plutôt étrange, car habituellement ils cherchent à pénétrer davantage dans la forêt », a-t-il précisé. Selon l’expert, les indigènes ont été repérés dans une zone « au fort transite humain où des bateaux emmènent les touristes », or comme le souligne Stephen Corry, directeur de Survival international, « Le premier contact avec des Indiens isolés est toujours dangereux et peut souvent s’avérer fatal – aussi bien pour la tribu que pour ceux qui tentent d’entrer en contact avec elle. La volonté des Indiens de rester isolés doit être respectée ». L’année passée, Survival avait interpellé le Service national des aires protégées (SERNANP), dépendant du ministère de l’Environnement péruvien,au sujet d’une vidéo montrant des touristes déposant des vêtements ou encore des machettes sur les berges d’une rivière pour attirer les Indiens isolés.

Comme tient à le préciser Carlos Soria, « les indigènes isolés ne sont pas violents, ils réagissent uniquement s’ils se sentent menacés » tout en précisant « les indigènes isolés ne vont pas attaquer, ils vont observer pour s’assurer qu’ils ne sont pas en danger, ils veulent s’assurer qu’ils ne risquent rien, mais pour ce faire ils resteront toujours cachés ». Selon les dernières estimations, le nombre d’indigènes appartenant à la communauté Mashco-Piro vivant dans la zone sylvestre de Manu serait d’environ 800 à 1500 individus.

© D.Cortijo/www.survivalfrance.org

Les autorités environnementales du Pérou ont expressément demandé de ne pas entrer en contact avec ces populations isolées « nous recommandons de ne jamais entrer en contact avec ces communautés qui s’efforcent de rester à l’écart du monde extérieur », a déclaré Mariela Huacchillo de la Sernanp. Elle a indiqué que tout étranger était susceptible d’être porteur d’un virus potentiellement fatal, susceptible d’atteindre des natifs non immunisés contre toute sorte de maladies.

Par ailleurs, les dangers du contact avec ces communautés autochtones, qui ont sciemment fait le choix de vivre dans l’isolement, ont été renforcés par le décès récent d’un natif matsiguenga.

En effet, Nicolás ‘Shaco’ Flores est décédé suite à ses blessures après avoir été touché mortellement au coeur par une flèche d’un indigène isolé près du Parc National du Manu. Depuis plus de 20 ans, il avait l’habitude de déposer près de chez lui des victuailles et des présents à un petit groupe isolé d’indigènes Mascho-Piro.

Glenn Shepard, anthropologue et proche de la victime, a posté le message suivant sur son blog (également relayé dans Anthropology News) : « La mort de Shaco est une tragédie : il était un homme bienveillant, courageux et intelligent. Il pensait aider les Mascho-Piro. Et malheureusement, dans ce tragique incident, les Mashco-Piro ont exprimé leur farouche désir de rester isolés ».

En savoir plus sur le Parc National du Manu :

Parc National du Manu

Situé sur le versant oriental de la cordillère des Andes dans le sud-est du Pérou, entre les départements de Cusco et de Madre de Dios, le Parc National du Manu constitue le plus grand trésor naturel du Pérou, en raison du nombre d’espèces qui s’y trouvent et de la grande diversité d’écosystèmes dont il regorge.
En 1973, cette zone a été reconnue comme Parc national, il s’étend sur une superficie de plus d’un million et demi d’hectares, et a été déclaré Patrimoine Culturel de l’Humanité en 1987 par l’Unesco. Le parc comprend la totalité du bassin du fleuve Manu ainsi qu’une extraordinaire bande d’altitude qui débute à 4 300 m, depuis la puna (soit les hauts plateaux andins) pour tomber  à 200 m dans la plaine amazonienne.
Dans cette zone vivent plusieurs groupes ethniques déjà recensés : Amahuaca, Huaichipaire, Machiguenga, Piro Yora, Yaminahua, ainsi que d’autres groupes qui ne conservent aucun lien avec le monde extérieur comme c’est le cas de la communauté Mascho-Piro. Le Parc National du Manu offre un milieu naturel riche avec plus de 20 000 espèces de plantes vasculaires, avec 1 200 espèces de papillons, environ 1 000 espèces d’oiseaux, avec 200 espèces de mammifères, ainsi qu’à un nombre incalculable d’espèces de reptiles, amphibiens et insectes.

