Le premier ministre du Pérou, Óscar Valdés, a déclaré hier, 9 avril, lors d’une allocution que l’opération de sauvetage des neuf mineurs, bloqués dans la mine artisanale Cabeza de Negro depuis jeudi dernier, dans la région d’Ica (au sud-ouest du pays) pourrait se prolonger encore deux jours après qu’un nouvel éboulement ait compliqué le travail des sauveteurs dépêchés sur place.

Les hommes auraient été bloqués après qu’un éboulement a totalement bloqué la galerie où ils évoluaient, cet incident serait survenu après un mauvais usage d’explosifs ou encore par un manque pur et simple de mesures élémentaires de sécurité, la mine avait cessé de fonctionner en 1980 en raison de la présence du groupe terroriste, Le Sentier Lumineux. Les mineurs essayaient d’extraire du cuivre et de l’or dans des conditions extrêmes, à ce titre la galerie où ils travaillaient n’excédait pas 1,7 mètre de hauteur.

Durant sa visite à Cabeza de Negro, Valdés a expliqué que la mission de sauvetage pourrait être retardée suite à un éboulement rocheux qui a rendu « totalement inaccessible » l’accès jusqu’aux mineurs retenus à 250 m sous terre. Le ministre en avait appelé aux entreprises minières afin qu’elles contribuent à l’opération de secours des mineurs pris au piège depuis cinq jours « nous allons entreprendre toutes les coordinations possibles avec les entreprises minières dans le but qu’elles viennent prêter main-forte », a-t-il souligné.
Dans le même état d’esprit, le secrétaire technique à la Défense civile de la région d’Ica, Erin Gómez, a annoncé que 15 experts en exploitation minière souterraine de l’entreprise Antapite avaient fait le déplacement jusqu’à la mine Cabeza de Negro afin de participer au sauvetage des neuf hommes. « À peine sont-ils arrivés, qu’ils se sont mis en relation avec les sauveteurs pour commencer à travailler », a déclaré Gómez. Les experts mettent actuellement en place des structures en bois afin d’éviter tout nouveau risque d’éboulement. Les familles des neuf hommes prisonniers des entrailles de la Terre attendent avec impatience la remontée de leurs proches dans un campement improvisé qui a été dressé rapidement à l’entrée du gisement. Les mineurs attendent calmement l’arrivée des secours, ils bénéficient d’une surveillance médicale à distance, et sont approvisionnés en eau, en nourriture et en médicaments aux moyens d’une sonde métallique.

Aujourd’hui, le ministre de l’Énergie et des Mines péruvien, Jorge Merino, a informé que les experts avaient construit un tunnel dans le but de secourir les mineurs.

« Nous sommes en train d’élaborer un coffrage en bois pour évacuer les mineurs en toute sécurité, mais cela prend du temps, un chemin menant vers les mineurs a été trouvé », a déclaré Merino à Radio Programas de Perú (RPP).

Le ministre a expliqué qu’il s’agissait d’un travail minutieux qui exigeait de l’expérience, c’est pourquoi la mission a été confiée à des spécialistes (une équipe de 30) qui se relaient toutes les 4 heures, des experts qui avaient participé au sauvetage très médiatisé des 33 mineurs chiliens de la mine de San José en août 2010 ont également fait le déplacement.

Comme l’a confirmé le ministre Merino, les neuf mineurs sont actuellement en bonne santé et ont un bon moral « Nous sommes calmes, un peu inquiets, mais nous prions pour qu’on nous sorte de là », a déclaré l’un des hommes, Jesús Capatinta. Sous terre Jacinto Pariona est celui qui a endossé le rôle de leader et de porte-parole, il a révélé que les hommes avaient un espace suffisant pour bouger un peu et pour assurer leurs besoins physiologiques.

Les neuf mineurs en attente d’être secourus ont été clairement identifiés, il s’agit de Edwin Bellido, Carlos Huamaní, Jesús Capatinta Raymi, Julio César Huayta, Jacinto Pariona et son fils Roger Pariona; Félix Cucho Aguilar; et les frères Santiago et Juan Tapia; tous sont âgés de 22 à 59 ans.

Campement de fortune

Avec ce nouvel accident d’exploitation, l’ancien ministre de gestion environnementale José de Echave, a clairement dénoncé le Pérou pour son manque d’équipes de secouristes spécialisées dans le sauvetage minier. Bien que l’activité minière soit l’un des principaux moteurs de l’économie péruvienne (le Pérou est le second exportateur mondial de cuivre et le septième d’or) quelque 450 000 mineurs travaillent de façon illégale, seulement 195 000 d’entre eux travaillent dans des mines formelles, précise même la Fédération nationale des travailleurs miniers, métallurgiques et sidérurgiques du Pérou. En 2011, 50 personnes sont décédées suite à des accidents miniers liés principalement à des éboulements. L’on estime que 16 mineurs ont perdu la vie depuis janvier lors d’accidents du travail.

Selon les dernières nouvelles, les neuf mineurs pourraient retrouver l’air libre durant la nuit au vu de l’énergie déployée par les sauveteurs et du bon déroulement des opérations,  ces derniers ne seraient plus qu’à trois mètres des malheureux travailleurs de l’ombre…

(Aline Timbert)