Le Pérou est désormais le premier producteur mondial de feuilles de coca, se plaçant ainsi devant la Colombie, c’est ce qu’indique le dernier rapport Monitoreo de Cultivos de Coca 2012 dévoilé, mardi 24 septembre, par l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime.

Cependant, pour la première fois en sept ans, le Pérou est parvenu à réduire sa superficie dédiée à la culture de la coca (cette feuille de la famille des Érythroxylacées emblématique des Andes), dont une partie est consacrée à l’utilisation et à la consommation traditionnelles de la feuille, tandis qu’une grande majorité alimente le marché illégal du trafic de drogue.

perou2709213-1Depuis 2012, le Pérou arrive en tête des pays producteurs au niveau mondial bien que l’année dernière les surfaces cultivables produisant la coca aient été réduites de 3,4 %, en 2011 elles représentaient 62 500 ha contre 60 400 en 2012. La Colombie a réussi sur cette même période à réduire sa superficie totale de production de coca de 25 % (48 000 ha enregistrés aujourd’hui contre 64 000). La dernière fois que le Pérou a été identifié comme le premier producteur de coca au monde, ce fut dans les années 90 « Eux (les Colombiens) bénéficient de 6 milliards de dollars du Plan contre les drogues », a déclaré la responsable de l’agence d’État contre les stupéfiants au Pérou( Comisión Nacional para el Desarrollo y Vida sin Drogas), Carmen Masías, pour expliquer l’actuelle situation du Pérou, une forte aide financière étant apportée par les États-Unis au voisin colombien.

De son côté, le Pérou a reçu une aide économique de 55,3 millions de dollars émanant des États-Unis pour la lutte contre les narcotrafiquants, ce qui implique des campagnes d’éradication des champs de culture, mais aussi un soutien plus important aux autorités policières et judiciaires du pays pour mener à bien sa chasse aux trafiquants.

Carmen Masías
Carmen Masías

L’ONU salue l’engagement du Pérou à lutter contre la culture illégale de la coca

L’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime a tenu à insister sur le fait que le Pérou est parvenu à réduire sa surface de coca cultivable pour la première fois depuis 2005, « nous sommes optimistes, c’est la première fois en plus de cinq ans que l’on obtient une réduction nette », a affirmé Masías tout en précisant « nous sommes en train d’atteindre les objectifs, ces résultats, ces succès ne sont pas le fruit du hasard, mais les conséquences d’une stratégie ».

Ce rapport de l’ONU a été établi à base d’images satellites, de survols réalisés avec le soutien des forces aériennes péruviennes, de visites sur le terrain. Les autorités péruviennes s’attendent encore à une diminution significative des surfaces de coca sur leur territoire avec les efforts menés dans la région de la vallée de Monzón, dans la selva centrale. Au Pérou, 9000 ha de coca sont dédiés à la plantation légale et reconnus par l’État, les feuilles étant consommées de façon traditionnelle par les populations locales, on estime donc que le surplus fournit les réseaux mafieux des trafiquants de drogue, soit 86 % de la production totale qui part sur le marché illégal.

zone du Vraem
zone du Vraem

La vallée située entre les fleuves Apurímac, Ene, et Mantaro (Vraem), zone qui a vu fleurir les terroristes du groupe « le Sentier lumineux » concentre à elle seule 56 % de la production de la feuille de coca. Le rendement par hectare est le plus important au niveau national avec une production estimée à 3,6 t métriques, pour le moment aucune campagne d’éradication n’a été envisagée, toutefois Carmen Masías a annoncé qu’une intervention serait envisagée prochainement.

La zone frontière entre le Pérou, la Colombie et le Brésil est sous haute surveillance

Le rapport officiel fait mention d’une augmentation des cultures dans la région de Bajo Amazonas, à la frontière entre le Brésil et la Colombie « cette situation s’explique en principalement par sa situation géographique frontalière, elle est proche des villes de Leticia en Colombie et Tabatinga au Brésil, ce qui garantit et facilite l’approvisionnement des produits chimiques nécessaires et l’exportation des dérivés obtenus ». Même si la consommation de drogues dérivées de la coca a chuté aux États-Unis, le pays reste le principal partenaire des autorités péruviennes pour mener à bien des politiques de répression, mais aussi de développement alternatif sur place, 73 millions de dollars ont été investis par le gouvernement nord-américain.Le gouvernement brésilien, soutenu par des entreprises privées, a également apporté un soutien financier au Pérou, par ailleurs des opérations de police conjointes ont lieu à la frontière  « nous ne pouvons pas donner de détails, mais nous utilisons mutuellement des héliports », a souligné Masías, durant la présentation du document de l’ONUDC.

perou2709213-2La fonctionnaire a également souligné que le Brésil est le second pays consommateur de cocaïne au monde. Il y a quelques semaines, une opération conjointe menée par les forces aériennes péruviennes  et brésiliennes a permis la destruction de 43 laboratoires clandestins dans la zone de Trapecio, où confluent les frontières du Pérou, de la Colombie, du Brésil. Masías a, par ailleurs, insisté sur le fait que le gouvernement péruvien a pour la première fois dans son histoire débloqué 240,8 millions de dollars pour lutter contre le trafic de drogue « c’est réellement un fait inédit », une somme qui a permis de mettre sur pied des opérations de destruction des champs illégaux, « une tâche qui n’est plus seulement confiée à la coopération étrangère ».

L’ONUDC a pour objectif de détruire 22 000 hectares en 2013. Selon les Nations unies, la production de cocaïne en Colombie a été estimée en 2012 à 309 t, les derniers chiffres officiels du côté péruvien datent de 2008 et faisaient état de 302 t.

Pour rappel, la feuille de coca est utilisée depuis des siècles dans les régions andines, bien avant la Conquête espagnole elle accompagnait les rituels, puis pendant la colonisation sa consommation s’est répandue parmi les mineurs, en effet la feuille est réputée pour posséder des vertus énergisantes et coupe-faim. Elle permettait donc d’affronter d’éprouvantes conditions de travail. À ce titre, même l’Église catholique n’a pas pu interdire la consommation de la « feuille diabolique ». Aujourd’hui de nombreuses communautés mastiquent la feuille à son état naturel en raison de ses vertus toniques qui permet de lutter contre la fatigue, le mal des montagnes (appelé « soroche »), et la sensation de faim, un usage largement apprécié parmi les populations les plus démunies évoluant en altitude.

Forte de cette tradition,  la Bolivie, voisine du Pérou, est même parvenue, non sans mal,  à ce que soit dépénalisée début 2013 la pratique de la mastication ancestrale de la feuille de coca avec le soutien de 169 pays sur les 183 qui intègrent la Convention unique sur les stupéfiants de l’Organisation des Nations unies .

La coca n’est pas la cocaïne, même si elle constitue l’élément de base à son élaboration. La coca doit subir de multiples transformations chimiques pour devenir de la cocaïne, tout d’abord les feuilles de coca sont trempées dans du kérosène pendant 3 jours en les piétinant régulièrement, puis ce mélange est incorporé à de la chaux, ce qui donne « la pâte base », mais le processus ne s’arrête pas là puisque 41 produits chimiques sont ajoutés parmi lesquels de l’acide, de l’éther, de l’acétone, du permanganate de potassium… 250 kg de feuilles de coca fournissent environ 1 kg de « pâte base ».

(Aline Timbert)