Le gouvernement du Nicaragua a déclaré, jeudi 24 octobre, l’alerte rouge sanitaire pour faire face à l’épidémie de dengue qui touche ce pays d’Amérique centrale. 13 morts sont d’ores déjà à déplorer sur le territoire et près de 5000 personnes ont été infectées par le virus transmis par le moustique « Aedes Aegypti ». Lors d’un acte officiel qui a eu lieu à Managua, la porte-parole du gouvernement, Rosario Murillo, et la ministre de la Santé, Sonia Castro, ont informé la population que l’alerte rouge sanitaire était déclenchée en accord avec l’Organisation panaméricaine de la santé ou OPS, les autorités soulignant « l’agressivité » du virus.

Rosario Murillo a déclaré « nous ne pouvons pas continuer à affronter l’épidémie dans un contexte de situation normale, nous devons l’appréhender et l’affronter comme une situation de catastrophe majeure ». À ce jour, 57 personnes frappées par la dengue sont hospitalisées dans un état critique, un chiffre communiqué par les autorités de santé, tandis que le nombre de patients atteints par le virus a été estimé à 5000. Le secrétaire au système national de prévention et de gestion des catastrophes (Sinapred), Guillermo González, a reconnu qu’il n’y avait pas de  » contrôle sur le vecteur (moustique), ce qui place la population en situation de risque de façon générale ».

nicaragua28102013-1L’alerte rouge implique la mise en place d’une série de mesures pour la « préservation de la vie » avec une mobilisation massive du personnel de santé et la mise en place de brigades communautaires. Ces dernières ont pour objectif de détecter le plus tôt possible les cas suspects de dengue (via la méthode du porte à porte) et permettre ainsi aux personnes atteintes du virus d’être prises en charge médicalement le plus vite possible, ce qui augmente leurs chances de guérison.
Depuis vendredi, 5000 intervenants de santé ont été dépêchés dans les 7 districts qui composent la capitale (1500 cas ont été recensés à Managua, un important foyer de la dengue) pour entreprendre des actions de fumigation, de distribution de larvicides anti-moustiques, mais aussi pour mettre en place des opérations de nettoyage des zones potentiellement contaminées. Le moustique incriminé a pour habitude de se développer sur des surfaces d’eau stagnante comme des pots de fleurs ou encore des réserves d’eau de pluie.

La dengue se transmet par la piqûre du moustique Aedes Aegypti et provoque une forte fièvre, des maux de tête et des douleurs articulaires et dans sa forme hémorragique, les conséquences peuvent être mortelles. L’aggravation du syndrome hémorragique (une hépatomégalie), généralement, pour les enfants de moins de 15 ans, conduit vers un choc cardio-vasculaire souvent mortel.
La meilleure des préventions consiste donc à éradiquer les foyers pouvant favoriser la reproduction des larves de moustiques en évitant de laisser de l’eau stagnante et en fuyant les atmosphères humides au maximum. L’ utilisation de répulsifs sur la peau et les vêtements est vivement conseillée de même que l’épandage d’ insecticides dans des zones à forte concentration du moustique vecteur de la maladie.

Actuellement, la dengue fait rage dans toute l’Amérique centrale, une forme du virus particulièrement virulente a été détectée cette année, le sérotype 2, comme l’a expliqué la représentante de l’organisation un américain de la santé au Nicaragua, Socorro Gross. La fonctionnaire s’est toutefois montrée rassurante en expliquant que la fin de la saison pluvieuse approchait (juin-octobre) et que cela devrait donc induire une baisse de l’incidence de la dengue. Cependant, elle appelle toujours un maximum de vigilance, que ce soit au Nicaragua, mais aussi au Honduras et au Costa Rica qui a vu son nombre de personnes atteintes par le virus croître de façon considérable cette année. Au Honduras, la dengue a fait 27 morts, tandis que 32 000 personnes ont été frappées par la maladie. Le Costa Rica a enregistré une seule victime mortelle, mais ce sont près de 50 000 personnes qui ont été affectées (un taux record pour ces dernières années). Le Guatemala et le Salvador enregistrent trois décès et plus de 16 000 malades, le Panama est un peu moins touché avec 741 cas de contagion signalés.

nicaragua28102013-2La dengue est une maladie endémique en Amérique centrale, son pic le plus haut est atteint au mois d’octobre, cela correspond au mois le plus pluvieux dans cette région tropicale, un facteur qui favorise la prolifération des moustiques porteurs de la dengue.

50 personnes ont perdu la vie en Amérique centrale depuis le début de l’épidémie, la fin de la saison humide devrait apporter un peu de répit à la population. Il convient toutefois de signaler qu’il n’y a pas de transmission directe de personne à personne.

La dengue sévit sur un mode endémo-épidémique dans les Caraïbes et sur le continent latino-américain, en Océanie, dans les îles du Pacifique Sud et de l’Océan Indien, en Asie du Sud et du Sud-est, et, à un moindre degré, dans les pays de l’Afrique intertropicale. On recense plus de 70% de la charge de morbidité en Asie du Sud-Est et dans le Pacifique occidental. Il n’y a pas de vaccin contre la dengue.

nicaragua28102013-3L’élaboration d’un vaccin contre la dengue/la dengue sévère s’avère délicate malgré des progrès récents au stade du développement. L’OMS donne des avis techniques et des orientations aux pays et aux partenaires privés pour soutenir la recherche d’un vaccin et l’évaluation. Plusieurs vaccins candidats en sont à divers stades des essais.
Le nombre des cas dans les Amériques, en Asie du Sud-Est et dans le Pacifique occidental a dépassé 1,2 million en 2008 et 2,3 millions en 2010 (des chiffres établis au moyen de données officielles transmises par les États Membres à l’OMS). Récemment, le nombre des cas notifiés a continué de croître.

En 2010, la région des Amériques a enregistré à elle seule 1,6 million de cas, dont 49 000 cas de dengue sévère.

La perspective d’un vaccin constitue donc une planche de salut pour toutes les victimes de ce virus qui peut s’avérer mortel quand il frappe les plus fragiles ou qu’il se manifeste sous sa forme la plus grave.

(Aline Timbert)