Le complexe archéologique de Huarautambo (province Daniel Alcides Carrion, district Yanahuanca), situé dans la région de Pasco (sa capitale, Cerro de Pasco, est la plus haute ville du pays, perchée à 4333 m d’altitude) accueillera cette année la célèbre fête du soleil appelée « Inti Raymi » en langue quechua, une mise en scène évoquant la grande cérémonie inca donnée en l’honneur de l’astre solaire qui attire chaque année des milliers de touristes à Cusco et à Huánuco.

Huarautambo

C’est une façon pour le nouveau Directeur régional du commerce extérieur et du tourisme de la région, Rodolfo Rojas Villanueva, d’attirer les visiteurs dans cette zone minière et agricole de la sierra central. Cette reconstitution historique aura lieu durant la première semaine du mois d’août grâce à l’énergie de la population locale qui recréera pour l’occasion cette cérémonie spirituelle dédiée au Dieu Soleil, Inti. Le gouvernement régional de Pasco dirigé par Klever Meléndez a, en effet, pris la décision de nommer directeur du commerce extérieur et du tourisme, Rodolfo Rojas Villanueva, natif de ladite région, qui aura la lourde charge de développer cette région essentiellement rurale où règne une très grande pauvreté (un indice de pauvreté estimée à 55,4 %) bien que bénéficiant de nombreux atouts.

La fête de l’Inti Raymi, est sans doute l’évènement culturel péruvien le plus important de l’année tant au niveau national qu’au niveau international, cette célébration qui rend hommage à l’astre solaire était la plus importante du calendrier inca, elle se tient à l’occasion du solstice d’hiver dans les Andes lorsque le soleil (le dieu Inti selon les croyances précolombiennes) se tient le plus éloigné de la terre. Les Incas organisaient cette fête l’un des jours les plus courts de l’année dans l’hémisphère Sud (certainement le 21 juin, à l’origine), par crainte que le soleil (leur père), source de vie et d’énergie, n’abandonne ses fils, « les créatures du soleil », aujourd’hui cette célébration témoigne d’une volonté de valoriser l’identité culturelle péruvienne à travers les croyances ancestrales.

À ce titre, de nombreux touristes nationaux et internationaux se rendent au mois de juin à Cusco (24 juin) et fin juillet (27 juillet) à Huánuco pour prendre part aux fastueuses festivités qui désormais se tiendront également à Pasco. En 2001 cette célébration a même été inscrite par le Congrès péruvien au Patrimoine culturel de la Nation (Loi 27431).

Rodolfo Rojas Villanueva

« Avec une bonne organisation [faisant essentiellement référence à l’hébergement], la fête peut devenir l’une des plus attrayantes de Pasco mais aussi du Pérou », a déclaré le fonctionnaire, Rodolfo Rojas Villanueva également activiste écologique et culturel pour le mouvement Patria Verde. La région de Pasco avait manifesté sa volonté d’organiser cet évènement au large rayonnement culturel et économique en adressant cette proposition au Gouvernement péruvien l’année dernière, un souhait qui va devenir réalité.

La mise en place de l’Inti Raymi à Pasco devrait de plus aiguiller les touristes vers une région méconnue des Andes qui bénéficient d’un patrimoine culturel certain avec la présence de nombreux vestiges incas parmi lesquels le complexe archéologique d’Huarautambo situé à quelque 7 km de Yanahuanca, capitale de la province Daniel Alcides Carrión.

Ce complexe archéologique déclaré patrimoine culturel du Pérou par l’INC ou Instituto Nacional de Cultura del Perú se trouve à environ 500 m d’un autre complexe archéologique, celui d’Astobamba, dont il est séparé par un fleuve qui porte le même nom, il s’agit d’un monument historique témoignant de l’époque inca. Les murs en bon état ont été construits en pierre polie certains atteignant une hauteur de 2 m et une épaisseur de 50 cm. Le complexe s’apparente à un palais d’environ 8 m de long pour 5 m de large dont l’entrée principale se situe en direction de l’Est, dans son enceinte on peut découvrir des niches de forme trapézoïdale d’environ 30 cm de hauteur. Sur le côté gauche se trouve un bassin entièrement poli. Cette source d’eau douce provient du sous-sol et est transportée via un aqueduc en pierre. Un chemin inca relie ce site à d’autres complexes archéologiques proche.

Seuls 30 % de ce site précolombien a été restauré, tandis que le reste du complexe archéologique se trouve sous des maisons de la population locale. Ce lieu a été déclaré patrimoine culturel de la nation par l’INC (R.D.N.872) le 25/03/2003.
Rodolfo Rojas compte bien développer le secteur touristique de cette région, dans cette optique il compte sur le soutien des autorités du district de Chacayán, Paucartambo et Villa Rica « seule une action conjointe avec les gouvernements locaux nous permettra de favoriser le secteur touristique à Pasco ». Le plan de réactivation du tourisme dans la région s’appuie également sur la mise en place d’un marché régional d’artisanats et d’un musée des minerais. L’instauration de couloirs touristiques unissant les trois provinces de la région est aussi envisagée entre Daniel Alcides Carrión, Oxapampa et Pasco. La région possède de grandes richesses culturelles comme le sanctuaire national de Huayllay, les eaux thermales de Calera, le parc national Yanachaga-Chemillén ou encore le village de Pozuzo, où des colons allemands et autrichiens se sont consacrés dès le XIXe siècle à la culture de fruits, de café, de riz et de tabac. La capitale de la région est Cerro de Pasco, située à 295 km à l’est de la capitale péruvienne Lima, la ville s’élève à plus de 4300 m au-dessus du niveau de la mer.

Palais de Cusicancha

Très impliqué dans la préservation du patrimoine culturel péruvien, Rodolfo Rojas avait dénoncé au mois d’avril la détérioration d’un mur inca du Palais de Cusicancha, à Cusco, classé au patrimoine archéologique péruvien, par un tag de couleur orange tracé sur plus de 50 m.

« L’héritage inca nous unit (Pasco) avec Cusco. Notre région compte sur des vestiges monumentaux construits sous le règne de Pachacutec (règne 1438-1471); le complexe archéologique inca de Huarautambo et le pont inca de Cuchischaca”, avait-il déclaré. Le Palais de Cusicancha est l’un des monuments les plus importants, il a vu la naissance de l’un des principaux dirigeants de la lignée inca, le souverain Pachacutec. Il s’agissait d’un nouvel acte de vandalisme, le troisième de ce genre depuis le début d’année. Des spécialistes de la Dirección Regional de Cultura ont nettoyé depuis le mur souillé. Selon le Code pénal péruvien, un délit contre le patrimoine culturel peut être puni d’une peine de prison comprise entre trois et six ans, les vandales sont toutefois rarement appréhendés.

Alfredo Mormontoy, rattaché à la Dirección Regional de Cultura (DRC) Cusco, avait clairement dénoncé cet acte en affirmant « Ce qui s’est passé est lamentable, cela fait trois fois que de telles dégradations ont lieu. Nous invitons la population à veiller sur notre patrimoine et à dénoncer les vandales ».

(Aline Timbert)