Il y a une dizaine de jours, la municipalité métropolitaine de Lima honorait avec la médaille de Lima la représentation sacrée du seigneur de Qoyllur Ritti, à l’occasion de la célébration du 332e anniversaire de sa vénération. Une cérémonie qui a eu lieu dans le cadre des festivités « Lima Millénaire, Ville des Cultures », une initiative qui a pour but la conservation du patrimoine culturel et la promotion de diverses activités traditionnelles.
La maire de Lima a donc remis à la mi-juin la médaille et le diplôme honorifique à un représentant de la fraternité du Seigneur de Qoyllur Ritti, de Cusco (pendant plusieurs siècles la ville a été le centre religieux et administratif du plus grand empire du continent. Aujourd’hui les traces du passé inca ont en grande partie disparu, mais la ville demeure un lieu fabuleux empreint d’Histoire).

Une image qui a été présentée lors de la procession organisée vers la Place d’Armes de Lima (Plaza de Armas). A la capitale, s’est tenue une messe en la cathédrale de Lima, avant cela il y a eu une procession en hommage à Qoyllur Ritti (ce qui signifie « Etoile des neiges » en quechua) depuis l’église de San Sebastián, plusieurs images sacrées ont été mises en valeur durant cet acte solennel parmi lesquelles celles de l’Immaculée Conception de Ninabamba–Acomayo (Inmaculada Concepción de Ninabamba–Acomayo); Niño Melchor de Marcacocha– Ollantaytambo; la Vierge ou Virgen de Pampacucho de Ccopi; Virgen Natividad del Centro Social Pitumarca; Le Seigneur des Tremblements de terre de Sacaca (Señor de los Temblores de Sacaca), parmi d’autres représentations pieuses.

Des milliers de personnes ont assisté à la capitale aux festivités organisées par la confrérie du Seigneur de Qoyllur Ritti, une procession rythmée par des danses représentatives comme le Ccapac Colla et le Ccapacc Chunchu.

Lors de son passage devant le palais municipal de Lima, la maire de la ville, Susana Villarán, a rendu hommage à cette représentation du Christ de Cusco tant vénérée par la population andine. « De la même façon que l’UNESCO a déclaré patrimoine immatériel de l’humanité cette image sainte, nous souhaitons saluer, à Lima, ce culte originaire de Cusco en qualité d’expression vivace de notre identité culturelle et plus particulièrement du christianisme péruvien. Seigneur de Qoyllur Ritti, votre résidence est aussi à Lima ». Depuis 2011, le pèlerinage au sanctuaire du seigneur de Qoyllurit’i est en effet inscrit sur la très convoitée liste du Patrimoine mondial immatériel de l’UNESCO, il associe des éléments empruntés à la religion catholique (la religion des conquérants espagnols), mais aussi des croyances ancestrales remontant à la période précolombienne. Une originalité qui fait de cette manifestation spirituo-culturelle l’un des événements les plus emblématiques du syncrétisme régnant dans ce pays qui a subi tout d’abord la Conquête, puis le système colonial espagnol durant plusieurs siècles. Le Sanctuaire de Qoyllur Ritt et la Fête de Qoyllur Ritti ont été par ailleurs déclarés éléments du patrimoine culturel de la nation en application de la Résolution directoriale nationale n° 608/INC du 10 août 2004.

Comme l’a précisé la maire de Lima, Susana Villarán, « Lima n’a pas été créé avec Francisco Pizarro [conquistador espagnol qui conduisit l’Empire inca à sa perte et dont le nom est resté gravé dans les mémoires]. Elle a commencé bien avant cela il y a quasiment aussi longtemps que les civilisations anciennes du monde. Les habitants de Lima doivent en avoir conscience surtout que notre ville possède une immense richesse culturelle ».

Avec la valorisation de ces croyances millénaires, la municipalité métropolitaine de Lima réaffirme l’importance de ce patrimoine d’exception qui témoigne du pluriculturalisme et du syncrétisme qui caractérisent encore aujourd’hui la société péruvienne, une richesse dont le pays a de quoi s’enorgueillir puisqu’il attire chaque année des millions de touristes désireux de découvrir les racines profondes de ce pays multifacette riche de son Histoire.

Le pèlerinage de Qoyllur Ritti comme témoignage vivant du syncrétisme andin

Cette année le célèbre pèlerinage a eu lieu le début juin, soit 58 jours après la célébration du dimanche de Pâques comme le veut la tradition (le pèlerinage commençant 58 jours après le dimanche de Pâques, une semaine avant la célébration catholique de la Fête-Dieu, et se terminant un jour avant cette célébration du Corpus Christi), ce sont des milliers d’habitants originaires essentiellement des environs de la ville « nombril du monde » (nom donné à la ville impériale de Cusco sous le règne des Incas), mais aussi des touristes nationaux et internationaux qui ont effectué le pèlerinage jusqu’au sanctuaire qui se situe dans la cuvette de Sinakara, dans le district de Ocongate (dans la province cusqueña de Quispicanchi).

