Le ministre de la Défense, Rubén Saavedra Soto, a affirmé le 4 mars que, malgré les intempéries qui frappent actuellement la Bolivie, le pays n’avait pas sollicité un soutien international pour venir en aide à la population sinistrée. La Bolivie, qui subit depuis plusieurs semaines de fortes précipitations liées au phénomène climatique la Niña, enregistre des milliers de sinistrés (12 651 familles au niveau national) sur les 117 municipalités touchées par les pluies et ses conséquences directes telles que des inondations, des crues de fleuves et rivières, des glissements de terrain ou encore des éboulements.

Ce sont 12 personnes qui ont péri depuis le début de l’année 2012, et des milliers de personnes qui se retrouvent sans toits, cependant malgré ce triste bilan, les autorités se jugent parfaitement à même de gérer la situation sans avoir recours à la coopération internationale.

Le 22 février, le gouvernement avait déclaré l’état d’urgence nationale afin de débloquer des fonds d’urgence pour répondre aux besoins des populations affectées par ces désastres naturels. Une mesure qui permet au pouvoir exécutif, aux autorités départementales et régionales, mais aussi aux municipalités de disposer de moyens économiques, non inclus dans leur budget initial, pour répondre à des urgences comme celle-ci, un moyen de financer la distribution de nourriture et autres aides de première nécessité aux personnes démunies touchées par le phénomène.

Le département de Pando

Le département de Pando est celui qui souffre le plus de ces intempéries, on dénombre pas moins de 1500 familles sinistrées et plus de 581 foyers endommagés. Le gouverneur de Pando, Luis Adolfo Flores, qui se trouve en zone sinistrée, a précisé que l’aide humanitaire était parfaitement distribuée (47 t d’aide alimentaire ayant déjà été fournie).

Le ministre Saavedra a d’ailleurs participé au téléthon réalisé à La Paz « Pando te necesita » (« Pando a besoin de toi »), organisé dans le but de récolter des fonds pour les sinistrés frappés de plein fouet par les inondations qui assaillent la région depuis trois semaines. Les pluies torrentielles qui s’abattent dans cette région amazonienne ont provoqué la crue du fleuve Acre (qui a atteint jusqu’à 10 m de hauteur) ravageant la localité de Bolpebra à la frontière entre le Brésil et le Pérou ainsi que différents quartiers de la capitale, Cobija. Une manifestation de solidarité qui a permis de réunir la somme de 288.000 bolivianos ainsi que 17 tonnes d’aliments, d’eau potable et de vêtements pour les communautés sinistrées d’Amazonie.

Récemment, le président exécutif de la CAF, Banque de développement de l’Amérique latine, Enrique García, avait manifesté sa solidarité avec le président de l’État plurinational de Bolivie, Evo Morales, en effectuant un don de 125 000 $ américains destinés à l’aide humanitaire et à la reconstruction des infrastructures endommagées.

« La CAF souhaite exprimer sa solidarité avec la population des différentes régions de Bolivie, lesquelles ont été affectées par les conséquences des phénomènes climatiques qui ont occasionné des pertes nombreuses tant sur le plan humain que matérielle », a affirmé García. Le président de l’entité financière a aussi réitéré sa volonté d’approuver de façon immédiate des moyens favorables à la Bolivie pour la gestion des catastrophes naturelles et l’aide aux populations sinistrées. La Banque de développement d’Amérique latine a pour principal objectif de favoriser le développement soutenable et l’intégration régionale au moyen de financement de projets dans les secteurs publics et privés, mais aussi en favorisant la coopération technique. Mise en place en 1970, elle regroupe 18 pays d’Amérique latine, des Caraïbes et d’Europe (Argentine, Bolivie, Brésil, Chili, Colombie, Costa Rica, Équateur, Espagne, Jamaïque, Mexique, Panama, Paraguay, Pérou, Portugal, République Dominicaine, Trinidad et Tobago, Uruguay, Venezuela) ainsi que 14 banques privées de la zone andine.

