En Colombie, 70 % des enfants indigènes souffrent de dénutrition chronique (chez l’enfant, elle entraîne instantanément une cassure dans la courbe de croissance), un enfant sur quatre meurt avant l’âge de six ans faute d’une alimentation suffisante adaptée à ses besoins, à cela s’ajoute un manque flagrant d’assistance médicale. Ce terrible constat a été révélé dans un rapport émis par l’agence PANDI, une O.N.G. spécialisée dans les thèmes relatifs à l’enfance, des chiffres basés sur les statistiques du Dane (le Département administratif national des statistiques) et de l’ONU. Dans ce pays d’Amérique du Sud, environ 5 709 238 individus appartiennent à un groupe ethnique, parmi lesquels 1 392 623 indigènes, ce qui représente 3,4 % de la population totale de Colombie.

colombie08112013-1Au sein de cette population indigène, 40 % sont des enfants et adolescents, le groupe d’âge le plus représenté est celui des 0-4 ans suivi de la tranche d’âge 5-9 ans. Parmi cette population vulnérable, 70 %  des enfants sont confrontés à la dénutrition chronique, un véritable fléau quand on considère qu’au sein de la population non indigène le chiffre, bien qu’encore élevé, tombe à 12 %.
Confrontée à cette triste réalité, la Cour constitutionnelle, l’une des plus grandes instances juridiques du pays, considère que 34 communautés indigènes sur 102 sont menacées de disparition, de son côté l’Organisation nationale indigène de Colombie, ONIC, a identifié 32 autres groupes dont la pérennité n’est plus assurée. 66 communautés d’au moins 500 personnes qui risquent de s’éteindre si rien n’est mis en oeuvre par les autorités pour inverser la tendance.

Les natifs sont, entre autres, victimes d’exclusion sociale, de racisme, de dénutrition, de manque de soins médicaux, de discrimination, mais aussi du déplacement forcé engendré par le conflit armé qui gangrène une partie du territoire depuis plusieurs décennies. Hernán Quintero, qui travaille au centre de prévention et affaires ethniques du programme de migration et de l’enfance de l’organisation internationale des migrations (OIM), a lancé un cri d’alarme affirmant « la situation humanitaire des groupes ethniques est critique, en particulier les indigènes. Les enfants et les femmes sont particulièrement vulnérables avec le temps ».

La situation est vraiment critique, car la population indigène colombienne enregistre l’un des plus hauts taux de mortalité infantile au monde avec une moyenne de 250 décès d’enfants âgés de moins de six ans pour 1000 naissances. Ils périssent de la dénutrition et d’une insuffisance, voire d’une absence totale, de soins médicaux adaptés. La situation est particulièrement inquiétante sur la côte caraïbe, dans la région des Llanos Orientales et au sud du pays

Si 70 % des enfants indigènes souffrent de dénutrition chronique, c’est 63 % de la population totale indigène qui est confronté à une pauvreté structurelle, 47,6 % d’entre eux vivent même en dessous du seuil de pauvreté.

70% des enfants indigènes souffrent de dénutrition chronique

Un manque d’accès aux soins qui peut s’expliquer par l’isolement de certaines communautés, mais aussi par les traditions culturelles des natifs qui se méfient de la médecine occidentale et préfèrent s’en remettre à des médecins chamans et guérisseurs, une pratique qui met en péril la santé des plus fragiles. Parmi les maladies infantiles les plus meurtrières, la varicelle ou encore la pneumonie.

Enfants wounann, département de Choco
Enfants wounann, département de Choco

En 2010, le fonds des Nations unies pour l’enfance, l’Unicef , mentionnait que la dénutrition infantile pour les enfants âgés de 0 à 59 mois dans le département de Chocó atteignait 73 %, c’est-à-dire que 73 enfants sur 100 souffrent d’apports nutritionnels insuffisants pour leur assurer un développement sain. Le directeur du programme présidentiel pour les indigènes en Colombie, Gabriel Muyuy Jacanamejoy, a révélé que près de 550 000 indigènes, toutes catégories d’âges confondus, souffrent de la faim soit 40 % de la population indigène totale. Selon lui, le problème est avant tout lié aux conflits armés, une situation qui provoque une véritable crise alimentaire « la violence contraint les indigènes à rester confinés à leur domicile sans pouvoir chasser ni pécher, dans d’autres cas, ils ne peuvent pas semer leurs champs et la crainte des mines anti-personnels ne leur permette pas de cultiver ». Cette mobilité restreinte induit un manque de ressources alimentaires, une préoccupation constance pour ces populations essentiellement agricoles qui voient leurs conditions de vie se détériorer.

Ce pays d’Amérique du Sud est confronté depuis plusieurs décennies à différents conflits armés qui opposent forces de l’ordre et guérillas d’extrême gauche, groupes paramilitaires d’extrême droite, narcotrafiquants et bandes criminelles organisées. Les négociations actuelles à Cuba entre le gouvernement colombien et les FARC autour du processus de paix pourraient apporter un répit certain aux groupes indigènes, victimes collatérales d’un affrontement violent.

colombie08112013-2Selon le Dane, les déplacements forcés ont poussé près de 121 809 autochtones à quitter leur lieu de résidence pour fuir la guérilla qui oppose les FARC et les forces armées régulières colombiennes, des bouleversements qui ont un impact direct sur le mode de vie des personnes concernées. Les communautés déplacées abandonnent leurs terres de culture, très souvent la principale source de revenus de la famille, souvent ils quittent le milieu rural pour gagner la ville sans véritable perspective d’avenir, où ils perdent leur identité culturelle.

Autre point qui atteste de la marginalisation des natifs, les chiffres de l’analphabétisme. En effet, en Colombie il est en moyenne de 8,4 %, cependant parmi la population indigène ce taux grimpe à 30 %.

Des facteurs multiples qui menacent l’intégrité de ces communautés natives qui luttent au quotidien pour leur survie. La protection des enfants et l’assistance aux plus démunis devraient dès lors devenir une priorité pour les autorités qui mettent en place des programmes d’aide, qui selon les leaders indigènes, sont rarement en adéquation avec la réalité sur le terrain.

Quelques chiffres :

La dénutrition est un état pathologique résultant d’apports nutritionnels insuffisants en regard des dépenses énergétiques de l’ organisme. Lorsque les apports sont inadaptés en plus d’être insuffisants on préfère parler alors de malnutrition.

Le retard de croissance (un indicateur de la dénutrition chronique) entrave le développement de 171 millions d’enfants de moins de 5 ans dans le monde (source OMS)

Près de 115 millions d’enfants dans le monde présentent une insuffisance pondérale (source OMS)

5 millions de personnes souffrent de dénutrition en Colombie (source FAO)

(Aline Timbert)