Le président vénézuélien, Hugo Chávez, leader de la révolution bolivarienne, a livré son ultime combat, il est décédé à l’âge de 58 ans d’un cancer après avoir dirigé le pays durant 14 années. La maladie l’a finalement emporté après presque deux ans de lutte acharnée entre chirurgie, chimiothérapie et radiothérapie. Il avait été réélu pour un mandat de six ans le 7 octobre 2012 avec près de 54,42 % des votes malgré l’épée de Damoclès qui planait ces derniers mois au-dessus de sa tête.

venezuela06032013-1La nouvelle est tombée comme un couperet mardi à 16 h 25 (heure de Caracas), chacun connaissait l’état de santé précaire du chef de l’État, mais personne ne voulait croire en son décès précipité. C’est le vice-président de la République, homme de confiance de Chávez qui a annoncé la nouvelle au peuple vénézuélien. « Nous avons reçu l’information la plus dure et la plus tragique que nous pouvions annoncer à notre peuple. A 16 h 25 (20 h 55 GMT), aujourd’hui 5 mars, est mort notre commandant président Hugo Chavez Frias », a annoncé officiellement le vice-président Nicolas Maduro, la voix tremblotante par l’émotion depuis le vestibule de l’hôpital militaire de Caracas où le président défunt était soigné depuis le 18 février 2013.

Nicolás Maduro assurera par ailleurs la transition en occupant les fonctions de président de la République par intérim jusqu’aux résultats des prochaines élections présidentielles qui doivent être organisées dans un délai d’un mois selon la Constitution.

Nicolas Maduro
Nicolas Maduro

La dépouille de Chávez doit être transportée vers l’Académie militaire du Venezuela afin que le peuple lui rende un ultime hommage, sept jours de deuil national ont été décrétés, alors que le défunt sera mis en terre vendredi. Le vice-président a appelé au calme, à la paix et au respect déclarant « l’unique sentiment qui animait le coeur du commandant Chávez était l’amour ». Maduro a annoncé le déploiement des forces militaires à travers le pays pour s’assurer qu’il n’y ait aucun heurt entre les partisans du leader socialiste et les opposants qui voient avec ce décès prématuré l’opportunité de tourner une page politique décisive. Sa fille, María Gabriela Chávez (Chávez était le père de quatre enfants, trois filles et un fils) a rendu hommage à son père via le réseau social Twitter en postant un message suivant « Hasta siempre papito mío ! » et a appelé à poursuivre la construction de la patrie.

De son côté, le leader de l’opposition vénézuélienne Henrique Capriles, le vaincu des précédentes élections présidentielles, a tenu à présenter ses condoléances à la famille du défunt ainsi qu’à ses partisans. «  Ma solidarité va à toute la famille du président Hugo Chávez, de même qu’à ses partisans, nous plaidons à l’heure actuelle pour l’unité des Vénézuéliens », a-t-il écrit sur Twitter. Le candidat malchanceux de Mesa de Unidad Democrática (MUD) tentera donc de remporter les élections qui se dérouleront dans les 30 prochains jours face au dauphin de Chávez .

Le président avait été diagnostiqué porteur d’un cancer en juin 2011, Hugo Chávez avait dès lors subi plusieurs interventions chirurgicales pour ôter une tumeur maligne dans la région pelvienne et avait subi quatre cycles de chimiothérapie et six de radiothérapie pour vaincre la maladie. La discrétion autour de sa maladie avait toujours été de mise, la nature exacte du cancer dont il souffrait n’ayant jamais été révélée.

Convalescent, il avait passé de nombreuses semaines à Cuba pour se faire soigner, et s’était montré beaucoup moins fougueux et exalté qu’à son habitude lors de la campagne électorale, ce qui ne l’avait pas empêché d’être réélu face à son opposant dynamique de 40 ans.

Hommage au comandante
Hommage au comandante

Avec la mort du leader de gauche défenseur du « socialisme du XXIe siècle », un chapitre de l’histoire vénézuélienne, mais aussi latino-américaine se tourne définitivement. Personnage controversé, nourri d’un profond sentiment anti-impérialiste à l’encontre des États-Unis, il a su séduire les couches populaires de la société vénézuélienne en développant les aides sociales et en menant de vastes projets autour de l’éducation, de l’accès au logement ou encore de l’accès aux soins, mais il n’est pas parvenu au cours de ces années de pouvoir à développer l’économie du pays. Ses détracteurs dénonçant une politique d’assistanat qui n’a pas permis de modifier en profondeur la société et ni réduire les disparités.

