La candidate de la coalition de gauche (démocrates-chrétiens, divers courants socialistes, et parti communiste compris), Michelle Bachelet, a remporté hier, dimanche 17 novembre, le premier tour des élections présidentielles du Chili en réunissant 46,75 % des suffrages, un bon score qui ne lui permettra pas toutefois d’échapper au second tour, la majorité de 50 % n’ayant pas été obtenue.

Elle affrontera au second tour la candidate de l’Alliance, coalition de droite, Evelyn Matthei, qui a obtenu 25,24 % des votes, un résultat assez médiocre puisque la majorité conservatrice n’a pas obtenu des scores aussi faibles depuis le retour de la démocratie en 1990.

Michelle Bachelet
Michelle Bachelet

Michelle Bachelet, 62 ans, pédiatre de formation, brigue ainsi un deuxième mandat après avoir exercé les fonctions de chef de l’État de 2006 à 2010. En effet, elle n’avait pas pu se représenter puisque la Constitution interdit deux mandats consécutifs, mais elle a été officiellement intronisée comme candidate des partis de gauche, « Nouvelle majorité », en avril 2013 pour remporter la présidentielle de cette fin d’année.

L’ancienne présidente de la République du Chili a su mobiliser les mécontents du gouvernement sortant de Sebastián Piñera, qui a cristallisé de nombreuses tensions sociales dans le pays, des mobilisations massives et radicales d’étudiants exigeant de profonds changements dans l’éducation publique ont particulièrement émaillé son mandat. Cependant, la division somme toute profonde du pays n’a pas permis à un candidat de s’imposer dès le premier tour des élections, neuf candidats étaient en lice, mais avec une telle avance cela devrait être une formalité pour Michelel Bachelet de remporter haut la main le second tour.

La candidate socialiste souhaite laisser une empreinte dans l’histoire du Chili en corrigeant les inégalités de ce pays, plus grand exportateur de cuivre au monde, en instaurant de profondes réformes dans le système éducatif, mais aussi dans le domaine de la fiscalité. Le programme de cette dernière qui, jusqu’au mois de mars dernier, dirigeait l’agence de l’ONU Femmes, organisme des Nations Unies qui défend les droits des femmes dans le monde, s’appuie sur une meilleure redistribution des richesses engendrées par ce territoire d’Amérique du Sud qui engrange des millions grâce aux ressources naturelles.

Evelyn Matthei
Evelyn Matthei

Sa rivale de droite, Evelyn Matthei, ingénieur de profession, fille d’un général officiant durant la dictature de Pinochet, s’est lancé dans la bataille tardivement et n’a réussi à convaincre les électeurs, la faible popularité du président sortant Piñera ne l’a pas aidée. Bachelet s’est imposé dans 15 régions du Chili, dans neuf d’entre elles a même obtenu une majorité absolue. Elle a particulièrement séduit l’électorat de la région de Biobío, une zone secouée fortement par le tremblement de terre du 27 février 2010. Sa rivale de droite a, quant à elle, réalisé un très bon score dans la région du sud d’Araucanía, un endroit connu pour abriter le conflit Mapuche.

Outre ses grands projets sociaux, Michelle Bachelet, dont le père a été torturé sous la dictature militaire, a promis une grande réforme de la Constitution pour changer le système électoral mis en place durant la dictature de Pinochet, des modalités qui compliquent l’obtention d’une majorité représentative au Congrès et qui ne permet pas de gouverner avec fluidité et efficacité.

Devant les résultats obtenus hier soir, la candidate arrivée en tête du premier tour a déclaré, « nous savions que le défi de gagner au premier tour serait complexe, nous avons fait tous les efforts possibles et nous étions près de la réussite, nous avons gagné ce soir et nous travaillons pour gagner largement au mois de décembre », ajoutant « durant cette campagne nous avons avancé vers la victoire et nous aurons une victoire décisive en décembre, ce large plébiscite renforce la certitude selon laquelle Chili peut réaliser les transformations pour devenir une meilleure patrie. Aujourd’hui, les Chiliens ont voté pour une éducation de qualité gratuite et ont voté pour une réforme du système fiscal ».

chili18112013-3Hier, les Chiliens se sont rendus aux urnes pour choisir leur futur président de la République, mais aussi leurs députés (120 sièges à renouveler) et sénateurs (20 sièges sur 38).

Après avoir eu connaissance des résultats du premier tour, le président de la République chilien, Sebastian Piñera, a tenu à affirmer que le gouvernement assurerait un second tour « propre et sans interventionnisme ». Le chef de l’État a également regretté la faible participation des électeurs chiliens au scrutin affirmant « nous aurions aimé avoir une plus grande participation. Un peu plus de 6 millions de Chiliens ont voté, 56 % ont participé et 44 % ne l’ont pas fait. Plus forte est la participation, plus légitime est notre démocratie ». L’actuel chef de l’État, qui a abandonnera La Moneda (le siège de la présidence chilienne) au mois de mars 2014, a tenu à rappeler « si le vote du Chili est volontaire, c’est afin que les Chiliens votent par conviction et non par crainte d’avoir une amende, ce qui est certain c’est que la liberté est toujours associée à une responsabilité ».

C’est donc un duel de femmes inédit et historique qui attend les électeurs de ce pays d’Amérique du Sud au mois de décembre, même si l’avance plus que confortable de Michelle Bachelet laisse peu de place au doute quant au nom de la future présidente de la République.

Le second tour des élections présidentielles chiliennes se tiendra le 15 décembre.

(Aline Timbert)