Le ministre des Affaires étrangères français, Laurent Fabius, a conclu lundi 25 février un voyage officiel de cinq jours en Amérique latine, à cette occasion il s’est rendu au Pérou, au Panama, et en Colombie. En pleine opération séduction, il a tenu à souligner que la région était « une priorité » pour la France affirmant sa volonté de développer et de renforcer les relations bilatérales.

Il a qualifié son déplacement de « très positif » déclarant « Oui, l’Amérique latine constitue une priorité pour notre politique étrangère. Oui, nous souhaitons nous engager dans une relation de grande confiance avec vous ».

Laurent Fabius et Ollanta Humala
Laurent Fabius et Ollanta Humala

Le ministre a eu l’honneur d’être reçu par le président de la république péruvien, Ollanta Humala, dans le cadre d’une réunion qui s’est tenue au Palais du gouvernement et à laquelle ont participé les ministres péruviens des Affaires étrangères, Rafael Roncagliolo, de la Défense, Pedro Cateriano; de la Justice Eda Rivas; des Transports et communications, Carlos Paredes et enfin de l’éducation Patricia Salas. Avant cette rencontre, M. Fabius avait signé avec son homologue péruvien Rafael Roncagliolo (en photo ci-dessus) au Palais de Torre Tagle une série d’accords de coopération entre la France et le Pérou.

« Les relations entre le Pérou et la France sont depuis longtemps de très bonnes relations, mais il me semble qu’on a tellement été habitué à ce que les relations soient bonnes qu’on a fini par ne plus vraiment en avoir. Cela faisait assez longtemps, je crois, qu’il n’y avait pas eu ce type d’échange. Alors on faisait toujours référence à du Petit-Thouars, à Vargas Llosa ; à Flora Tristan… très bien, mais comme je le faisais remarquer en plaisantant à un de mes interlocuteurs du gouvernement en français nous disons souvent ‘il n’y a pas d’amour il n’y a que des preuves d’amour’, s’est exprimé M.Fabius.

Parmi les accords signés, le nouveau traité d’extradition qui actualise celui signé en 1874 et qui vise à renforcer la lutte contre le terrorisme et le crime organisé en favorisant la coopération entre les deux pays. Un accord de transfèrement relatif aux condamnés doit également voir le jour.

Par ailleurs, un accord de coopération dans le cadre du programme de bourses ‘Beca 18’ a été validé renforçant le coopération avec l’Agence française pour la promotion de l’enseignement supérieur, l’accueil et la mobilité internationale, Campus France. Un protocole d’accord avec l’Agence française de Développement (AFD) en matière de coopération dans le domaine du transport urbain a également été souscrit.

Le ministre français a également précisé que le chef de l’État français, François Hollande, se rendrait au plus vite au Pérou pour rencontrer son homologue Ollante Humala qui l’a formellement convié », reste à fixer une date en fonction de l’agenda présidentiel « le président François Hollande a prévu de se rendre au Pérou à l’invitation du président Ollanta Humala, il en est heureux, la date n’est pas encore fixée ».

Le ministre de la Défense péruvien, Pedro Cateriano, a rencontré Laurent Fabius à Lima où il a évoqué la possibilité d’acheter un satellite à une entreprise française. Ce dernier devrait permettre de renforcer les capacités de contrôle et de vigilance des forces armées péruviennes sur le territoire national, en particulier sur les zones frappées par des soubresauts terroristes, et par le trafic de drogue. Au novembre 2012, le ministre Cateriano avait effectué une visite où France où il avait déjà manifesté son intérêt à acquérir un satellite.

Durant son séjour au Pérou, le ministre des Affaires étrangères français a tenu à louer le Pérou comme destination touristique de choix, une destination qui attire d’ailleurs de plus en plus de français. « Grâce aux décisions qui ont été prises dans le pays, le Pérou est une destination où chacun est libre de se rendre, d’autant plus que l’on sait combien l’accueil est chaleureux », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse après la réunion qu’il a eue avec son homologue péruvien, Rafael Roncagliolo.

M.Fabius a précisé que le Pérou et la France sont sur la même longueur d’onde concernant les questions de politique internationale et il a informé de la mise en place de grands projets dans le domaine des transports, de l’eau, de la santé, de la sécurité, de l’éducation et la technologie. À l’heure actuelle, la France est le cinquième pays en terme d’investissements au Pérou avec près de 317 millions de dollars répartis entre environ 65 entreprises.

