Les États-Unis espèrent que le président vénézuélien Hugo Chávez, qui a été opéré lundi « avec succès » (selon un communiqué officiel) à la Havane sur l’île de Cuba, puisse récupérer très vite, une déclaration effectuée mardi 28 février par la sous-secrétaire d’État aux Affaires politiques, Wendy Sherman.
« Nous attendons de voir ce qui va se passer. Nous espérons tous qu’il puisse récupérer très vite et que la vie continue », a déclaré Sherman depuis le centre d’analyse Carnegie, où elle a évoqué son récent voyage en Colombie, au Mexique et au Brésil.

Elías Jaua

Elle a ajouté que la santé du chef de l’État « était un thème privé et qu’elle n’avait pas davantage d’informations », une façon de répondre aux journalistes qui l’interrogeaient sur l’opération subie par le leader socialiste après celle endurée en 2011 et qui avait permis l’extraction d’une tumeur cancéreuse. Le vice-président vénézuélien, Elías Jaua, a quant à lui, précisé que l’opération réalisée pour « extraire une lésion » dans la région pelvienne où le président avait déjà été opéré, il y a plusieurs mois, s’était parfaitement déroulée.

« Sincèrement nous avons différents points de vue sur ce que devrait être le futur du Venezuela », a mentionné Wendy Sherman. Le gouvernement du président Barack Obama, qui se prépare à participer au sixième Sommet des Amériques (qui se tiendra en avril en Colombie) a fait preuve de beaucoup de retenue concernant les problèmes de santé récurrents du président sortant, malgré les relations tendues entre la nation sud-américaine et le pays de l’Oncle Sam.

Le président Chávez, âgé de 57 ans, a fourni peu de renseignements concernant cette nouvelle opération, l’on sait  juste qu’elle fait suite à une intervention chirurgicale survenue au mois de juin dernier et qui avait été suivie d’une chimiothérapie.

Plusieurs fonctionnaires du gouvernement vénézuélien ont démenti le 29 février le fait que le président pouvait sciemment dissimuler des détails importants concernant son état de santé, écartant ainsi « toute forme d’hermétisme » relative ce sujet ô combien délicat pour ne pas dire tabou. Mardi 28 février, le vice-président a émis un communiqué dans lequel il précisait que l’intervention était un succès et que l’équipe médicale était parvenue à retirer intégralement la nouvelle « lésion » détectée quelques jours plus tôt dans la partie du corps même où le chef de l’État avait été déjà opéré, durant l’été, d’une tumeur cancéreuse. Nulle autre précision concernant la nature de la lésion, sa localisation exacte ni même sa gravité n’ayant été fournie.

« Ce qui a été démontré hier (mardi) c’est qu’il y a des chaînes de télévision régulières et un porte-parole qui n’est autre que le vice-président de la République », a souligné le ministre rattaché à la protection sociale Isis Ochoa, lors de déclarations effectuées à la chaîne d’État VTV. Elle a ainsi expliqué qu’à chaque fois que le gouvernement doit faire une déclaration officielle, il en prend acte « avec beaucoup de responsabilités et de sérieux au moyen des chaînes officielles ». Jusqu’à présent le chef de l’État était le seul porte-parole concernant son état de santé depuis qu’il avait annoncé officiellement fin juin souffrir d’un cancer. Cette nouvelle situation laisse la porte ouverte à de nombreuses rumeurs sur la possibilité que le cancer se soit métastasé. Plusieurs journalistes avaient annoncé l’opération du chef de l’État avant même que celui-ci en fasse l’annonce publique. Selon les versions officielles, il s’agit d’une lésion « peut-être maligne », alors que de nombreuses voix se font l’écho « d’une nouvelle tumeur cancéreuse ».

« Le président Chávez n’a rien à cacher sur sa maladie, il a toujours été très clair » a déclaré la députée officialiste Yelitza Santaella lors de déclarations effectuées au portail d’information ‘Noticias24’. Et elle a ajouté que tout individu avait le droit au respect de la vie privée tout en niant une quelconque forme « d’hermétisme » autour du cancer qui affaiblit depuis plusieurs semaines le chef de l’État. À ce titre, elle a souligné que c’était le président en personne qui avait demandé à Jaua d’informer la population sur les résultats de son opération.

Avant d’entreprendre son voyage à Cuba, le président Chávez avait demandé à son ministre des Communications et de l’Information, Andrés Izarra, de surveiller les rumeurs concernant son état de santé et de maintenir informée la population afin d’éviter toute polémique et suspicions inutiles.