Inondations des zones de culture

Le vice-ministre du Développement rural, Víctor Hugo Vásquez, a informé que les pertes dans le domaine agricole survenues dans les neuf départements du pays, n’auraient aucune incidence sur l’approvisionnement en aliments.  « Nous possédons une superficie de 8856 ha détruits, le département de Chuquisaca est le plus touché avec 3600 ha, puis vient Oruro avec 2100 ha, enfin en troisième position il y a La Paz avec 1100 ha détruits, puis d’autres départements avec des surfaces cultivables endommagées inférieures à celles mentionnées », a-t-il déclaré. Des productions comme le maïs, la quinoa, la pomme de terre,  le blé, le riz, la tomate et d’autres encore ont été affectées par l’afflux des eaux. La production la plus touchée est celle du maïs avec 0,9 % soit 3166 ha, mais cultivé sur plus de 347 000 ha à travers le pays, les pertes enregistrées ne devraient donc avoir aucune incidence. De plus selon l’autorité gouvernementale, les quelque 8856 ha affectés par les précipitations ne représentent que 0,3 % de la surface agricole totale qui est estimée à 2,9 millions d’hectares.

Parmi les autres conséquences directement liées à ces intempéries, la Bolivie doit endurer une persistance de l’épidémie de dengue en particulier dans les zones d’Amazonie sévèrement frappées par les inondations. Un constat révélé par le vice-ministre de la Santé, Martín Maturano, qui a souligné que la stagnation des eaux dans certaines zones favorisait la prolifération du moustique transmetteur du virus de la « grippe tropicale » (Aedes aegypti). Parmi les régions les plus touchées, on note Santa Cruz, Cochabamba et La Paz, l’épidémie ne s’enregistre pas dans tout le département, mais bel et bien dans les zones tropicales ou le moustique parvient à survivre. Le département du Beni enregistre quant à lui peu de cas de dengue, cependant le taux de mortalité liée à la maladie est le plus élevé. Jusqu’à présent la Bolivie a enregistré 8416 cas suspects, parmi lesquels 2431 ont été confirmés suite à des analyses médicales. 55 % des cas ont été enregistrés dans le département de Santa Cruz, 23 % à Cochabamba ; 11 % à La Paz, 9 % au Beni, et le reste des cas dans les départements de Chuquisaca,Tarija et Pando. Selon des chiffres officiels du vice-ministre de la Santé, depuis octobre 2011 jusqu’à aujourd’hui 20 personnes ont péri après avoir été atteintes du virus de la dengue. Avec sept décès enregistrés, le Beni détient le triste record des départements les plus touchés par les cas mortels de la maladie, suivi de Santa Cruz qui a enregistré six décès, enfin le département de Cochabamba dénombre un nombre de morts similaire. À Tarija, une victime mortelle est à déplorer. En raison du nombre de morts et des cas positifs confirmés par analyse, la Bolivie maintient le niveau d’alerte nationale et d’urgence sanitaire dans les départements les plus touchés.

Epidemie de dengue

« En comparaison avec les cas enregistrés en 2010-2011 nous pouvons dire que l’épidémie est jusqu’à présent contrôlée », a déclaré avec optimisme le fonctionnaire. Actuellement le département le plus exposé à l’épidémie est Pando en raison des eaux stagnantes susceptibles de favoriser la propagation de la maladie. À ce titre le ministère de la Santé a commencé une campagne de prévention qui comprend la présence d’équipes médicales directement envoyées depuis la capitale.
La pire année pour la Bolivie reste 2009 avec plus de 30 000 cas positifs de dengue enregistrés, une épidémie considérée comme l’une des plus terribles de ces dernières années. Deux tiers des cas avaient été enregistrés dans le département de Santa Cruz, où des militaires et des équipes médicales avaient été dépêchés pour tenter d’enrayer la prolifération de la maladie via des opérations d’assainissement visant à éliminer les foyers de reproduction des moustiques porteurs du virus.

Selon la responsable de la Senamhi, (Service national de Météorologie et d’Hydrologie), Cristina Chirinos, les précipitations devraient perdurer au moins jusqu’à la mi-mars, même si elles devraient être d’une intensité moindre dans les prochains jours. Le département de Pando devrait être encore le plus touché ce qui laisse craindre de nouveaux débordements des cours d’eau.

Par ailleurs, le ministère des Affaires étrangères français a publié le communiqué suivant, toujours valide à la date du 6 mars 2012 : « De fortes précipitations affectent en cette saison l’ensemble du territoire bolivien et plus particulièrement les départements orientaux du Pando, du Beni et de Santa Cruz. Des inondations sont signalées dans de nombreuses villes et la situation, risquant d’empirer, pourrait avoir des répercussions sur l’état des routes. Il est donc recommandé de limiter ses déplacements dans les zones inondées jusqu’à nouvel ordre ».

(Aline Timbert)