L’inflation au Venezuela s’est encore accélérée au mois de septembre, une augmentation évaluée à 4,4 % (3 % au mois d’août et en comparaison 1,6 % en septembre 2012), alors que sur l’ensemble de ces douze derniers mois l’inflation a été estimée par les spécialistes à 49,4 %, des chiffres inquiétants qui ont été publiés par la Banque centrale. Ce pays d’Amérique du Sud présente ainsi l’un des taux d’inflation les plus importants au monde et devance largement ses voisins latino-américains.

L’augmentation du prix des aliments est une préoccupation majeure, elle a atteint 70 % ces 12 derniers mois, outre la flambée des prix, certains produits deviennent quasiment impossibles à dénicher sur le territoire, la pénurie devenant une constante avec laquelle la population apprend à composer au quotidien. Au début du mois de juin, le Venezuela a fait parler de lui à travers le monde en raison de la pénurie de papier toilette qui a frappé ses habitants, ces derniers se ruant dans les magasins à la recherche des précieux rouleaux de papier hygiénique !

venezuela18102013-1De nombreux produits de base font actuellement défaut au Venezuela (lait en poudre, sucre, huile…), deux facteurs expliquent situation, tout d’abord le contrôle des prix qui affectent la rentabilité des entreprises et par conséquent la production, mais aussi l’offre de devises pour les importations du secteur privé qui est en chute libre.

Le Fonds monétaire international a tiré la sonnette d’alarme par la voix d’Adrienne Cheasty, sous-directrice du FMI pour l’Amérique qui a déclaré que la situation économique vénézuélienne était « difficile » et « probablement intenable ». Le directeur de ce département du FMI, Alejandro Werner, a également décrit un panorama sombre pour l’économie du pays d’Amérique du Sud « Nous voyons que les déséquilibres macroéconomiques deviennent de plus en plus importants au Venezuela, les chiffres de l’inflation ont grimpé de manière significative, alors que les pénuries et les goulots d’étranglement* au niveau de la production ont empiré » ajoutant « la situation est chaque jour un peu plus compliquée et un ajustement significatif sera nécessaire parce que, ce qui a été fait jusqu’à présent n’est pas suffisant ».

venezuela18102013-2Pour calmer les esprits, le gouvernement vénézuélien a annoncé qu’il mettra aux enchères 100 millions de dollars par semaine grâce au système complémentaire de gestion des devises pour lutter contre la pénurie du billet vert sur place, mais il n’a pas révélé à quel prix sera remis le billet vert.

Le ministre du Pétrole et des Mines, Rafael Ramírez, a précisé que les importations en provenance des pays voisins comme l’Argentine, la Colombie et l’Uruguay allaient s’intensifier pour faire face aux problèmes d’approvisionnement. Le gouvernement vient même de signer un accord avec la Colombie pour importer 600 millions de dollars de nourriture, payés en bons pétrolier (Petróleos de Venezuela S.A.) via le Fondo Nacional para el Desarrollo Endógen.

Cette situation économique donne lieu à une crise politique sans précédent marquée par des affrontements ouverts entre les différents secteurs du gouvernement. Le ministre des Finances, Nelson Merentes, est favorable à une plus grande flexibilité quant à l’accès aux devises tout en souhaitant la mise en place d’un système qui accorde davantage de libertés aux chefs d’entreprise en ce qui concerne les importations, une façon de mettre fin au marché du dollar parallèle qui coûte sept fois plus cher que l’officiel. « On l’appelle le dollar parallèle. C’est ce qui perturbe et suscite les anxiétés de la société vénézuélienne », a-t-il déclaré.

Le ministre de la Planification, Jorge Giordani, s’oppose à cette méthode et propose comme solution l’approfondissement de la voie choisie par le chavisme (modèle politique, économique et social défendu par Hugo Chavez), c’est-à-dire la régularisation des importations, l’assignation arbitraire de devises à des prix préférentiels.

venezuela18102013-4Les autorités du pays suivent une politique de strict contrôle des changes avec un taux de change officiel de 6,30 bolivars pour un dollar. Mais c’est très compliqué d’obtenir des dollars sur le marché officiel ce qui provoque son envolée sur le marché parallèle où il atteint jusqu’à six fois plus.

Le gros des devises est géré par la Caisse d’administration des devises (Cadivi) qui octroie des dollars au taux officiel. En mars, le Système complémentaire d’acquisition de devises (Sicad) a été créé pour tenter de désamorcer le marché noir. Le président de la Banque centrale du Venezuela, Eudomar Tovar, a signalé, le 16 octobre, que les devises proposées par la Cadivi et le Sicad sont « suffisantes pour l’économie vénézuélienne ». Sur son compte officiel Twitter, il a posté le message suivant « Tous les secteurs honnêtes et patriotes doivent prendre part à la bataille pour #Renverser le dollar parallèle. Pour notre Pays, pour notre Patrie. Nous vaincrons ».

Le Venezuela pratique un contrôle des changes et un taux de change fixe vis-à-vis du dollar américain. Un marché parallèle du change est très développé malgré les efforts pour le contenir, la différence entre le cours officiel et le cours parallèle est généralement importante. Les fluctuations peuvent être vives à certaines périodes, ce qui est le cas actuellement. Neuvième producteur de brut mondial, le Venezuela est soumis à un strict contrôle des changes depuis 2003.

Nicolas Maduro
Nicolas Maduro

Depuis qu’il est arrivé au pouvoir au mois d’avril 2012 lors d’un scrutin serré et largement contesté par l’opposition (avec 50,62 % des voix), le président de la République du Venezuela, Nicolas Maduro, fait face à une pénurie de dollars qui freinent les importations vitales sur le territoire et génèrent un sérieux problème d’approvisionnement dans un contexte de faible croissance et d’inflation record (après une dévaluation de la monnaie en début d’année). Le chef de l’État accuse l’opposition politique de fomenter une « véritable guerre économique » pour tenter de renverser son gouvernement.

De son côté, le leader de l’opposition, Henrique Capriles, a affirmé en début de semaine lors d’une visite à Mérida qu’il réfutait totalement les arguments avancés par le président concernant une supposée « guerre économique ». Henrique Capriles a parlé de son côté d’une « économie de guerre » précisant que « la pénurie, l’inflation, la dévaluation du Bolivar, et la destruction de la production » constituait un problème critique qui ne fait que s’aggraver au fil du temps. Il a également fait part du mécontentement général qui gagne le pays en pointant du doigt un modèle économique qui ne fonctionne pas et qui est profondément gangrené par la corruption.

Le manque de certains produits est un problème chronique au Vénézuélien, l’économie est essentiellement basée sur les importations et les capacités productives sont limitées. L’économie est totalement enclavée dans la production pétrolière. Ces 14 dernières années, les politiques révolutionnaires hostiles au secteur privé ont fait de la nation sud-américaine un pays chaque jour un peu plus dépendant de sa rente pétrolière, des bénéfices utilisés pour importer une grande quantité de denrées qui préalablement étaient produites en interne.

*Un goulot d’étranglement est un point d’un système limitant les performances globales d’un flux de production d’une entreprise.

(Aline Timbert)