Ce paradis naturel a été désigné comme une Réserve de la Biosphère mondiale parce qu’il offre le meilleur exemple de biodiversité dans les régions protégées de la forêt tropicale, il propose également un fort endémisme végétal et animal. Un seul hectare de forêt dans Manu peut offrir jusqu’à 220 espèces d’arbres, tandis qu’un hectare de forêt en Europe ou en Amérique du Nord peut seulement proposer une vingtaine d’espèces différentes. Le Parc national Manu est l’une des zones qui proposent la plus grande biodiversité de la planète.

Zone intangible : Parc National du Manu :

C’est la plus grande partie du Parc, il offre une superficie de 1 800 000 hectares de forêt primitive.

Le Parc National du Manu témoigne de la grande diversité biologique qui existe en Amazonie. De par la variation d’altitudes, de 200 à presque 4 000 mètres au-dessus du niveau de la mer, il possède presque toutes les formations écologiques subtropicales de l’est péruvien. Dans cette zone immense, il existe des espèces et des écosystèmes d’un grand intérêt scientifique.

Dans les environs des rivières se trouvent des arbres caractéristiques, comme le cetico (sp Cecropia.) et la topa (sp Ochroma). On trouve également des arbres comme le cèdre (sp Cedrela.), le tornillo (catenaeformis Cedrelinga), la châtaigner (Bertholletia sublime), le lupuna (sp Chorisia.) et le jebe (brasiliensis Hevea), formant des mosaïques de forêt humide tropicale.

Fleuve Madre de Dios

Dans ce parc, de nombreuses espèces animales sont protégées : plus de 800 espèces d’oiseaux et près de 200 mammifères (dont plus de 100 espèces de chauves-souris). Il existe plus de 120 espèces de poissons et les reptiles sont présents en abondance et sont hétérogènes, tout comme les insectes et autres invertébrés qui dépassent le million d’espèces.

En ces lieux, il est possible de contempler des oiseaux très difficilement observables dans d’autres endroits de la forêt comme l’aigle Harpie (harpyja Harpia), le jabirú (mycteria Jabiru) et la spatule rose (jaja Ajaia). Aux bords des rivières, sur les branches des arbres, s’observe le sacha pato (moschata Cairina), ancêtre sauvage du canard créole. Il existe aussi des espèces de faune sauvage comme l’oie sauvage ou oie de l’Orinoco (jubata Neochen), le coq des rochers (Pérouviana Rupicola), le singe choro commun (lagotricha Lagothrix), le maquisapa noir (Les attache paniscus), le loup de rivière (brasiliensis Pteronura), le jaguar (onça Panthera), le tigrillo (pardalis Leopardus), l’ours à lunettes (ornatus Tremarctos) et le taruca (antisensis Hippocamelus).

Dans cette région, ce ne sont pas seulement la faune et la flore ou encore les beaux paysages qui sont dignes d’intérêt. Dans les environs vivent des populations regroupées dans plus de 30 communautés rurales qui conservent le Quechua comme langue maternelle. Il y a aussi les natifs amazoniens qui appartiennent à différents groupes linguistiques, ils occupent la zone depuis des siècles, on peut citer les ethnies Matsiguenka, Amahuaca, Yine, Amarakaeri, Huachipaire, Mashco-Piros et Nahua.

Il existe également des trésors archéologiques non étudiés, ainsi que d’autres, très célèbres, comme les Petroglyphes de Pusharo, dans la région de la rivière Palotoa et les Ruines de Mameria.
Parmi les principaux objectifs de la création du Parc National se trouve celui de préserver un échantillon représentatif de la diversité biologique de la forêt tropicale du sud-est du Pérou, il s’agit ainsi de contribuer au développement régional au moyen de centres de recherche et d’enregistrer les paramètres environnementaux. Bien que l’accès soit très difficile et interdit, l’intrusion de touristes ou encore de trafiquants en tout genre dans certaines zones protégées est dénoncée par de nombreuses organisations…

(Aline Timbert)