L’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC), qui est à la tête de la lutte mondiale contre les drogues illicites et la criminalité internationale, a affirmé, mercredi 11 décembre, que l’Uruguay « a violé les traités internationaux » en légalisant la production, la vente, et la consommation de marijuana sur son territoire. L’organisme dénonce le fait que le pays « n’a pas pris en compte les répercussions de cette consommation sur la santé ». Dans un communiqué, l’UNODC rappelle que l’Uruguay est membre de la Convention sur les stupéfiants de 1961 qui limite la consommation de cannabis à des fins médicales et scientifiques. Dans cette optique, l’UNODC regrette le choix de l’Uruguay de légaliser le recours à la marijuana sans condition tout en réaffirmant les dangers de sa consommation.

« La décision du législateur uruguayen ne prend pas en compte ses impacts négatifs sur la santé », a estimé le président de l’OICS (Organe International de Contrôle des Stupéfiants), Raymond Yans, rappelant que la convention de 1961 a pour objectif « de protéger la santé et le bien-être de l’humanité » précisant que « le cannabis est  non seulement addictif, mais qu’il peut aussi affecter certaines fonctions fondamentales du cerveau ».

uruguay12122013-1L’UNODC réaffirme que « fumer de la marijuana est plus cancérigène que fumer du tabac » et met en garde la jeunesse sur les méfaits de cette drogue « la loi uruguayenne ne protégera pas les jeunes, mais aura un effet pervers en poussant les jeunes à essayer de fumer de plus en plus tôt, une pratique qui accroît les problèmes de développement, d’addiction et d’autres troubles ».

L’Uruguay a voté une loi unique au monde qui permet à l’État uruguayen de gérer la culture et la vente du cannabis récréatif, c’est-à-dire à des fins non médicales, repoussant ainsi les limites des expériences menées dans les États américains du Colorado et de Washington, aux Pays-Bas, ou encore en Espagne, qui permettent une consommation maîtrisée dans un cadre privé.

Aux États-Unis, la prescription ou la recommandation de marijuana est autorisée dans 13 États, comme la Californie. Les Cannabis Clubs sont réglementés et licenciés par les autorités fédérales, ces clubs qui ont pignon sur rue sont les seuls endroits où le cannabis médical est autorisé à la vente, la consommation peut se faire sur place ou bien à domicile. Par le référendum du 4 novembre 2008, le Massachusetts a dépénalisé la marijuana, et le Michigan en a autorisé une utilisation médicale.

Le Sénat uruguayen s’est prononcé en faveur du texte proposé par le gouvernement après douze heures de discussions. La loi a été approuvée par 16 voix sur 29, les députés avaient déjà validé la proposition en juillet. Si la constitutionnalité de la loi est confirmée, et après signatures des décrets d’application, elle devrait être effective à partir du mois d’avril 2014.

Le président de l’Uruguay, José Mujica, a souligné qu’il s’agissait de « trouver de nouveaux chemins » pour combattre le trafic de drogue et l’addiction.

« Nous souhaitons essayer d’autres chemins, cela ne signifie pas renforcer l’addiction. L’approbation suppose l’ouverture de nouvelles portes pour soutenir des discussions qui n’ont pas encore été abordées dans le monde. Combattre la dépendance au moyen de l’éducation, en identifiant les consommateurs et ceux susceptibles de dévier ». Il a ajouté « nous somme conscient de la gravité de la toxicomanie. Mais nous ne pouvons pas conserver cette mentalité qui consiste à cacher la misère alors que ce trafic lucratif profite aux narcotrafiquants, en plus de la violence et des victimes de règlements de comptes liés au trafic de drogue ». Le chef de l’État a reconnu les difficultés de son gouvernement à enrayer le trafic de drogue, c’est pourquoi il souhaite donner une chance à cette nouvelle alternative, alors que les autorités ont pu constater l’échec d’une politique purement répressive.

José Mujica
José Mujica

40% de la population uruguayenne est favorable à la loi

Il a tenté de convaincre les plus sceptiques en rappelant les avancées de l’Uruguay en matière sociale et en incitant tous les secteurs de la société à soutenir cette loi qui a pour seul but « de libérer les futures générations de ce fléau », n’hésitant pas à qualifier son initiative « de cause nationale ».

Fervent défenseur de l’adoption de la loi en faveur de la légalisation du cannabis, le président José Mujica ne cesse de marteler sa volonté de combattre le trafic de drogue en imposant un contrôle de l’État, un projet qui ne fait pas l’unanimité puisque près de 60 % des Uruguayens y sont opposés.

M. Mujica a affirmé sa volonté de « ne pas laisser ce marché aux narcotrafiquants. Il ne s’agit pas d’une défense de la marijuana. Aucune addiction n’est bonne. Ce que je crains le plus, c’est ce qui vient. Et ce qui vient, ce sont les drogues synthétiques, celles qui sont fabriquées en laboratoires ».

L’OEA ne veut pas généraliser ce processus de légalisation dans la région

uruguay12122013-3La loi uruguayenne prévoit trois façons légales d’avoir accès au cannabis pour les citoyens de plus de 18 ans : l’autoculture (six plans autorisés par personne et pas plus de 480 g maximum par récolte ), la culture dans des clubs de consommateurs (45 membres au maximum par établissement) et la vente dans les pharmacies homologuées par l’État (40 grammes maximum par mois ). Tous les consommateurs devront être répertoriés dans un registre sous l’autorité de l’État.

Le gouvernement de l’Uruguay a déclaré, le 21 novembre, vouloir légaliser une marijuana « ultra légère », beaucoup moins addictive que celle actuellement disponible sur marché, elle serait alors quatre fois moins puissante que celle consommée actuellement. Le Conseil national des drogues de l’Uruguay prévoit la disponibilité de quatre ou cinq variétés de cannabis à un prix public d’un dollar par gramme.

Le Conseil national des drogues estime qu’au Paraguay il y a 120 000 consommateurs de marijuana (dans un pays de 3,3 millions d’habitants), mais les associations de consommateurs estiment de leur côté que le chiffre est plus proche de 200 000.

Cette décision ne fait pas l’unanimité en Amérique du Sud, un territoire gangréné par le narcotrafic, la ministre bolivienne à la Communication, Amanda Dávila, a assuré que le gouvernement d’Evo Morales ne légalisera pas l’usage du cannabis ou encore de la cocaïne, et a déclaré que la lutte contre le narcotrafic était plus que jamais une priorité. Le ministre des Affaires étrangères vénézuélien Elías Jaua a souligné de son côté que la décision uruguayenne « est audacieuse et novatrice ».

La grande majorité des pays membres de l’Organisation des États américains (OEA) ont écarté la possibilité ce mercredi de suivre les traces de l’Uruguay en légalisant la production et la consommation de la marijuana.uruguay12122013-2

« L’Uruguay a opté pour cette alternative, mais ce n’est pas une position régionale », a affirmé Celso Gamboa, le président sortant de la Commission interaméricaine pour le contrôle des drogues (CICAD) de l’OEA ajoutant « la légalisation des drogues n’est pas une alternative viable ». Toutefois, ce dernier a tempéré ses propos en qualifiant de « respectable » l’option envisagée par l’Uruguay pour freiner le trafic de drogue illégal.

(Aline Timbert)