Rafael Correa a été reconduit, dimanche 17 février, à la tête de l’Équateur, pays d’Amérique du Sud où il occupe les fonctions présidentielles depuis sa première investiture en janvier 2007. Une victoire écrasante puisqu’il a remporté les élections dès le premier tour avec 56,93 % des voix (2,49 millions de suffrages), son principal rival, le banquier libéral Guillermo Lasso, n’a réuni que 23,74 % des suffrages, l’ancien président Lucio Gutierrez n’en a obtenu que 6,6 %, la droite se positionne toutefois comme la seconde force politique du pays .

equateur22022013-1Âgé de 49 ans, le chef de l’État d’orientation socialiste, né à Guayaquil, la plus grande ville équatorienne, a bien sûr remercié le peuple pour lui avoir renouvelé sa confiance dans sa majorité, il n’a pas oublié pour autant ses opposants en s’engageant à être « le président de tous les Équatoriens ».

« Grâce à Dieu et au peuple équatorien, cette nuit nous faisons l’histoire. Nous sommes parvenus à la victoire dès le premier tour. Cette victoire est la vôtre et celle de tous les Équatoriens », a-t-il déclaré après avoir eu connaissance des résultats depuis le siège du mouvement Alianza PAIS, situé à Los Shyris, dans le nord de Quito. Le président réélu et largement plébiscité a également affirmé qu’il approfondirait son projet politique « cette révolution citoyenne, rien ni personne ne pourra l’arrêter. Nous continuerons sur la même voie, jamais nous ne vous décevrons ».

« Nous construisons la petite patrie, l’Équateur, et la grande patrie, notre Amérique, une nouvelle patrie à laisser aux enfants de nos enfants. Ces quatre années seront encore plus merveilleuses dans le changement radical de notre pays », a-t-il annoncé. Il a incité ses sympathisants « à avancer plus unis que jamais et mieux organisés encore, car la force de l’opposition politique, économique et médiatique pour affecter le processus révolutionnaire est chaque jour plus importante ».

Gare aux dérives autoritaristes

Candidat de l'opposition Guillermo Lasso
Candidat de l’opposition Guillermo Lasso

Rafael Correa, lors de sa première conférence de presse comme président sortant réélu a réaffirmé sa volonté de lutter contre une presse « corrompue, manipulatrice et mercantiliste », précisant que les résultats des élections ont marqué sa déroute. Parmi ses projets, la très controversée Loi sur l’audiovisuel et les médias, considérée par de nombreux journalistes comme une « menace pour la pluralité démocratique » alors que la liberté d’expression a déjà été mise en mal sous la présidence de Correa. Pour rappel, le quotidien El Universo avait été condamné à 40 millions de dollars d’amende pour un éditorial ô combien mordant (et les éditorialistes à une peine de prison de trois ans !) qui le qualifiait de « criminel contre l’humanité » et de « dictateur », avant qu’il ne finisse par « pardonner » aux journalistes condamnés.

Correa a révélé qu’il ne céderait pas face aux « pouvoirs factuels » précisant « qu’il souhaitait en finir avec  le comportement non éthique et sans scrupule d’une presse qui veut juger, légiférer et gouverner ». « C’est contraire à l’État de droit et nous ne le permettrons pas », a-t-il conclu.

Le chef de l’État a tenu à préciser après sa victoire étincelante que le gouvernement allait poursuivre le processus révolutionnaire « nous recevons la victoire avec beaucoup d’humilité. Nous n’allons pas perdre de temps, cette opportunité historique pour construire une nouvelle patrie et pour en finir définitivement avec la vieille patrie dominée par quelques élites ». Une révolution citoyenne qui doit être poursuivie, le président  affirmant « Que ce soit clair, avec dans notre Révolution citoyenne, celui qui commande c’est le citoyen, l’être humain, et non pas le capital ».

Des élections transparentes selon l’UNASUR et l’OEA

L’Union des nations sud-américaines (UNASUR) et l’Organisation des états américains (OEA) ont salué la transparence du processus électoral à l’occasion d’une conférence de presse organisée à Quito. Les porte-parole de chaque organisation ont assuré que les observateurs déployés ont fait mention d’une journée électorale qui s’est déroulée “dans la plus grande normalité”.
L’Union européenne a félicité le président équatorien pour sa réélection et a également souligné que les élections s’étaient déroulées dans une ambiance « calme et paisible ». Le Service européen d’action extérieure (SEAE) a mentionné le déroulement « tranquille et pacifique » des élections générales du 17 février en Équateur et a félicité le président Correa pour « sa réélection au premier tour ». Le service a également réitéré sa volonté de poursuivre la collaboration avec le gouvernement équatorien dans le but de « renforcer un peu plus la démocratie, les droits de l’homme et l’État de droit » tout comme « le développement social et économique en faveur de tous les citoyens équatoriens ».

