Des centaines de secousses ont été enregistrées ces derniers jours aux abords du volcan Sabancaya, situé au sud du Pérou (à environ 100 km de la ville d’Arequipa), une agitation qui pousse le gouvernement régional d’Arequipa (GRA) à réfléchir à l’éventualité de déclarer l’alerte orange, ce qui impliquerait l’évacuation de la population locale. L’Institut géologique minier et métallurgique du Pérou (Ingemmet) a informé qu’entre le 22 février et le 23 février plus de 530 secousses ou petits séismes ont été enregistrés, soit une moyenne de 20 par heure, un phénomène accompagné d’émission de fumée (des colonnes qui s’élèvent à 100 mètres d’altitude sur un périmètre de 10 km²) et de gaz (dioxyde de carbone).

« Il s’agit d’un nombre [de secousses] assez élevé, assez anormal, et inhabituel dans le comportement de ce volcan », a déclaré la responsable de la direction de géologie environnementale de l’Ingemet, Jersy Mariño, lors d’une interview concédée au quotidien ‘El Comercio’. Le volcan Sabancaya, qui signifie « langue de feu » en quechua, la langue des natifs andins, s’élève à 6000 m d’altitude sur la plaque tectonique sud-américaine, le volcan est resté inactif durant des siècles avant d’entrer en éruption à différentes reprises au cours des années 1980 et 1990, aucun mort n’a, fort heureusement, jamais été déploré.

perou28022013-1Toutefois, le président de la région d’Arequipa , Juan Manuel Guillén Benavides, a révélé qu’il envisageait la possibilité de déclarer l’alerte orange dans la localité de Maca située à 8 km du volcan, 570 habitants seraient alors concernés par la mesure d’évacuation. L’Ingemet élabore un plan d’urgence dans le but d’identifier les populations à risque, les voies d’évacuation et la mise en place de lieux d’hébergement d’urgence face à une possible éruption volcanique. Les zones affectées seraient alors Pinchollo, Achoma, Cabanaconde, Huanca, Huambo, Querque, et Maca, une zone qui abrite près de 25 000 habitants selon des chiffres communiqués par le responsable régional de la défense civile, Miguel Alayza Angles.

À l’heure actuelle, l’Iinstitut géologique minier et métallurgique envisage deux scénarios possibles devant l’agitation inhabituelle du volcan. La première est que le volcan entre finalement en éruption, dès lors il émettra des gaz, de la vapeur et des cendres, de la lave pourra également être crachée, mais elle ne devrait pas s’étendre sur plus de 12 km et ainsi la population de la vallée du Colca ne devrait pas être atteinte. L’autre scénario envisagé est que le volcan, après ses multiples trémolos et émissions de fumerolles de ces derniers jours, retrouve le calme plat. Les scientifiques examinent ses réactions pour adopter les mesures adéquates. Pour le moment il n’est pas entré en phase éruptive puisqu’il n’y a aucune émission de cendres ni de flux pyroclastiques. 

Vue du Sabancaya
Vue du Sabancaya

Jersy Mariño Salazar a tenu à rappeler que jusqu’à présent le volcan n’a jamais été à l’origine d’explosions violentes, il ne peut être comparé à ce titre au Huaynaputina (Moquegua) situé dans la zone volcanique centrale des Andes. Selon le vulcanologue Domingo Ramos, en cas d’éruption, l’émission de lave ne devrait pas causer de dégâts. Le principal souci serait plutôt lié à l’émission de nuages de gaz composés de cendres et de fragments de roche, sans oublier les émissions de soufre. Ces courants brûlent tout sur leur passage et peuvent dangereux en raison de leur haute température, près de 100 degrés Celsius. Il ne faut pas non plus sous-estimer la possibilité d’être confrontés à des pluies acides, dès lors les populations situées à 30 km autour du Sabancaya pourraient être touchées. Les conséquences peuvent être alors la contamination des eaux, et des cultures sachant que la grande majorité de la population vit de l’agriculture et de l’élevage, sans oublier l’impact sur la santé (problèmes oculaires et dermatologiques en priorité). « Ces pluies pourraient dévaster les champs agricoles, polluer les eaux et pourraient causer des brûlures et des intoxications sur la population », a souligné Miguel Alayza Angles. Il pourrait y avoir un risque de fonte des glaces et d’avalanches causées par la libération du magma sur l’édifice volcanique surmonté d’une calotte glaciaire touchant les populations de Tarucani, Sallalli et Collpa, situées à moins de 30 km.

Le Sabancaya abriterait près de 2,7 millions de mètres cubes de magma.

Le Sabancaya fait partie d’un groupe de stratovolcans comprenant également le Hualca Hualca et l’Ampato auquel il est accolé, en novembre et décembre 1991, plusieurs éruptions eurent lieu qui dégagèrent des panaches de cendres atteignant 5 à 8 kilomètres d’altitude. L’activité a continué avec des coulées de boue et des tremblements de terre associés. En février 1992, les localités voisines du volcan ont dû être évacuées à cause des pluies de cendres. Le 5 mars 1994, une nouvelle explosion s’est produite, dégageant une colonne de cendres d’une hauteur de 2,5 kilomètres formant un panache gris foncé. Une autre éruption a eu lieu le 7 mars. Des éruptions se sont produites les années suivantes, de 1995 à 1998.

Les autorités demeurent donc vigilantes et observent l’évolution du volcan afin de réagir au mieux et au plus vite en cas d’éruption.

(Aline Timbert)