S’appuyant exclusivement sur la manne pétrolière, le Venezuela est aujourd’hui dépendant de ses importations y compris dans le domaine agricole, et encore plus invraisemblable, le pays importe même son essence ! Un modèle obsolète qui rend la population chaque jour un peu plus tributaire de l’inflation. Plus de 50 % des revenus du pays proviennent du précieux hydrocarbure. « Les exportations vénézuéliennes reposent à plus de 90% sur le pétrole et le gaz ».

Les réactions des leaders politiques du monde sont d’ailleurs partagées suite à l’annonce de son décès, si certains regrettent déjà la figure emblématique du président, son charisme et sa ligne politique en faveur du bloc sud-américain, d’autres se réjouissent de la disparition prématurée du président anti-capitaliste et anti-libéral, instigateur de nombreuses nationalisations, fermé aux investissements étrangers. À titre d’exemple le nombre d’entreprises privées est passé de 14 000 en 1998 à 9 000 en 2011.

Le président des États-Unis, Barack Obama ne pleure pas le décès du chef de l’état anti-impérialiste et c’est en toute logique qu’il se fait le chantre de nouveaux rapports bilatéraux en espérant l’arrivée au pouvoir d’un successeur moins vindicatif : « Dans cette période difficile de la mort du président Hugo Chavez, les États-unis renouvellent leur soutien au peuple vénézuélien et réaffirment leur volonté de développer une relation constructive avec le gouvernement vénézuélien. Au moment où le Venezuela ouvre un nouveau chapitre de son histoire, les États-Unis restent déterminés à promouvoir les principes démocratiques, le respect de la loi, et des droits de l’homme ».

De son côté, l’allié de toujours, Cuba, a décrété un deuil de trois jours dont cependant une seule journée de deuil national jeudi.

Plusieurs chefs d’État sud-américains ont déjà fait le déplacement à Caracas parmi lesquels la présidente d’Argentine, Cristina Fernández; le président uruguayen José Mujica, et son homologue bolivien Evo Morales. Deux autres chefs d’État sont attendus dans les prochaines heures, à savoir la présidente du Brésil Dilma Rousseff, et le chef de l’État péruvien Ollanta Humala.

Les funérailles de Chávez devraient réunir une « dizaine de chefs d’État », a assuré Elías Jaua, le ministre des Affaires étrangères.

Sommet Mercosur
Sommet Mercosur

Le président fraîchement réélu en Équateur, le socialiste Rafael Correa a manifesté son « profond chagrin », déclarant que Chávez avait été le « chef de file d’un mouvement historique » et un « révolutionnaire mémorable ». Le chef de l’État chilien Sebastian Pinera a tenu à mettre en avant l’importance qu’a jouée son homologue vénézuélien dans la création de la Celac (Communauté des États latino-américains et des Caraïbes), l’entité régionale fondée lors du Sommet de Caracas en décembre 2011 ans en insistant sur la force et la fougue avec lequel le président Chávez luttait pour ses idées.

Fervent défenseur de l’union de l’Amérique latine, le président disparu avait mis sur pied des structures d’intégration régionale et tissé des alliances stratégiques avec la Russie, la Chine ou l’Iran, n’hésitant pas à afficher son soutien et même son amitié à des dirigeants pas toujours fréquentables comme le Libyen Mouammar Kadhafi, l’Iranien Mahmoud Ahmadinejad ou encore le Syrien Bachar al-Assad.

Le président russe Vladimir Poutine a rendu hommage au président défunt en le qualifiant « d’homme hors du commun et fort ». En France, le président de la République François Hollande a mis en avant l’engagement de Chávez en faveur des plus défavorisés « Il exprimait au-delà de son tempérament et de ses orientations, que tous ne partageaient pas, une volonté indéniable de lutter pour la justice et le développement » soulignant qu’il avait « profondément marqué l’histoire de son pays ».

À 17 h, mercredi 6 mars, heure de Paris, ce sont des milliers de personnes émues aux larmes qui se sont réunies pour apercevoir le cercueil du Comandante, recouvert du drapeau vénézuélien, escorté par la Garde d’honneur présidentiel. Sa dépouille qui a été bénie doit rejoindre l’Académie militaire où sera dressée une chapelle ardente, le dernier hommage d’un peuple envers celui qui les a guidés durant plus d’une décennie sur le chemin de la révolution socialiste…

Les funérailles du président  Chávez auront lieu vendredi 8 mars à 10 h (heure locale) soit 14 h 30 GMT. Une nouvelle ère s’amorce pour ce pays d’Amérique du Sud.

(Aline Timbert)