L’Union européenne regrette la décision prise par le président bolivien Evo Morales, le 1er mai dernier, d’expulser de son territoire l’Agence des États-Unis pour le développement international (Usaid ou United States Agency for International Development) sous le prétexte que celle-ci conspire contre le gouvernement en place.

« C’est évident que nous regrettons cette décision, car les États-Unis constituent un partenaire privilégié pour l’Union européenne », a déclaré le chargé des affaires de l’Union européenne en Bolivie, Alain Bothorel, aux journalistes après la commémoration de la journée de l’Europe. Le diplomate a souligné que les États-Unis et l’Union européenne sont de bons partenaires et les Européens ont toujours eu « un rôle complémentaire avec l’Usaid » en matière de coopération dans le monde.

« Nous regrettons de nous retrouver un peu isolés en ce qui concerne la coopération en Bolivie. Ce qui a été réalisé par l’Usaid a été bénéfique au peuple bolivien et nous ne pourrons pas remplacer ce qui a été fait par l’Usaid, ceci ne figure pas dans notre plan de coopération », a-t-il ajouté.

Evo Morales
Evo Morales

Le chef de l’État bolivien avait déjà renvoyé en 2008 l’ambassadeur américain Philip Goldberg, et l’Agence antidrogue américaine (DEA) en prétextant une intromission des États-Unis dans les affaires boliviennes, les États-Unis avaient alors répliqué à leur tour en expulsant l’ambassadeur bolivien Gustavo Guzmán. Le gouvernement bolivien a notifié clairement et officiellement au chargé des affaires de l’ambassade américaine, Larry Memmott, que l’Agence devrait quitter le pays, même si pour le moment les délais ne sont pas fixés.

Pendant les 50 années passées sur le territoire bolivien, l’Usaid a investi près de 2 000 millions de dollars en collaborant avec le gouvernement dans divers secteurs, selon des chiffres donnés par l’agence nord-américaine, essentiellement dans les domaines de la santé et de la protection environnementale. Selon un rapport de l’Agence, des actions concrètes ont été menées en faveur de la protection de l’environnement et de la gestion des ressources naturelles. Parmi ces plans d’action, un projet mené autour du lac Titicaca où l’Usaid a travaillé à la réduction de la contamination en favorisant des sources de revenus (en accord avec le respect écologique comme l’agriculture durable) aux habitants locaux. C’est aussi dans la région du Chaco que l’Agence a mis en place un des mesures de protection de la forêt tout en fournissant à la population de l’eau.

bolivie10052013-1Le président a accusé le 1er mai l’Agence de « conspiration », « Nous avons décidé d’expulser l’Usaid de Bolivie. L’Usaid s’en va de Bolivie », a affirmé le président durant son traditionnel discours prononcé depuis la place d’armes de La Paz à l’occasion de la fête du Travail ajoutant que l’agence ne servait pas des « intérêts sociaux, mais politiques » et que « plus jamais l’USAID ne manipulera nos compagnons en leur donnant des aumônes ». Les États-Unis se sont dits surpris par cette décision et rejette en bloc « ces accusations sans fondement », comme a tenu à le souligner le porte-parole du département d’État Patrick Ventrell. Il a également souligné que cette mesure témoignait d’un manque d’intérêt de La Paz pour maintenir une relation « de respect mutuel » avec Washington.

Dans son discours Evo Morales a également critiqué le secrétaire d’État américain, John Kerry, pour avoir déclaré que l’Amérique latine « était l’ arrière cour des États-Unis ». Il a ajouté « nous voulons une relation d’égal à égal, nous sommes un petit pays, mais nous méritons le respect ».

La ministre de la Communication, Amanda Dávila, n’a pas hésité à déclarer que l’Usaid faisait preuve d’ingérence politique en payant les citoyens boliviens pour tenter de déstabiliser le gouvernement d’Evo Morales. « Avec moins d’argent, nous sommes en train de sortir de la pauvreté en venant en aide aux plus démunis, que s’est-il passé avec ces 2000 millions de dollars, c’est la question que nous posons », a conclu la ministre de la Communication.

Patrick Ventrell
Patrick Ventrell

Patrick Ventrell a souligné de son côté que les principales victimes de cette décision seront les Boliviens et a assuré que toutes les actions menées sur le territoire ont toujours été prises en accord avec le gouvernement bolivien selon son Plan national de développement.

Le gouvernement de Morales a menacé à diverses reprises d’expulsion l’Usaid, l’accusant de financer des organisations qui s’opposent à sa politique, parmi lesquelles des O.N.G. de défense des peuples indigènes d’Amazonie qui s’oppose à une route que les autorités souhaiteraient construire au sein du parc national Isiboro Sécure (TIPNIS), une importante réserve naturelle située au coeur du pays.

Le soulèvement provoqué par ce projet d’infrastructure routière a lourdement entaché le mandat de Morales, ce dernier a vu ses principaux soutiens, à savoir les communautés natives, s’opposer fermement, et sans rompre à sa politique. Sa cote de popularité est en baisse, et il s’agit donc de regagner ses galons de leader charismatique auprès de sa base électorale.

Pour le professeur de l’université publique de La Paz, Jimena Costa, Morales tente avec ce discours antiaméricaniste. « de récupérer son image et repositionner son discours anti-impérialiste après la mort du leader vénézuélien Hugo Chávez », en reprenant une thématique chère au coeur du président défunt, « la conspiration des États-Unis » pour déstabiliser les régimes de gauche radicale de l’Amérique latine.

Evo Morales, l’ancien syndicaliste des cultivateurs de coca est en prise avec le pays de l’Oncle Sam depuis son arrivée au pouvoir en 2006.

(Aline Timbert)