Des représentants de la communauté yanomami (Itirio Hoariwë, Luis Shatiwë, Acayajuana Silva, Ciro Borges, Virginio Posiewë et Miguel Medina de l’organisation yanomami HORONAMI), ont sollicité le gouvernement vénézuélien afin qu’il prenne ses responsabilités dans la lutte « contre les activités d’orpaillage illégales » qui se déroulent sur leur territoire menaçant leur environnement et, par extension, leur propre intégrité physique.

Les natifs demandent aux autorités de ne pas  « nier l’existence d’un problème » faisant mention du trafic illégal, la plupart du temps source de violence et de pollution, une information révélée vendredi par l’organisation de défense des droits autochtones Survival International. Dans un communiqué rendu public (http://assets.survivalinternational.org/documents/822/dclarationyanomami.pdf), la communauté yanomami Horonami, a réclamé que leurs vies soient protégées et que leurs terres « cessent d’être pillées et contaminées par l’orpaillage ». Cette sollicitation intervient alors que les autorités vénézuéliennes ont réfuté la présence de chercheurs d’or dans la zone habitée par les indigènes, après une récente visite dans la région de Alto Ocamo. Une inspection qui a fait suite à la propagation de rumeurs faisant état « d’un massacre de natifs » par des trafiquants. Plusieurs militaires ont exploré les lieux et ont précisé qu’aucun fait de violence n’avait été perpétré ces dernières semaines précisant « qu’il régnait la paix et l’harmonie et que tous les indigènes se trouvaient en parfaite santé ».

De leur côté, des représentants indigènes ont confirmé la présence de campements de fortune, d’une piste d’atterrissage clandestine mis sur pied par les garimpeiros brésiliens ajoutant même que les délégués de l’État n’ignoraient pas ces faits. Des membres de la communauté avaient présenté une plainte en septembre aux autorités précisant que plusieurs natifs avaient été tués. Luis Shatiwë, secrétaire de l’organisation indigène Horonami, avait assuré à une radio locale que l’attaque avait eu lieu au début du mois de juillet et qu’elle avait été menée par des garimpeiros brésiliens entrés illégalement sur le territoire vénézuélien.

« Les effectifs des forces armées, de la Fiscalía et du CICPC (corps d’investigations scientifiques, pénales et criminelles) qui ont été dépêchés sur place ont été témoins de cela », ont déclaré les indigènes. « C’est facile d’accuser les yanomamis de mensonge, ces nouvelles relatives à des faits violents ne sont pas des mensonges, ce sont des signes évidents d’un conflit dans la zone d’Alto Ocamo. Le mensonge constitue à dire que tout va bien dans cette région », ont-ils précisé. Pour sa part, l’anthropologue français Bruce Albert qui a étudié la communauté yanomami depuis les années 70 a affirmé à Survival que « d’écarter le présumé massacre et de le qualifier de simple rumeur revient à dénigrer la gravité de la situation ».

« Ce type d’histoires yanomamis ne sont pas de simples inventions, elle est bel et bien le reflet d’inquiétudes et de tensions profondes basées sur des faits réels. La seule façon de découvrir la vérité est d’opter pour une enquête adaptée confiée à des experts et ne pas se contenter de brèves visites sur quelques lieux », a-t-il ajouté.
Par le passé, la communauté yanomami de l’Amazonas a déjà payé un lourd tribu, en 2008 l’intrusion illégale sur le territoire de trafiquants, avait engendré la mort de cinq indigènes de l’ethnie Momoi, ils avaient été mortellement intoxiqués par du mercure utilisé par les garimpeiros. En 1993, seize représentants avaient été assassinés par des mineurs illégaux au sein de la population de Haximú.

Yanomamis

Les indigènes yanomami représentent à ce jour une population d’environ 32 000 individus qui peuplent les forêts tropicales et montagneuses du sud du Venezuela et du nord du Brésil. Selon certaines sources, le nombre d’orpailleurs illégaux qui ont pénétré leur territoire ne cesse d’augmenter au fil des ans. Une intrusion difficilement contrôlable qui a eu des conséquences dramatiques sur l’environnement des indigènes, 20 % de la population aurait d’ores et déjà péri sous des actes de violence ou en raison de l’impact épidémiologique, les natifs ne bénéficiant pas de défenses immunitaires contre les agressions extérieures. Davi, porte-parole yanomami et président de l’association ‘Hutukara Yanomami’, avait pointé du doigt la menace environnementale qui pesait sur son peuple en invoquant l’impact sur la survie même des natifs

« L’exploitation minière n’aura pour seul effet que de détruire la nature. Elle dévastera les cours d’eau et les rivières, elle tuera les poissons. Tout notre environnement sera anéanti et nous avec. Des maladies que nous ne connaissions pas vont faire leur apparition », avait-il déclaré.

Shabono

Le Venezuela en accord avec la Convention 169 relative aux peuples indigènes et tribaux (accord ratifié en mai 2002) se doit d’assurer la protection des peuples autochtones, cependant le gouvernement est souvent incapable d’assurer efficacement la protection de ces communautés isolées au coeur de l’Amazonie contre les agressions venues de l’extérieur. Les droits indigènes font d’ailleurs l’objet d’un chapitre de la Constitution de 1999 de la République bolivarienne du Venezuela (Chapitre VIII, Article 119)

« L’État reconnaît l’existence de peuples et communautés indigènes, son organisation sociale, politique et économique, ses cultures, ses us et coutumes, ses idiomes et religions ainsi que son habitat et ses droits originaires sur les terres qu’ils occupent de façon ancestrale et traditionnelle et qui sont nécessaires pour développer garantir leur mode de vie. Il est du ressort du pouvoir exécutif national, avec la participation des peuples indigènes, de délimiter les garantir le droit à la propriété collective de leurs terres, elles seront de fait, inaliénables, imprescriptibles, insaisissables et non transmissibles en accord avec la constitution et la loi ».

Le Venezuela a pour rappel souscrit au mois de mars 2012 un accord devant la Cour interaméricaine des droits de l’homme selon lequel le pays s’engage à garantir l’intégrité du peuple yanomami, et à rendre justice pour le massacre de Haximú. Jusqu’alors, aucune enquête sur cette dernière attaque avérée n’a été diligentée.

Convention N°169 de l’OIT, article 2:
Article 2.1
Il incombe [aux gouvernements], avec la participation des peuples intéressés, de développer une action coordonnée et systématique en vue de protéger les droits de ces peuples et de garantir le
respect de leur intégrité.

Déclaration de l’ONU sur les droits des peuples autochtones:
Article 8.2
Les États mettent en place des mécanismes de
prévention et de réparation efficaces visant:
(a) Tout acte ayant pour but ou pour effet de priver les autochtones de leur intégrité en tant que peuples distincts, ou de leurs valeurs culturelles ou leur identité ethnique;
(b) Tout acte ayant pour but ou pour effet de les déposséder de leurs terres, territoires ou ressources;
(c) Toute forme de transfert forcé de population ayant pour but ou pour effet de violer ou d’éroder un quelconque de leurs droits;
(d) Toute forme d’assimilation ou d’intégration
forcées;
(e) Toute forme de propagande dirigée contre eux dans le but d’encourager la discrimination raciale ou ethnique ou d’y inciter.

(Aline Timbert)