Les volcans d’Amérique latine font actuellement grand bruit !

Colombie, Guatemala, Mexique, Sciences — Par le 1 juin 2012 à 14 h 22 min

Les volcans d’Amérique latine semblent vouloir se réveiller en même temps, que ce soit le volcan Popocatépetl au Mexique, le Nevado del Ruiz en Colombie ou encore le volcan de Fuego au Guatemala, tous ont présenté ces dernières semaines ou ces derniers jours, un regain d’activité préoccupant. Non seulement ces colosses inquiètent les populations vivant aux alentours pour leurs effets dévastateurs, mais aussi la communauté scientifique qui recense déjà une augmentation des catastrophes naturelles dans ces régions du monde (inondations, sécheresse…).

Volcan de Fuego

Il y a cinq jours, le volcan de Fuego situé à 60 km au sud de la ville de Guatemala, entre les départements de Sacatepéquez, Escuintla et Chimaltenango, dans le centre-sud du Guatemala a augmenté en activité, on a pu observer la formation d’une colonne de cendres s’élevant à 1500 m, des informations données par la Protection civile. Selon l’Institut national de vulcanologie (Insivumeh), le colosse, de 3763 m d’altitude au-dessus du niveau de la mer, a sérieusement augmenté son activité depuis le 25 mai. Des flux de lave se sont étendus sur près de 500 m en direction des précipices de Las Lajas, El Jute, Taniluya, des projections de cendres ont également été émises. Le week-end dernier, le volcan était entré en éruption, mais son activité avait finalement diminué. Le volcan de Feu est considéré comme l’un des plus impressionnants d’Amérique centrale en raison de son activité constante et de la violence de cette dernière qui génère de grandes émissions de vapeur et de gaz à haute température. Les cendres se sont élevées à 1500 mètres d’altitude au-dessus du cratère en direction de l’ouest et du sud-ouest avec des retombées signalées dans les communautés de Sangre de Cristo, Morelia, Santa Sofía et Panimaché I et II. Certaines explosions ont été ressenties jusqu’à 10 km autour du volcan.

La Coordinadora Nacional para la Reducción de Desastres (Conred), a émis un état d’alerte orange (en guise de prévention) fasse à la nouvelle agitation du volcan, les autorités de la protection civile sont disposées à augmenter le niveau d’alerte si l’activité venait à se faire plus intense. L’institut recommande aux aéronefs de prendre leurs précautions en raison des cendres qui se dispersent sur un périmètre de 20 km autour du volcan. Pour le moment aucune victime n’est été reportée ni aucun dommage matériel causé par son regain d’activité, une évacuation des populations concernées n’a pas été envisagée jusqu’à présent. Il s’agit de l’un des volcans (de la catégorie des stratovolcans) les plus actifs d’Amérique centrale. Il entre irrégulièrement en éruption depuis 1524 et connaît une phase éruptive depuis 2002. Pour information, le stratovolcan est un édifice volcanique important qui s’est constitué par l’accumulation, au fil des éruptions (en plusieurs centaines de milliers d’années au moins), de coulées de lave et de niveaux de cendres. Le stratovolcan est un volcan aux manifestations explosives, qui se caractérise par des versants très pentus, et la présence d’un dôme à son sommet, composé de lave très visqueuse et empli de gaz.

Volcan Nevado del Ruiz

Hier, 31 mai, le volcan Nevado del Ruiz situé au centre ouest de la Colombie, en Amérique du Sud, a émis de fortes odeurs de soufre qui ont été perçues dans les centres urbains situés à proximité de la zone d’influence du géant. Le niveau d’alerte orange est maintenu, comme l’a souligné le Service géologique colombien, alors que d’importantes chutes de cendres et de fortes odeurs de soufre ont été enregistrées dans divers secteurs de Manizales, capitale du département de Caldas au centre du pays, et surtout à Eje Cafetero, l’une des trois villes les plus proches du sommet volcanique. La plus grosse émission de cendres avait eu lieu le 29 mai, les autorités décidant ainsi de déclarer l’alerte orange au lieu de l’alerte jaune, une nouvelle phase qui signifie « une possible éruption à court et moyen terme » (d’ici quelques jours à quelques semaines). Le volcan qui fait partie du parc national naturel de los Nevados est perché à 5364 m au-dessus de niveau de la mer, il a causé en novembre 1985 la pire tragédie de l’histoire de la Colombie.

