Le pape Benoît XVI, âgé de 84 ans, a retrouvé le chemin de Rome, hier jeudi 29 mars, après avoir achevé son voyage au Mexique et à Cuba débuté le 23 mars, il s’agissait du premier déplacement du souverain pontife en terres latino-américaines (de langue espagnole), un exercice qui s’annonçait risqué pour le successeur de Jean-Paul II littéralement adulé par les populations d’Amérique latine.

Durant son périple, le pape a maintenu des réunions avec les mandataires cubains Fidel Castro et son frère Raúl Castro, mais aussi le chef de l’État du Mexique, Felipe Calderón, et a livré plusieurs messages autour des notions de changement et de liberté à Cuba, et un discours condamnant le trafic de drogue et la violence au Mexique. Il n’a pas oublié de dénoncer l’embargo subi par l’île des Caraïbes depuis plusieurs décennies. Benoît XVI avait d’ores et déjà évoqué Cuba lors de son voyage en avion qui l’a conduit depuis León, au Mexique, jusque sur l’île, en abordant le décalage entre l’idéologie marxiste et les réalités économiques et sociales actuelles. A ce titre, il a proposé l’aide de l’Église catholique pour chercher de nouveaux modèles, une nouvelle voie qui selon le souverain pontife ne peut être empruntée que si elle est parsemée « d’amour et de fraternité ».

À l’occasion de ses multiples discours quotidiens sur l’île des Caraïbes, le souverain pontife a insisté sur la notion de « changements nécessaires » tant à Cuba que dans le reste du monde, il a déclaré sur ce point « Cuba et le monde ont besoin de transformations, mais celles-ci pourront se réaliser uniquement si chacun s’interroge sur les notions de vérité et se décide à emprunter le chemin de l’amour en semant la réconciliation et la fraternité ».

Il a également insisté sur le fait qu’aucun individu ne devait être privé  « de ses libertés les plus fondamentales » et que Cuba devait être « le foyer de tous, pour tous les Cubains, un lieu où cohabiteraient la justice et la liberté, dans un climat de profonde fraternité » tout en insistant sur l’importance « d’une société où chacun puisse se sentir comme un moteur indispensable au futur de sa vie, de sa famille et de sa patrie ». Le pape n’a pas manqué de défendre la liberté religieuse pour pouvoir « proclamer et célébrer la foi publiquement » tout en insistant sur l’importance de la prédication et de l’enseignement du catéchisme en milieu scolaire et universitaire. Il a appelé les familles cubaines à devenir « les cellules fondamentales de la société » sans oublier de mobiliser les familles chrétiennes afin qu’elles prouvent leur capacité à accueillir la vie humaine, « tout spécialement la plus vulnérable et la plus nécessiteuse »Le souverain pontife a clairement fait mention de l’embargo économique imposé par les États-Unis depuis 1962 au régime castriste en indiquant que la situation « se dégrade lorsque des mesures économiques restrictives imposées depuis l’extérieur pèsent de façon négative sur la population », il a ainsi demandé « à ce que soient éradiquées des positions inamovibles et les points de vue unilatéraux qui tendent à rendre plus ardue l’entente , et inefficace l’effort de collaboration ».

Le Saint-Père a insisté une nouvelle fois sur l’importance d’« édifier une société renouvelée et réconciliée, aux amples horizons » affirmant même « que personne ne se voit empêché de participer à cette tâche passionnante par une limitation de ses libertés fondamentales ».

L’homélie, prononcée à La Havane devant près de 500 000 personnes, évoquait les notions de vérité et de liberté, ce fut d’ailleurs l’occasion pour le pape de demander aux instances gouvernementales cubaines de renforcer ce qui a déjà été obtenu « en matière de liberté religieuse ». Il a admis « avec joie » que « des pas sont actuellement en train d’être accomplis à Cuba » tout en insistant sur le fait qu’il est « nécessaire d’aller de l’avant ».

Pendant sa rencontre avec Raul Castro, le pape a demandé à ce que le Vendredi Saint soit dorénavant un jour férié sur l’île. Son prédécesseur, Jean Paul II, avait obtenu qu’il en soit ainsi du jour de Noël. Durant son passage sur l’île, Benoît XVI n’a toutefois pas rencontré de dissidents. Le président cubain Raul Castro, qui a accompagné Benoît XVI au pied de son avion de retour, s’est, pour sa part, réjoui de cette visite qui s’est tenue, selon lui, dans un contexte de compréhension mutuelle.

Durant son séjour sur l’île communiste, le souverain pontife a reçu mercredi, à sa demande, le père de la révolution cubaine « lider maximo », l’ancien président Fidel Castro, une information confirmée par le porte-parole du Vatican, Federico Lombardi.

