Que serait la France sans la Tour Eiffel ? Cette question semble à ce jour improbable tant l’oeuvre de l’ingénieur Gustave Eiffel (1832-1923) est devenue un emblème de sa capitale, Paris, et même d’une nation tout entière. Pourtant rien ne laissait supposer que cette construction d’envergure, vouée à un destin éphémère, deviendrait cette « Dame de fer » majestueuse, surplombant à 324 mètres de hauteur la Ville lumière. Un monument iconique adulé tant sur le sol national que par les millions de visiteurs étrangers qui se bousculent chaque année à ses pieds pour contempler sa stature et sa magnificence.

Gustave Eiffel

Mise sur pied par Gustave Eiffel à l’occasion de l’Exposition Universelle de 1889 qui célébrait le premier centenaire de la Révolution française, sa construction en 2 ans, 2 mois et 5 jours, fut une incroyable prouesse technique et architecturale. Elle fut à la fin du 19e siècle le reflet d’une créativité française illustrée à merveille par Gustave Eiffel, une promesse de l’ère industrielle désormais en marche. Après moult remous suscités au moment de son élaboration, les détracteurs craignant que la Tour ne vienne défigurer Paris (« Protestation des artistes contre la tour de M. Eiffel »), elle connut dès son inauguration un immense succès.
Dans le manifeste publié dans « Le Temps » du 14 février 1887, plusieurs artistes parmi lesquels Charles Gounod, Charles Garnier, Guy de Maupassant ou encore Alexandre Dumas fils livrent la diatribe suivante « Nous venons, écrivains, peintres, sculpteurs, architectes, amateurs passionnés de la beauté jusqu’ici intacte de Paris, protester de toutes nos forces, de toute notre indignation, au nom du goût français méconnu, au nom de l’art et de l’histoire française menaçés, contre l’érection, en plein coeur de notre capitale, de l’inutile et monstrueuse tour Eiffel que la malignité publique, souvent empreinte de bon sens et d’esprit de justice, a déjà baptisée du nom de Tour de Babel […] ». On était bien loin de l’engouement actuel !

Tout d’abord construite pour durer une vingtaine d’années, elle fut sauvée par les expériences scientifiques qu’Eiffel mena, et plus précisément, les premières transmissions radiographiques, puis de télécommunication : signaux radio de la Tour au Panthéon en 1898, poste radio militaire en 1903, première émission de radio publique en 1925, puis la télévision analogique jusqu’à la TNT (Télévision numérique terrestre) il y a peu.
A la fois populaire et symbole d’un patrimoine culturel français (inscrite aux monuments historiques depuis 1964 et au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1991 « Paris, rives de la Seine »), près de 250 millions de visiteurs sans distinction d’âge ou d’origine n’ont pas résisté à l’envie d’approcher l’élégante silhouette métallique de la Tour veillant sereinement sur la Seine depuis sa présentation en 1889.
Choyée et parée de ses plus beaux atours, en 1985 elle bénéficie d’un éclairage conçu par Pierre Bideau, ingénieur éclairagiste (336 projecteurs la faisant briller de mille feux), depuis 2000, la belle scintille 5 minutes au début de chaque heure une fois que la Tour est éclairée, jusqu’à 1h du matin. Puis entre 1h et 1h10 du matin, la Dame de fer fait son show, l’éclairage doré s’éteint laissant la place au seul scintillement. Cinq minutes d’effervescence qui nous plonge dans un monde de rêverie et nous berce dans une douce illusion… Son aura mondiale attire aujourd’hui près de 7 millions de visiteurs par an (dont environ 75% d’étrangers), ce qui la place comme le monument payant le plus visité au monde… Une belle réussite pour le génie Gustave Eiffel qui s’est éteint en 1923 nous laissant son éternelle lumière et une forme certaine de fierté. Celle de détenir un monument précieux et convoité qui, outre son attrait touristique et les retombées économiques liées à sa popularité, nous unit dans un même sentiment d’admiration pour la démesure humaine.

Ce que beaucoup ignorent en se laissant séduire par cette Tour d’Eiffel dominant tendrement la cité de l’amour depuis plus de 120 ans (jolie paraphrase pour Paris qui décidément inspire tous les fantasmes) c’est que l’oeuvre de l’industriel français peut nous conduire bien loin de l’atmosphère parisienne de la rive gauche, en des lieux tout aussi enchanteurs que certains d’entres nous qualifierons « d’exotiques »… Une Maison de fer, « la Casa de Fierro* » construite en Amazonie péruvienne par le fameux Gustave Eiffel, au 19e siècle, qui n’a pourtant jamais foulé le sol d’Iquitos. Ce bout du monde porteur d’évasion, de mystère qui ne demande lui aussi qu’à être découvert avec langueur, humilité et passion.

Iquitos

Ce lieu abritant « la Maison de fer » porte le nom d’Iquitos, la principale ville d’Amazonie péruvienne, car oui Le Pérou possède sa part de selva (forêt tropicale) dans le département de Loreto (le plus vaste du pays, couvrant près de 30% de la surface du Pérou), même si beaucoup, hors de ses frontières, le considèrent comme une destination de montagnes dominée par la cordillère des Andes. La majestueuse cordillère ne doit pas faire oublier aux voyageurs que le Pérou possède, à l’instar du Brésil ( dans une moindre mesure bien sûr), son océan de verdure tropicale et son fleuve amazone, lui aussi source d’un imaginaire nourri pour des voyageurs avides d’abandonner leur quotidien pour une dose de mystère et de nature luxuriante…

Iquitos, la plus grande ville au monde (environ 450 000 habitants) sans aucun accès routier, offre sa dose de dépaysement dès que l’on approche, ville animée du Nord amazonien, elle fut fondée par des missionnaires jésuites en 1757 afin de se protéger des attaques menées par les communautés indigènes. La ville est restée un simple avant-poste comptant quelques 1500 âmes jusqu’au boom du caoutchouc des années 1880 ( la population fut multipliée par 16 en une décennie) qui accompagna la construction des édifices les plus majestueux de la ville.

La ville, capitale du Loreto depuis 1897 (une décision prise sous la présidence de Nicolás de Piérola qui fut à la tête du pays entre 1885 et 1899), se situe entre les ríos Amazone, Nanay et Itaya, elle est accessible uniquement par voie fluviale et aérienne (le centre-ville d’Iquitos se situe à environ 5 km de l’aéroport). Dès lors l’aventure peut commencer !

 A suivre…

*Fierro (américanisme) pour « Hierro » c’est-à-dire « fer » en castillan

(Aline Timbert)