Equateur : L’Allemagne apportera 34,5 millions d’euros pour la préservation du parc national Yasuni

Equateur, Sciences — Par le 28 mai 2012 à 16 h 32 min

L’Allemagne remettra à l’Équateur 34,5 millions d’euros (soit 44,8 millions de dollars) pour contribuer financièrement à la conservation du parc naturel amazonien Yasuni, alors que les autorités équatoriennes continuent de solliciter une aide économique internationale pour ne pas exploiter 20 % des réserves pétrolières situées au coeur de la forêt tropicale.

Le projet « ITT », qui reprend les initiales des gisements pétrolifères d’Ishpingo, de Tiputini et de Tambococha, dans la forêt amazonienne, sites qui présentent près de 20 % des réserves du pays en or noir, a pour objectif de persuader la communauté internationale de financer à hauteur de 3,5 milliards de dollars sur 12 ans l’abandon de leur exploitation, soit un manque à gagner que les Équatoriens évaluent à 850 millions de barils de pétrole. La responsable de ce projet, Ivonne Baki, a déclaré au sujet du financement allemand « c’est un apport du gouvernement allemand qui contribue ainsi directement au parc Yasuni, il ne s’agit pas du fidéicommis administré par les Nations Unies au moyen duquel les contributions internationales sont destinées à ne pas extraire de cru, mais d’un fonds qui sera utilisé dans les trois prochaines années et qui sera investi dans des programmes de « conservation et de soutien aux peuples évoluant dans la forêt amazonienne ».

Pour rappel, l’Équateur propose de laisser sous terre moyennant un financement international de 3 600 millions de dollars c’est-à-dire l’équivalent de la moitié des bénéfices auxquels pourrait prétendre l’État s’il finissait par opter pour l’exploitation des ressources pétrolières regorgeant dans son sous-sol. Une délégation du gouvernement allemand se rendra en Équateur d’ici quelques semaines pour coordonner avec les autorités équatoriennes « les projets à mettre en place et le temps que cela va nécessiter pour leur exécution », a déclaré Baki. La fonctionnaire a indiqué que cette contribution pourrait être renouvelée dans le futur précisant que les négociations avec l’Allemagne concernant son apport au fidéicommis se poursuivaient. Depuis l’année dernière, 120 millions de dollars ont été réunis, l’objectif à atteindre est d’environ 291 millions de dollars annuels sur une période de 12 ans, a déclaré la responsable. Ces fonds sont administrés par le programme des Nations unies pour le développement et investis par l’État équatorien qui a signé un accord de fidéicommis international avec le PNUD pour mener à bien l’initiative. Le Gouvernement de l’Équateur et le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) avaient souscrit en août 2010 un accord historique portant sur la création d’un fonds d’affectation spéciale destiné à renforcer la protection d’un site écologique dans une région de l’Amazonie équatorienne riche en pétrole.

Ivonne Baki

Baki a exprimé son optimisme concernant le projet malgré la crise économique qui frappe bon nombre de pays développés et a affirmé « que la crise climatique serait bien plus importante que la crise économique si rien n’était fait rapidement ». Ivonne Baki a prévu de voyager aux États-Unis et en Europe pour obtenir de nouveaux engagements et versements. Le projet sera également évoqué lors de la conférence sur le développement soutenable Río+20, qui aura lieu au Brésil entre le 20 et 22 juin prochains, la fonctionnaire cherche également à obtenir le soutien des pays arabes et asiatiques pour concrétiser cette initiative écologique sans précédent. Ivonne Baki a insisté à différentes reprises sur le fait que la non d’exploitation de cette réserve de pétrole permettrait d’éviter l’émission dans l’atmosphère d’environ 407 millions de tonnes de dioxyde de carbone.

Le Parc National Yasuni abrite des populations indigènes isolées, et il est considéré comme l’un des lieux les plus riches de la planète d’un point de vue de sa biodiversité. Il a été créé en 1979 et déclaré par l’UNESCO comme Réserve Mondiale de la biosphère en 1989. Il s’étend sur 982 000 hectares dans le bassin de l’alto Napo en Amazonie. il offre une variété de 2 274 espèces d’arbres et d’arbustes, sur un seul hectare on peut répertorié jusqu’à 655 espèces différentes. Pour de nombreux scientifiques, il s’agirait même de la région de plus grande diversité biologique du monde.