Le pétrole ne doit plus être le seul  moteur économique

Victoire d'Alianza Pais
Victoire d’Alianza Pais

Parmi les objectifs de Rafael Correa, formé en économie dans des universités américaines et européennes, pour les quatre années à venir, une extension des programmes d’aide sociale pour venir en aide aux plus démunis, mais aussi une réduction de la dépendance au pétrole, ce qui laisse à supposer de nouveaux investissements en matière économique, une promesse souvent réitérée, mais jamais appliquée dans ce petit pays membre de l’OPEP.

À l’heure actuelle ce pays de 15 millions d’habitants est chaque jour un peu plus dépendant des recettes liées à l’exploitation du brut. Le pays doit également multiplier les projets hydro-électriques pour freiner et limiter sa propre dépendance aux combustibles fossiles.

L’exploitation des ressources naturelles en Équateur constitue d’ailleurs une fréquente source de dissensions entre le gouvernement et les populations natives qui demandent à être consultées sur les projets d’exploration et d’exploitation menés sur leurs territoires.

La Confédération des nationalités indigènes de l’Équateur (Confederación de Nacionalidades Indígenas del Ecuador, ou CONAIE) s’est exprimée au moyen d’un communiqué de presse après avoir eu connaissance des résultats électoraux et il a rappelé, à cette occasion, au chef de l’État ses obligations concernant la protection de l’environnement et le respect des droits indigènes dans le cadre du « Buen Vivir » promulgué dans la Constitution :

« […] À ce titre, nous souhaitons bonne chance au président Rafael Correa élu pour un nouveau mandat à la tête du gouvernement, en tant que Mouvement indigène nous espérons que les thèmes fondamentaux deviennent effectifs.
Que ce soit la Loi sur l’eau, la Loi sur les Terres, la démocratisation et la socialisation de l’économie, la protection et la non-exploitation de Yasuni ITT.
Nous espérons que cessent les accusations de terrorisme contre des dirigeants autochtones et leaders populaires, de même que leur criminalisation et que cesse également la remise de territoires indigènes à des entreprises transnationales. La manière dont ces problèmes vont être réglés va nous informer sur le vrai visage du gouvernement. Pour notre part, nous poursuivons dans notre engagement à défendre nos droits en tant que peuples et nationalités, avec une volonté de vivre dans un pays de justice, de solidarité et de souveraineté ».

equateur22022013-2Le président de la République a par ailleurs annoncé une série de changements de la Constitution en vigueur depuis 2008.  « Nous ferons une révision de la Constitution et les réformes qui sont nécessaires », a-t-il expliqué. Rafael Correa a annoncé qu’avec la majorité législative (ce sera le cas le 24 mai 2013 puisque son parti détiendra les deux tiers de l’Assemblée législative, une majorité qui lui permettra de réformer le texte constitutionnel sans avoir besoin du soutien de l’opposition ou encore de la mise en place d’un référendum). Son gouvernement devrait approuver en priorité un nouveau Code pénal intégral, la loi sur les Terres (Ley de Tierras) et sur l’eau (Ley de Agua) en accord donc avec les revendications indigènes.

Concernant l’adoption possible d’une loi permettant de se présenter aux élections présidentielles sans limitation du nombre de mandats, le président s’est voulu clair et a déclaré qu’il ne se représenterait pas en 2017 quoiqu’il arrive « je ne m’opposerai pas à changer le système de réélection, qui me semble très raisonnable. Mais s’il y a une volonté majoritaire du peuple équatorien, eh bien c’est à lui de décider, je ne pousse à rien. Indépendamment du système choisi, ce sont mes quatre dernières années au pouvoir ».

Une pauvreté en net recul

Le principal défi du président équatorien et de son gouvernement est toutefois d’éradiquer la pauvreté encore manifeste, même si de gros efforts ont été faits dans ce sens (qui explique la grande popularité dont jouit Rafael Correa), 25,3 % (chiffres de juin 2012) de la population reste encore particulièrement démunie (contre 36,74 % en 2007 toujours selon des chiffres émis par la Banque Centrale de l’Équateur). Entre 2006 et 2012, le taux de pauvreté a toutefois été réduit de 12 points et le nombre d’infrastructures hospitalières et éducatives a été augmenté pour la plus grande satisfaction des habitants ( 18 nouveaux hôpitaux et 250 centres de santé en plus, ainsi que la modernisation de 469 centres existants). À titre d’exemple, 7000 kilomètres de routes ont été construites sous le gouvernement de Correa.

Outre sa lutte contre la misère, Correa s’engage à modifier en profondeur la « matrice productive » du pays afin de réduire la dépendance liée à l’exploitation des ressources naturelles.

(Aline Timbert)