Des archéologues mexicains de l’INAH (Instituto Nacional de Antropología e Historia) ont récemment mis à jour une offrande préhispanique datant de plus de 500 ans (un vestige que les scientifiques datent entre 1350 et 1521 après Jésus Christ), parmi cette découverte un pot en céramique au sein duquel se trouvait du charbon et des restes d’ossements humains incinérés, ainsi que 200 fragments d’obsidienne disposés autour du récipient.

Pour rappel, l’obsidienne est une roche volcanique vitreuse et riche en silice, elle peut être de couleur grise, vert foncé, rouge ou noire, elle est issue d’une lave acide. Pour les civilisations précolombiennes d’Amérique centrale et du nord, ce matériau renvoyait au domaine du spirituel et représentait le divin, cette pierre accompagnait donc les rites funéraires en permettant au défunt d’accéder au statut de divinité après sa mort. La présence d’obsidienne témoigne que le personnage incinéré puis enterré n’était pas, si l’on ose dire, un simple commun des mortels.
Dans un bref communiqué du 23 mai 2012, l’institution a signalé que les découvertes avaient eu lieu dans la rue Regina, non loin de Correo Mayor, dans le centre historique de la ville de Mexico, un espace qui constituait, dans le passé, un quartier de l’ancienne Tenochtitlan (l’ancienne capitale aztèque qui tomba aux mains des conquistadors espagnols, menés par Hernán Cortés, en 1521).

Reconstruction de Tenochtitlan

La ville de Tenochtitlan s’étendait sur un carré d’environ 3 km de côté, pour une superficie approximative de 1 000 ha, depuis le nord de Tlatelolco annexé en 1476 jusqu’à une série de hameaux au sud, et d‘Atlixco à l’est jusqu’à la rivière Chichimecapan et l’actuelle rue de Bucareli (à Atlampa) à l’ouest.
Elle était divisée en quatre grandes sections (campan) dont le centre était le Templo Mayor : Cuepopan au nord, Teopan à l’est, Moyotlan au sud et Atzacalco à l’ouest. Ce découpage gouvernemental (le chef militaire de chaque campan était nommé par le pouvoir central) et religieux (chaque campan avait son propre temple) se superposait à celui, à la base de la société aztèque, de multiples calpullis ou quartiers résidentiels.

Les spécialistes précisent qu’en plus de cette offrande, trois petites plates-formes rectangulaires en argile, mesurant entre 2 m de long et 1 m de largeur, enfouies à environ 2,5 m au-dessous du niveau actuel du sol ont été découvertes. Ces fouilles ont été menées dans le cadre de travaux dirigés par l’Institut national d’anthropologie et d’histoire (Instituto Nacional de Antropología e Historia), qui oeuvre actuellement dans une propriété privée, et l’archéologue Maribel Cruz García, chargée des recherches sur le site. Les scientifiques ont insisté sur la valeur de cette découverte qui comprend également un puits d’un diamètre de 85 cm et un mur de 2 m de longueur environ, des vestiges de l’époque coloniale, ainsi que des fragments de céramique remontant à cette même période tels que des tasses, des assiettes, des bols et des figurines anthropomorphes du XVIe et du XVIIe siècle.

Manuel Eduardo Pérez Riva

De son côté, l’archéologue Manuel Eduardo Pérez Rivas, directeur du département de restauration de l’INAH, a précisé que ces découvertes permettaient de préciser les caractéristiques de construction des habitations dressées dans le secteur sud de l’ancienne ville de Tenochtitlan, car selon le plan de reconstruction d’Alfonso Caso, l’offrande se trouvait au sein de l’ancien quartier de Teopan ou de Zoquiapan, la même (un centre urbain ou calpulli ) où la population espagnole s’était établie durant la colonisation. Le spécialiste Cruz García a précisé, au milieu du mois de mars, qu’une grande quantité de concentrations lytiques composées d’éclats de pierre, de petites lames prismatiques et de quelques objets en obsidienne verte et dorée avaient été trouvés.

En poursuivant les fouilles et leur remontée dans le temps, les scientifiques ont découvert un récipient en céramique orange couverte d’une sorte de soucoupe, tous deux fragmentés, à l’intérieur étaient conservés des restes d’ossements humains incinérés et des traces de charbon. Selon les premières estimations des spécialistes, l’élaboration d’artefacts en pierre lytique était associée aussi bien à des processus économiques de production qu’à des activités rituelles menées dans un contexte résidentiel. Dans cette optique, l’archéologue Maribel Cruz a précisé qu’autour du récipient se trouvaient également un « malacate » (cabestan), un « tejolote » (pilon de mortier), un polisseur et un sceau à l’effigie d’un reptile, ainsi qu’une marmite en céramique.

Offrande Tenochtitlan

En poursuivant leurs recherches, les archéologues ont mis à jour un mur colonial de 2 m de long qui lors de sa construction a abîmé le lieu où était déposée l’offrande. Non loin du mur, un puits a été révélé, datant probablement du XVIIIe siècle. Parmi les objets précolombiens en céramique, ils ont découvert des assiettes, des « comales » (plaque en argile et aujourd’hui le plus souvent en métal servant traditionnellement à faire cuire les tortillas), et des figurines zoomorphes et anthropomorphes, tandis que les vestiges coloniaux correspondent à des fragments de tasses, de pichets, d’assiettes ou encore de figurines humaines. Une petite plate-forme hispanique en argile sur laquelle a été construit le mur pourrait dater du XVIe siècle.Pérez Rivas a souligné que deux autres plates-formes en argile remontaient à l’époque préhispanique, la première mesurant de 2,6 m de long pour 1,5 m de large, la seconde de 2 m de long est 1,5 m de large.