Il s’agissait de la première entrevue entre Fidel Castro , âgé de 85 ans, et le pape d’origine allemande, âgé de 84 ans. Fidel Castro avait eu l’occasion, par deux fois, de rencontrer Jean Paul II, en 1996 au Vatican, puis lors d’une visite historique de celui-ci à Cuba, en 1998.

Avant son séjour à Cuba, le pape a fait sa première halte au Mexique (le premier pays hispanophone d’Amérique latine que le souverain pontife a visité) où il a eu l’occasion d’évoquer la guerre contre le trafic de drogue qui a fait plus de 50 000 victimes en cinq ans. Il a ainsi exhorté les catholiques « à faire tout ce qui était en leur pouvoir pour lutter contre ce mal destructeur de la jeunesse ».

« Le Mexique regorge de grandes beautés, mais est aussi confronté au grave problème du narcotrafic et de la violence », a-t-il déclaré. Il en a appelé à la Vierge de Guadalupe afin qu’elle apporte « force, consolation et espoir » aux familles qui se trouvent « divisées ou contraintes à la migration » ainsi que pour tous ceux qui souffrent « de la pauvreté, de la corruption, de violence domestique, du trafic de drogue, d’une crise des valeurs ou encore de la criminalité ». Le pape a profité de sa rencontre avec les évêques latino-américains pour les inciter à être du côté de ceux « qui sont marginalisés par la force, le pouvoir par une richesse qui les ignore ». Moment fort de son séjour, sa rencontre avec les enfants mexicains durant laquelle il leur a demandé « de ne jamais perdre le sourire afin qu’ils puissent vivre en paix et regarder le futur avec confiance ».

Beaucoup dans ce pays d’Amérique du Nord n’avait pas prévu l’accueil chaleureux qu’a reçu le Saint-Père, mais ce pays hispanophone, considéré comme le plus catholique par son nombre de croyants, a salué l’arrivée du pape avec une ferveur et un enthousiasme similaire à celui réservé à Jean-Paul II, ce sont des milliers de personnes qui ont jalonné le parcours entre l’aéroport et le Colegio Miraflores, sur plus de 32 km. Le pape a demandé aux fidèles qu’ils soient « le ferment de la société, contribuant à une cohabitation respectueuse pacifique basée sur l’inégalable dignité de toute personne humaine, créée par Dieu, et que personne n’est autorisé à oublier ou encore un déprécier ». Il a réaffirmé qu’il prierait « en particulier pour ceux qui souffrent en raison d’anciennes et de nouvelles rivalités, ressentiments et formes de violence ». Il a ainsi clairement fait allusion aux cartels de drogue qui versent le sang sur le territoire mexicain et qui ont fait des milliers de morts depuis décembre 2006 malgré la répression des forces de l’ordre. Le chef de l’État mexicain, Felipe Calderón, qui a reçu le pape à l’aéroport de Silao a déclaré que sa visite « encouragerait l’effort des Mexicains et réconforterait leur âme » tout en indiquant que son peuple « souffrait de la violence désincarnée et impitoyable des délinquants ».

« Le crime organisé dévoile un sinistre visage de cruauté comme jamais auparavant », a affirmé le chef de l’État faisant allusion aux exécutions macabres, aux décapitations, et autres actes de barbarie auxquels se livre le crime organisé. Malgré cela, « le Mexique est debout », a-t-il souligné, applaudi par les quelque 3500 invités qui ont assisté à la cérémonie organisée à l’aéroport. Joseph Ratzinger s’est dit heureux de se trouver au Mexique et en Amérique latine « je souhaite serrer les mains de tous les Mexicains et étreindre les nations et peuples latino-américains », avait-il déclaré lors de cette première visite sur le sol latino-américain en sept ans de pontificat. Durant son vol en avion, le pape n’a pas hésité à dénoncer devant la presse « les fausses promesses et mensonges des narcotrafiquants au Mexique ». Le séjour du souverain pontife a été émaillé de quelques protestations isolées menées par des petits groupes accusant le pape « d’être le complice de prêtes pédophiles » et incitant l’État mexicain à respecter « la laïcité ». Des faits isolés qui n’ont pas remis en question la popularité du Saint-Père sur le sol mexicain.

Le point culminant de cette communion entre le pape et les fidèles a été la messe prononcée devant près de 600 000 personnes dans le « parc du Bicentenaire » de Silao près de León. Emu par autant de ferveur, le pape a déclaré durant son séjour au Mexique « Maintenant je comprends pourquoi Jean Paul II disait : Je me sens Mexicain ». Détendu et empli de joie, le souverain pontife s’est même laissé aller à porter pendant quelques instants un sombrero offert par un jeune homme alors que retentissait le chant d’un groupe de mariachis.

(Aline Timbert)