Si les fonds ne parvenaient pas à être réunis, l’Équateur menace de procéder à l’exploitation de ses réserves pétrolifères, dans ce cas toutes les donations supérieures à 50 000 $ devraient être reversées, une garantie stipulée par le PNUD. Le président de la république équatorien, Rafael Correa avait annoncé fin 2011 qu’il étendait le délai jusqu’en 2024 afin de réunir la somme. La zone du gisement ITT présente une biodiversité extraordinaire au sein de laquelle évoluent des communautés autochtones isolées comme les Taromenane, ou encore les Tagaeri.

Au sein du parc national Yasuni vivent différents groupes indigènes : Kichwa o Naporuna, Waorani, Tagaeri et Taromenane. Les natifs de nationalité Waorani occupent l’Amazonie équatorienne et péruvienne depuis des temps reculés, et la majorité d’entre eux vivent au sein du parc national Yasuni. Les Waorani se caractérisent par leur isolement et par un contact forcé, et vivent de la chasse, de la cueillette et de l’agriculture itinérante, ils ont survécu aux attaques d’autres communautés et à la pression occidentale en s’installant dans des zones interfluviales comprises entre les fleuves Napo et Curaray. Le contact a été établi en 1956 avec l’Instituto Lingüístico de Verano qui met en place le « Protectorado Waorani » sur environ 16 000 ha, de nombreux natifs évoluent dans ce protectorat où ils se sont frappés par la pauvreté et la marginalisation.

Les impacts de l’activité pétrolière et forestière sur cette culture ont été profonds. Certains peuples ont opté pour un isolement volontaire comme les Tagaeri et Taromenane, qui survivent dans la zone moyenne et basse de la réserve de biosphère du Yasuni ainsi que dans la zone intangible, au sud de du territoire Waorani et du parc. Les Tagaeri et les Taromenane vivent en accord avec leur culture sur leurs territoires traditionnels, mais il se trouve dans une situation d’extrême précarité en raison de leur vulnérabilité liée à l’avancée de la culture occidentale qui s’est traduite par la colonisation de leurs territoires, par une politique d’évangélisation, par du trafic illégal de bois, ou encore par l’exploitation des ressources naturelles non renouvelables, mais aussi des activités locales comme le tourisme ou la recherche scientifique.

L’État équatorien a garanti le droit des peuples indigènes à évoluer sur leurs territoires ancestraux, à se développer et à renforcer leur identité et leurs traditions sans être menacés d’expulsion. La Constitution dans son article 57 mentionne pour la première fois les peuples indigènes qui ont fait le choix de rester isolés au sein du parc national « les territoires des peuples en situation d’isolement volontaire sont ancestraux, irréductibles et intangibles, à ce titre toute forme de prospection y est interdite. L’État adoptera des mesures pour garantir leur vie, pour faire respecter leur auto détermination et leur volonté de rester isolés tout en veillant à la stricte observation de leurs droits. La violation de ses droits constituerait un délit ethnocide qui sera puni par la loi ». La Constitution de 2008 établit le concept de « bon vivre « ou sumak kawsay (Constitución de la República del Ecuador, Art. 275).comme objectif du développement participatif, interculturel, équitable et soutenable et reconnaît pour la première fois au monde les droits de la nature en garantissant que les écosystèmes existent et prospèrent. Les plans de développement définissent une stratégie à moyen et à long terme pour permettre un développement humain en harmonie avec l’environnement.

Article 275 de la constitution de 2008 en vigueur en Équateur :

« Le régime de développement est l’ensemble organisé, soutenable et dynamique des systèmes économiques, politiques, socioculturels et environnementaux, qui garantissent l’accomplissement du bon vivre, du sumak kawsay. L’État planifiera le développement du pays pour garantir l’exercice des droits, la réalisation des objectifs du régime de développement et les principes consacrés dans la constitution. Cette planification favorisera l’équité sociale et territoriale, favorisera la concertation et sera participative, décentralisée, et transparente, le bon vivre nécessitera que les individus, les communautés, peuples et nationalités jouissent de façon effective de leurs droits et exercent leurs responsabilités dans le cadre de l’interculturalité, du respect des diversités et de la cohabitation harmonieuse avec la nature ».

Le projet Yasuni ITT permettra-t-il de préserver cet écosystème riche et fragile à la fois, mais aussi l’habitat de ces populations vulnérables en accord avec les préceptes constitutionnels ? C’est en tout cas l’espoir que nourrissent les défenseurs du projet devant des enjeux économiques qui ne cessent de menacer l’intégrité des communautés isolées et une Nature toujours source de convoitise.

(Aline Timbert)


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