Les pèlerins sont alors divisés en huit « nations » représentant ainsi leurs villages respectifs Paucartambo, Quispicanchi, Canchis, Acomayo, Paruro, Tawantinsuyo, Anta et Urubamba, ils débutent une procession de croix jusqu’à atteindre ou du moins contempler à environ 4750 mètres d’altitude le sommet enneigé de la montagne sacrée (Apu) Ausangate qui culmine à plus de 6000 mètres d’altitude. Ils atteignent ainsi de nuit au terme d’une marche éprouvante mais emplie de ferveur les flancs nord gelés du lieu sacré où ils s’arrêtent pour faire la fête sous fond de musique et de danse traditionnelle parés, pour certains, de somptueux costumes qui symbolisent les croyances et cosmogonies des natifs. Des milliers de pèlerins grimpent jusqu’à la limite des neiges éternelles, accompagnés de danseurs (chauchas, qollas, pabluchas ou ukukus), ces derniers incarnent divers personnages mythiques. Les Ukukus (ours) sont les gardiens du Seigneur et veillent aussi sur les apus et les apachetas (monticules de pierres déposées par les pèlerins en guise de péchés expiés) et se chargent de maintenir la discipline pendant les actes liturgiques. Les Ukukus, qui combattent les esprits du mal en donnant vie à de complexes figures symboliques, se détachent nettement des autres. Traditionnellement considérés comme étant mi-femme mi-ours, ils en possèdent la ruse et la force physique et tiennent éloignées à coups de fouet les âmes damnées.

Après l’ascension de la montagne, les pèlerins redescendent en procession en portant des images du seigneur de Tayancani et de la Vierge éplorée jusqu’au village de Tayancani où ils accueillent dans la joie et la communion les premiers rayons salvateurs du soleil, astre source de vie et d’énergie que la civilisation inca vénérait (le Dieu Inti). L’Apu Qoyllur Riti est un rite ancestral qui se trouve associé à la fertilité de la terre (la Terre-Mère qui nourrit les hommes, la Pachamama) et qui rend hommage aux apus (les divinités sous la forme « d’éléments naturels » que les communautés indigènes vénèrent) chaque année, elle constitue l’une des fêtes les plus importantes des peuples indigènes d’Amérique.

Le Conseil des Nations de pèlerins et la Confrérie du seigneur de Qoyllur Ritti ( Qoyllurit’i) orientent les activités du pèlerinage, ses règles et ses codes de conduite et fournissent la nourriture, tandis que les pablitos ou pabluchas, personnages portant des vêtements en laine d’alpaga et des masques d’animaux en laine tissée, s’occupent du maintien de l’ordre.

Cette fête hors du temps parvient à réunir tous les groupes et toutes les cultures de la fascinante histoire des Andes. Les pèlerins viennent de tout le pays et même de Bolivie et d’Argentine pour se recueillir devant la pierre où apparaît l’image divine du Seigneur du Qoyllur Ritti.Durant cette célébration religieuse, qui remonte à l’époque inca où l’on rendait hommage à l’esprit de la montagne Ausangate (une religiosité qualifiée d’idolâtrie par les Espagnols et qu’ils ont tenté « d’extirper » par tous les moyens), les fidèles d’aujourd’hui se souviennent aussi que le 12 juin 1783, des paysans andins, auraient été témoins de l’apparition de l’Enfant Jésus dans ces sommets enneigés. Un témoignage vivant de ce syncrétisme religieux !

(Aline Timbert)

Les images en noir et blanc ci-dessous sont publiées avec l’aimable autorisation du photographe Stéphane Vallin (copyright © Stéphane VALLIN / Yunka-Images.com). Un pèlerinage immortalisé sur place au cours de différentes manifestations, des clichés d’une grande beauté qui ont su capter le caractère solennel, spirituel, mais aussi festif de la mythique procession andine. Un évènement de grande dimension qui se tient au milieu d’une nature puissante et intimidante qui force le respect des pèlerins et touristes. Pour poursuivre votre découverte des splendeurs péruviennes en photos, consultez le site de Stéphane Vallin http://www.yunka-images.com/ qui vous conduira de l’Amazonie luxuriante à la côte péruvienne en passant par la majestueuse cordillère.

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