Hier, mercredi 21 mars, les Forces armées révolutionnaires de Colombie ont perdu 33 membres suite à une opération militaire d’envergure menée dans le département pétrolier de Arauca, à la frontière vénézuélienne. Une réponse musclée des forces de l’ordre colombiennes à l’attaque menée, samedi dernier, contre des militaires dans la zone rurale d’Arauquita. Les FARC avaient tendu une embuscade à une patrouille faisant ainsi 11 victimes mortelles parmi les forces de l’ordre, l’une des actions les plus violentes que les rebelles ont menées ces derniers mois.

Juan Manuel Santos

Selon toute vraisemblance, les militaires, pas assez formés, ont commis une « erreur tactique » qu’il leur a coûté la vie, une information donnée par le président de la République, Juan Manuel Santos, dimanche.
Les familles endeuillées par le drame ont regretté le manque de préparation des jeunes soldats (pour la plupart âgés de moins de 20 ans) envoyés dans l’une des zones les plus dangereuses du pays, « une zone rouge » car contrôlée par la guérilla des FARC. Ces combats sanglants de ces derniers jours surviennent alors que les forces rebelles se sont déclarées prêtes « à oeuvrer pour la paix » dans un communiqué divulgué début mars et qu’elles doivent libérer les 10 derniers otages appartenant aux forces de l’ordre d’ici la fin du mois, certains d’entre eux étant retenus captifs depuis plus de 12 ans.
Une libération qui a été minutieusement préparée ces derniers jours avec l’élaboration d’un protocole de sécurité mis en place par le gouvernement colombien en collaboration avec le Comité international de la Croix-Rouge et le gouvernement brésilien qui prêtera les hélicoptères nécessaires à l’évacuation.

Piedad Córdoba

D’ailleurs, malgré les derniers évènements, l’ancienne sénatrice colombienne, Piedad Córdoba, a bel et bien annoncé, quelques heures après l’assaut militaire, que le processus de libération commencerait le lundi 26 mars « c’est avec beaucoup de joie et de satisfaction que nous souhaitons vous informer de la libération, ce lundi, des 10 derniers otages en uniforme retenus prisonniers par les FARC », a-t-elle déclaré lors d’une conférence de presse. Elle a ajouté que le Collectif Colombiens et Colombiennes pour la paix ou Colombianos y Colombianas por la Paz (CCP), dont elle est à la tête « continuera de réaliser autant d’actions possibles pour soulager les souffrances de la population » tout en précisant que son groupe espérait « que le déroulement de l’action humanitaire se termine bien »Córdoba a fait l’annonce de la date conjointement avec la médiatrice désignée par les FARC pour préparer la logistique de cette opération, Marleny Orjuela, ainsi que le journaliste Carlos Lozano, tous membres de la CCP.

Les trois se sont félicités du travail effectué par les gouvernements de Colombie et du Brésil, ainsi que celui du Comité international de la Croix-Rouge, coordinateur de la mission. Piedad Córdoba a également précisé que les libérations auraient lieu sur deux jours, sans donner plus de détails quant aux lieux choisis pour le ‘sauvetage’. Les membres du CCP s’étaient réunis, hier, à Bogotá afin d’analyser les protocoles de sécurité et les engagements avancés par le gouvernement (à savoir la mise en place d’une zone démilitarisée) et la guérilla. Au mois de février dernier, les FARC avaient demandé à la présidente de l’Association de Parents des Soldats et de Policiers retenus en otage (ASFAMIPAZ) ou Fuerza Pública Retenidos y Liberados por Grupos Guerrilleros (Asfamipaz), Marleny Orjuela, qu’elle gère la logistique pour la remise des 10 otages capturés entre 1998 et 1999. Les otages, que la guérilla a promis de libérer, sont les militaires Luis Alfonso Beltrán Franco, Luis Arturo Arcia, Robinson Salcedo Guarín et Luis Alfredo Moreno Chagüeza, ainsi que les policiers Carlos José Duarte, César Augusto Lasso Monsalve, Jorge Trujillo Solarte, Jorge Humberto Romero, José Libardo Forero et Wilson Rojas Medina.

Juan Vicente Carvajal

L’action militaire qui a permis la neutralisation de 33 guérilleros a satisfait le chef de l’État qui a commenté via son compte Twitter « un grand coup infligé aux FARC à Arauca, là même où nos soldats ont été tués ». L’opération militaire colombienne a également conduit à l’arrestation de cinq combattants des FARC parmi lesquels Juan Vicente Carvajal alias Misael, 42 ans, numéro deux du Front 10 (recherché par les Etats-Unis qui réclament son extradition pour trafic d’armes, de drogue et actes terroristes), avec plus de 29 années passées au sein de la guérilla, une information donnée par le ministre de la Défense Juan Carlos Pinzón.

« Nous sommes en train de mettre sur pied dans tout le département des opérations militaires contre les structures des FARC et de l’ELN (Ejército de Liberación Nacional, guevarista) », a assuré le général Ernesto Maldonado de la huitième division de l’Armée estimant que la région de Arauca abrite entre 600 et 700 membres de ces deux guérillas. À l’heure actuelle, les FARC réunissent environ 9000 guérilleros tandis que l’armée de libération colombienne compte sur environ 2500 membres, des chiffres émis par le ministère de la Défense. L’année dernière, l’armée colombienne avait asséné un gros coup à la guérilla marxiste en tuant le haut commandant de la guérilla, Alfonso Cano, et avant lui, un bombardement avait laissé pour mort le chef militaire Jorge Briceño (Mono Jojoy), ce conflit armé meurtrit la population de Colombie depuis maintenant 47 ans.

Juan Carlos Pinzon

La libération des otages, si elle a lieu comme prévu lundi 26 mars, concrétisera l’engagement pris le 26 février par la guérilla armée de libérer les derniers otages issus des forces de l’ordre, sachant que celle-ci a également affirmé qu’elle renonçait définitivement aux enlèvements de civils comme moyen de financement. Une annonce faite par Rodrigo Londoño Echeverry dit ‘Timochenko » qui avait déclaré dans un communiqué « Nous croyons qu’il vaut la peine d’essayer de briser ce cycle maudit et de miser sur la réconciliation et la paix » ajoutant « Il est regrettable que tous les jours, au cours de ce long combat, l’on déverse le sang des Colombiens les plus humbles. Aucun militaire ou policier ne devrait mourir. Les guérilleros ne doivent plus mourir également. Il aurait peut-être mieux valu que ni l’un ni l’autre n’existent ».

« Nous annonçons aussi qu’à partir d’aujourd’hui nous réfutons ces pratiques dans le cadre de notre action révolutionnaire », avaient informé les FARC, faisant clairement allusion aux enlèvements tout en expliquant que la décision les obligeait à abroger la loi rebelle de l’an 2000 relatif au financement du mouvement au moyen de l’extorsion de fonds.

Le ministre de l’Intérieur, Germán Vargas, toujours sur la réserve, a déclaré devant l’imminence de la libération des 10 hommes séquestrés « J’espère qu’elle aura lieu comme prévu, nous avons eu tellement d’espoirs déçus que nous demeurons sceptiques ».

(Aline Timbert)