Le ministère péruvien des Affaires étrangères a souligné que cette visite avait pour objectif de « renforcer les relations commerciales et les investissements français au Pérou », quelques jours avant que n’entre en vigueur au 1er mars 2013 l’accord commercial entre l’Union européenne (UE), le Pérou et la Colombie.

Laurent Fabius et María Ángela Holguín

Lors de son passage en Colombie, Laurent Fabius a salué le processus de paix engagée par le gouvernement et les forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), il a déclaré « nous apprécions énormément l’initiative du président Santos qui a engagé le dialogue, voyons si la Colombie peut accéder à la paix et voir le conflit s’achever », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse donnée avec son homologue María Ángela Holguín précisant que la France ne voulait nullement faire preuve d’ « ingérence », mais qu’elle soutenait le dialogue « Il s’agit d’une initiative très courageuse et c’est la seule façon de parvenir à la paix, qui est le désir de tous les Colombiens ». Le ministre français a souligné qu’il souhaitait être un partenaire privilégié dans la région tout en soulignant que la Colombie et la France sont unies par des relations historiques. M.Fabius a eu l’occasion de visiter la base navale de Carthagène et est monté à bord de la frégate « ARC Independiente » (Armada de la República de Colombia) une flotte rénovée grâce au savoir-faire des entreprises françaises DCNS et Thales.

Visite de la base navale de Carthagène
Visite de la base navale de Carthagène

Laurent Fabius a également pris part, accompagné d’une délégation, au festival international de Carthagène des Indes qui rend hommage au cinéma, les cinéastes français sont d’ailleurs largement représentés.

Dans un discours prononcé à l’Université Externado de Bogotá  le ministre a déclaré que son gouvernement avait «choisi» de maintenir une «présence régulière» dans une région qui « a fait l’objet de très peu d’attention de la part des politiques français durant ces dernières décennies. »

Le ministre français des Affaires étrangères s’est félicité de l’existence d’un discours «commun» entre la France et l’Amérique latine sur les questions liées aux «institutions multilatérales», «la promotion des droits de l’homme» ou la lutte contre les inégalités, en particulier avec la Colombie, dont la candidature à l’OCDE est soutenue par Paris.

Laurent Fabius et Francisco Alvarez de Soto
Laurent Fabius et Francisco Alvarez de Soto

Le ministre français a également rencontré le président du Panama, Ricardo Martinelli et son homologue Francisco Alvarez de Soto*, lors de son déplacement officiel dans ce pays d’Amérique centrale. A cette occasion il a visité le chantier de construction du métro de la capitale auquel a participé des entreprises françaises. Cette visite avait également pour but de promouvoir la coopération universitaire dans le domaine de la formation professionnelle.

À l’heure actuelle le Panama absorbe 60 % des exportations de la France vers l’Amérique centrale.

« Ce voyage est un témoignage du grand intérêt que la France accorde à l’Amérique latine. Une grande partie de l’avenir du monde se construit ici et la France, qui est un grand pays, doit être présente là où se bâtit l’avenir du monde », a déclaré M. Fabius lors d’une allocution. Les investissements français au Panama ont totalisé 850 millions de dollars, dont 750 millions de dollars appartenant au groupe GDF-SUEZ qui compte plusieurs projets de production énergétique.

L’économie panaméenne a crû de près de 11 % en 2012 et les prévisions pour 2013 sont de 8,5 %, une croissance qui s’explique en partie par les projets d’infrastructures pharaoniques entrepris par l’administration Martinelli. Un dynamisme qui séduit la France frappée de plein fouet par la crise « Ces pays fournissent la preuve d’une santé économique favorable », a déclaré Laurent Fabius, qui se dit «très heureux» de la bonne santé des entreprises françaises installées au Panama.

Le bilan tiré par Laurent Fabius est donc le suivant « Nous souhaitons que l’Amérique latine soit davantage présente par ses investissements en Europe, notamment en France » déplorant jusqu’alors des échanges insuffisants.

(Aline Timbert)

*Francisco Alvarez de Soto a présenté au président  Ricardo Martinelli Berrocal sa démission le 27 février 2013, il occupait ses fonctions depuis le 1er septembre 2011.