Une éruption accompagnée d’un dégel avait engendré une avalanche mortelle qui s’était abattue sur la population de Armero, dans le département de Tolima faisant entre 23 000 et 25 000 victimes. Cette catastrophe est la quatrième éruption la plus meurtrière de l’histoire avec son triste bilan humain, mais aussi ses quelque 10 000 personnes qui se sont retrouvées sans-abri. Les autorités surveillent également les fleuves Lagunilla, Gualí, Recio, Azufrado et Chinchiná qui se dégagent du sommet volcanique. Le 29 mai, les chutes de cendres avaient nécessité la fermeture temporaire de plusieurs pistes d’atterrissage situées à Manizales, Pereira, Armenia et Cartago comme l’avait souligné le colonel Carlos Silva, de la Aeronáutica Civil. Des milliers de personnes vivant à proximité du volcan ont reçu des masques pour se prémunir des émanations de dioxyde de soufre et des projections de cendres incommodantes engendrées par le volcan. Le déclenchement de l’alerte rouge serait le signe d’une éruption imminente du volcan et impliquerait l’évacuation des populations résidant dans sa zone d’influence soit environ 21 municipalités parmi lesquelles Villamaría, Chinchina et Palestina, à Caldas, ainsi que sa capitale, Manizalez; à Tolima l’activité concerne essentiellement Villahermosa, Casabianca, Murillo, Berbero, Fresno, Palo Cabildo, Mariquita, Honda, Armero, Líbano, Lérida, El Palán, Venadillo, Tambalema et Santa Isabel.

Pour rappel, le Nevado del Ruiz est un volcan situé dans la cordillère des Andes, il est l’un un des plus élevés de Colombie et culmine à 5321 mètres d’altitude. Comme son nom l’indique, il est recouvert de glaciers, lesquels entourent le cratère Arenas et sont en phase de régression rapide. Issu d’un volcanisme de subduction, le Nevado del Ruiz a connu de fréquentes éruptions pliniennes au cours de l’Holocène (époque géologique s’étendant sur les 10 000 dernières années).

Volcan Popocatépetl

Au Mexique, l’activité du volcan Popocatépetl reste élevée, pas moins de 13 exhalations d’intensité moyenne ont été enregistrées ces dernières 24 heures, et le niveau d’alerte est toujours maintenu en jaune phase trois. Cette alerte jaune niveau 3 implique que le Système National tient à disposition des équipes d’évacuation et des hébergements provisoires pour les populations vivant à proximité du volcan. Depuis plus d’un mois, le volcan Popocatépetl connaît un regain d’activité, ce qui a conduit les autorités à déclarer l’alerte jaune en phase trois, dernier niveau avant l’alerte rouge qui inclut l’évacuation des habitants. Le cratère est l’un des plus actifs du Mexique et se situe à la frontière entre les états du Morelos, Puebla et l’État de México. Baptisé sous le nom de « Popo » le volcan Popocatépetl a connu son éruption la plus violente de ces 1200 dernières années, le 18 décembre 2000, lorsqu’une colonne de fumée et de roches ardentes ont obligé les autorités à évacuer près de 40 000 personnes menacées. Depuis 1994, le volcan a connu plusieurs épisodes éruptifs.

Le Centre national de prévention des risques du Mexique (Cenapred) a signalé que le 31 mai entre 2:37 et 8:28 (heure locale) le volcan a manifesté plusieurs secousses de haute fréquence sur une période de 8 heures (un trémor ou séisme volcanique engendré par la remontée du magma lors d’une éruption volcanique). Les vibrations sont provoquées par les chocs du magma, des bulles de gaz volcaniques et des blocs solides contre les parois de la cheminée volcanique, une alternance de trémor spasmodique (de haute fréquence) et harmonique (de basse fréquence) qui s’est manifesté à un rythme régulier. Le cordon de sécurité autour du géant est toujours maintenu sur un périmètre de 12 km autour du cratère, le trafic est contrôlé entre Santiago Xalitzintla, Puebla, et San Pedro Nexapa, Estado de Mexico, via Paso de Cortés. Des émissions de gaz ont été enregistrées à une altitude de 100 à 300 mètres ainsi que des projections de cendres considérées par les spécialistes comme modérées. Le Cenapred invite les populations concernées à se maintenir constamment au courant de l’évolution de la situation grâce aux informations officielles.

Les cendres crachées régulièrement par le volcan depuis maintenant plusieurs semaines affectent particulièrement les états du Puebla, Tlaxcala, Morelos, Mexico et el Distrito Federal. Face à cela, les experts recommandent de renforcer les mesures de protection afin que les populations touchées par le phénomène ne mettent pas en danger leur santé. Le docteur Juan Carlos Mora Chaparro, chercheur à l’Institut de géophysique de l’ UNAM (Université nationale autonome du Mexique), a expliqué que les cendres volcaniques étaient source de danger pour la santé « les cendres volcaniques peuvent causer de sérieux dommages sur la peau, mais aussi sur les yeux en provoquant des irritations et des lésions ». Il précise que les gaz et les cendres exhalées par le volcan peuvent provoquer des symptômes similaires à des allergies avec des conjonctivites, des éternuements, et même des manifestations nauséeuses.

Les trois volcans sont surveillés de près par les autorités de leur pays qui observent le moindre changement dans leur comportement susceptible d’indiquer l’imminence d’une éruption majeure.

(Aline Timbert)


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