Henrique Capriles lors des primaires

L’annonce de cette nouvelle opération survient à un moment clé dans la carrière politique de Chávez puisque celui-ci est dans la course aux élections présidentielles qui se tiendront le 7 octobre prochain et qui pourront lui permettre d’assumer un troisième mandat consécutif (après être resté 13 années au pouvoir) sachant que sa cote de popularité était encore estimée à 60 % avant sa nouvelle annonce. Jusqu’alors, tout au long de sa présidence, le leader de la révolution bolivarienne avait fait montre d’énergie et d’une résistance à toute épreuve : joueur de base-ball passionné ou encore orateur capable de disserter durant des heures en direct et de façon improvisée, il était jusqu’au mois de juin un symbole de vigueur. Aujourd’hui, son état de santé suscite toutes les préoccupations alors que son rival dans la course à la présidence, Henrique Capriles, dévoile à son tour un potentiel de gagnant et de force combative. Comme l’a souligné un analyste de l’IHS Global Insight, Capriles « incarne une alternative saisissante, il est jeune et déborde d’énergie ». Ce dernier se fait par ailleurs le chantre d’une campagne électorale respectueuse, alors que son adversaire multiplie les attaques verbales n’hésitant pas à qualifier son rival de « cochino » (« cochon »).

Henrique Capriles

Le jeune avocat centriste Henrique Capriles, 39 ans, actuel gouverneur de l’État de Miranda, et unique candidat face au président sortant (symbole d’une opposition unie) a quant à lui souhaité « une longue vie au chef de l’État » tout en déclarant vouloir pour le Venezuela « un pays uni, un pays où les Vénézuéliens pourraient avoir davantage d’opportunités ».

« Pour le moment, la maladie représente une faiblesse politique jusqu’à ce qu’il soit capable de la vaincre », a déclaré John Walsh, un analyste politique du bureau de Washington pour les affaires latino-américaines (WOLA), un organisme indépendant. « Si au final et il parvient à convaincre les gens qu’il a vaincu le cancer […] alors l’avantage pourra être en sa faveur ».

Pendant sa convalescence, son rival pourra être en mesure de capter toute l’attention en participant à différents événements, tels que l’inauguration d’écoles ou d’installations sportives dans l’État de Miranda, dans le centre du pays. Si le président s’avère incapable de diriger personnellement sa campagne de réélection, il laisse tout simplement  la porte ouverte aux doutes concernant sa capacité à diriger le pays dans les prochaines années.

Avant que le candidat Capriles de Mesa de Unidad Democrática (MUD) ne remporte les élections primaires du 12 février avec 62 % des votes, les enquêtes de Datanálisis évoquaient une différence de cinq points entre Chávez est celui qui n’était encore qu’un quasi-inconnu de l’opposition. Aucun autre sondage n’a été effectué depuis les résultats des primaires.

Hugo Chavez

Pour rappel, le président du Venezuela, Hugo Chávez, avait lâché pour la première fois le mot cancer fin juin après avoir reconnu à la télévision nationale souffrir de la maladie suite à l’extraction d’une tumeur maligne. Cette révélation avait été faite par le chef de l’État en personne lors d’une courte allocution (environ 15 minutes) prononcée le jeudi 30 juin 2011 à 21h depuis la Havane où il se trouvait en convalescence depuis le 11 juin, date à laquelle il avait subi sa première opération pour un abcès pelvien (une accumulation de pus dans la zone inférieure de l’abdomen). Depuis, le mois de juin, le candidat du PSUV (Partido Socialista Unido de Venezuela) a subi quatre cycles complets de chimiothérapie.

Le président vénézuélien Hugo Chávez a cependant fini par sortir de son silence en s’exprimant hier sur son compte Twitter depuis la Havane où il se trouve en convalescence « Bonsoir mes chers compatriotes. Me voici, m’élevant dans le ciel comme un condor » avant d’ajouter «Je vous envoie à tous mon amour suprême. Nous vivrons et nous vaincrons ».
De son côté, Jaua a précisé durant l’émission « Contragolpe » sur VTV qu’il avait parlé par téléphone avec le président pour prendre de ses nouvelles et, il  a déclaré à ce sujet « Il m’a dit qu’il venait de prendre un consommé et j’ai pu me rendre compte qu’il avait beaucoup de force dans la voix ». tout en précisant « Il est en plein processus de récupération ».

Le président a quitté le Venezuela vendredi 24 février, pour le moment aucune date de retour n’a été fixée, ce dernier souligne toutefois, comme à chacune de ses absences, qu’il assume pleinement ses fonctions depuis Cuba.

(Aline Timbert)