La semaine dernière, une personne a perdu la vie et au moins sept personnes ont été blessées après un affrontement entre la police péruvienne et des comuneros de Huaraz qui protestaient contre le gisement d’or Pierina, à Áncash, (à environ 400 km au nord de Lima), une exploitation menée par l’entreprise canadienne Barrick Misquichilca.

Manifestation de comuneros

Les manifestants réclamaient à l’entreprise un meilleur approvisionnement en eau potable. Selon les forces de l’ordre, la victime mortelle a été identifiée comme Demetrio Poma Rosales, âgé de 54 ans, tandis que les blessés étaient des habitants de la région, tous ont été transportés en urgence à la clinique San Pablo dans la localité de Huaraz, trois policiers ont également dû recevoir des soins après qu’ils aient reçu des jets de pierre sur la tête. Un représentant de la mine canadienne, Gonzalo Quijandría, a, quant à lui, reporté que les protestataires avaient forcé l’accès de la propriété minière et qu’ils donc avaient dû opter pour une intervention policière.

Les affrontements à Huaraz ont fait un mort dans la soirée de mercredi (19 septembre 2012)

« Nous avons mis en place une usine d’eau potable, traitée et certifiée, mais la population ne la consomme pas car elle craint qu’elle ne soit contaminée », a précisé sur une radio locale Gonzalo Quijandria ajoutant « nous voulons que la population accepte de consommer cette eau car c’est la seule solution ». De leur côté, les communautés réfractaires craignent que l’eau ne soit pas propre à la consommation et émettent de sérieuses réserves sur le contrôle sanitaire effectué par l’Organisme d’évaluation et de fiscalisation environnementale (OEFA). Pierina est une mine à ciel ouvert localisée dans la cordillère des Andes à une altitude d’environ 4100 m, en 2011 l’exploitation a permis la production d’environ 152 000 onces d’or. Barrick Gold Corporation est une des plus importantes compagnies minières mondiales et exploite 26 mines d’or notamment aux États-Unis, au Canada, en Australie, au Pérou, au Chili, en Argentine ou encore en Tanzanie.

José Miguel Vivanco

À la lumière de ces nouveaux heurts entre forces de l’ordre et manifestants, l’organisation humanitaire Human Rights Watch en a appelé dès jeudi au président péruvien en place, Ollanta Humala, afin que le recours à la répression au moyen d’armes létales ne soit plus adopté dans le cadre de la gestion de conflits sociaux. Ce sont pas moins de 15 personnes qui ont été mortellement touchées par balle durant la première année de mandat du chef de l’État de gauche nationaliste. Dans une lettre envoyée au chef de l’État sud-américain, le directeur exécutif de Human Rights Watch (HRW), José Miguel Vivanco, l’a encouragé à adopter une série de mesures pour s’assurer que « les interventions menées par les forces publiques soient en adéquation avec les obligations internationales relatives aux droits de l’homme adoptées au Pérou ». Le président de la République, qui a été officiellement investi dans ses nouvelles fonctions en juillet 2011, s’est engagé lors de son investiture à dialoguer pour résoudre les conflits sociaux liés essentiellement à l’exploitation minière sur le territoire. Cependant, les tensions sont toujours aussi vives dans ce pays où les exportations minières sont considérables et constituent une manne économique.

Trop de victimes civiles durant les manifestations selon Human Rights Watch

« Nous reconnaissons que l’État péruvien a la responsabilité d’assurer que ceux qui participent à des manifestations publiques respectent la loi », a déclaré le représentant précisant « cependant l’État a aussi l’obligation de mener à bien les opérations d’ordre public qui garantissent le respect total des droits de l’homme, y compris le droit à la liberté d’expression, d’association, et le droit à la vie et à l’intégrité physique ». Au Pérou, les conflits sont principalement liés au secteur minier, une exploitation du sous-sol qui préoccupe les habitants pour la plupart des natifs évoluant en milieu rural, ces derniers manifestent clairement leur crainte quant à l’impact environnemental relatif aux activités de prospection et d’extraction sur leurs terres. Le premier ministre péruvien, Juan Jiménez, a affirmé que le gouvernement regrettait les morts survenus durant des mouvements protestataires et a ajouté que les forces de sécurité sont « respectueuses des droits des manifestants », les autorités précisant même que « des groupes violents » pouvaient parfois infiltrer les manifestations d’où les débordements qui s’en suivent. « Le gouvernement n’ignore pas cette situation », a-t-il concédé. Selon des informations communiquées par la Defensoría del Pueblo, 165 civils et près de 30 policiers sont décédés durant des manifestations sous la présidence d’Alan García (2006-2011).

Le conflit le plus violent survenu ces 12 derniers mois a été enregistré au mois de juillet lorsque des habitants, pour la plupart d’origine indigène, ont violemment protesté contre le projet minier Conga dans la région de Cajamarca, un climat de tension tel que le gouvernement avait pris la décision de déclarer l’état d’urgence.

Fin août (24 août), devant la grogne persistante des communautés autochtones et des leaders syndicaux, le gouvernement avait pris la décision de suspendre le projet d’exploitation dirigée par la compagnie américaine Newmont « Nous nous engageons dans un nouveau scénario, le projet est entré dans une phase de suspension que la compagnie a déjà décidée », avait souligné M. Jimenez aux médias tandis que le président avait déclaré « La compagnie Yanacocha, contrôlée par Newmont, a deux ans pour garantir l’eau aux habitants de la région de Cajamarca ». Le projet minier Conga était fortement remis en question par les communautés rurales pour les supposés dommages environnementaux qu’il doit causer, en particulier sur les réserves d’eau de la région, déjà bien rares.

À l’heure actuelle, le secteur minier représente une source d’investissement considérable devant favoriser la croissance économique du Pérou. Une situation bien difficile à gérer en différents points du pays, le Pérou est confronté actuellement à près de 200 conflits sociaux liés au secteur minier ou encore énergétique dans les Andes, mais aussi en Amazonie.

Le Pérou a pu se positionner comme le premier producteur d’Amérique latine pour ce qui est de l’or (8 % de la production mondiale), de l’argent (18 %), du zinc (13 %), du plomb (8 %) et de l’étain (12 %). Au niveau mondial, il est le premier plus grand producteur d’argent et le 2e producteur de cuivre (8 %) et de zinc. Outre les conséquences de l’exploitation minière sur l’environnement souvent redouté par les locaux, il est à souligner que cette activité florissante pour les investisseurs nationaux et internationaux n’est malheureusement pas favorable à la population qui, paradoxalement, évolue dans ces zones où l’extraction est la plus prospère. En effet, on retrouve dans ces régions les niveaux de pauvreté les plus élevés du pays, et un taux important de dénutrition infantile, ce malgré l’adoption de certaines mesures comme le « canon minier », c’est-à-dire la participation financière dont jouissent les gouvernements locaux (municipalités, provinces, districts) et les gouvernements régionaux sur le total des recettes et rentes obtenues par l’État pour l’exploitation des ressources minières sur le territoire péruvien. 

(Aline Timbert)