Des centaines de milliers de fidèles ont célébré jeudi dernier (12 décembre) la Vierge de Guadalupe au Mexique au sein de la sublime basilique de la ville de Mexico pour le 482e anniversaire de son apparition à l’indigène Juan Diego. Selon des chiffres émis par les autorités du District Fédéral, ce sont près 7 millions de fidèles qui ont pris le chemin de la basilique de Guadalupe entre mardi 10 décembre et jeudi 12 décembre.

Notre-Dame de Guadalupe ou Vierge de Guadalupe (en espagnol « Virgen de Guadalupe ») est le nom donné à la Vierge Marie lors de son apparition à un natif au 16e siècle, et plus précisément en l’an 1531. C’est une figure catholique très célèbre sur le continent américain, elle est à ce titre considérée comme la Sainte Patronne du Mexique. Avec plus de 20 millions de pèlerins chaque année, la basilique dédiée à la Virgen est le monument catholique le plus visité après la cité du Vatican.

Elle est vénérée dans de nombreux foyers, plus spécialement chaque 12 décembre, et plusieurs millions de pèlerins se rendent tous les ans à la Basilique Notre-Dame de Guadalupe de Mexico. Au début du 18e siècle, elle fut érigée sur le site de l’ancien sanctuaire, un édifice à quatre tours appelé Basilica de Guadalupe, dont la structure à coupole jaune ne pouvait pas résister à l’assaut des nombreux pèlerins, c’est donc dans les années 1970 qu’on a adjoint à ce lieu une nouvelle Basilica de Nuestra Señora de Guadalupe.

mexique20122013-2La Vierge de Guadalupe peut être considérée d’une manière sociohistorique comme la prolongation catholique de la déesse de la fécondité Tonantzin dans la religion aztèque, une forme évidente de syncrétisme dans ce pays marqué par la Conquête puis par la colonisation espagnole.

« La Lupita », qui n’a pas entendu ce petit surnom familier ou encore vu son effigie maintes fois reproduite dans tous les recoins du Mexique ?

Un peuple entier vibre à son évocation, tant la dévotion pour la « Indita  » est un phénomène majeur qui se confond avec la notion même de Mexique. La Guadalupe est à la fois un symbole de la foi catholique (religion des conquistadors et des colons espagnols) et des cultes précolombiens (ensemble des croyances et des rites pratiqués par les communautés natives avant l’intrusion espagnole en Amérique). Il s’agit de l’intime mélange culturel et ethnique qui a donné naissance à l’identité mexicaine. C’est Juan Diego, indigène converti qui, un matin de 1531, a vu l’apparition de cette vierge l’interpellant sur la colline de Tepeyac, il n’aurait jamais imaginé qu’à cette date prenait source un culte aussi extraordinaire que populaire. L’événement ayant bien entendu donné une sérieuse impulsion à la conversion des « païens » pratiquant l’idolâtrie.

La Vierge métisse allait bientôt être déclarée Patronne de cette Nouvelle-Espagne (en 1737), un pays qui n’a depuis cessé de l’adorer, tandis qu’en 2002 le pape Jean Paul II canonisait Juan Diego. Rappelons dès lors l’origine de cette ferveur : En décembre 1531, Juan Diego aurait aperçu l’image de la Vierge sur le « Cerro Tepeyac », site d’un ancien sanctuaire aztèque, il fait alors part de cette apparition au prêtre du village, mais ce dernier ne le crut pas. Le natif, humble paysan, retourna sur la colline et vit de nouveau son image à trois reprises, la quatrième fois l’image de la Vierge s’imprima sur son manteau, l’Église fut alors convaincue de l’apparition et ce lieu devint sacré.

Basilique Notre-Dame de Guadalupe
Basilique Notre-Dame de Guadalupe

Tous les 12 décembre se déroule en son honneur le rassemblement le plus grandiose du Mexique, aussi fétichiste que catholique. Et, toute l’année, des centaines de milliers de pèlerins viennent l’implorer en sa basilique, un vaste bâtiment rond qui peut accueillir jusqu’à 40 000 fidèles. Jeunes ou anciens, ils se traînent sur des genoux écorchés à travers l’immense parvis, l’espérance abreuvant leur regard. Car, si on vient la voir de très loin, si son image veille avec bienveillance sur les foyers, les automobiles, les instruments de musique et autres, c’est que d’elle dépend l’échec ou le succès. C’est parce que cette petite madone aux yeux tristes et aux mains pourtant si petites reçoit sans compter les craintes et les espoirs de tout un peuple qui n’hésite pas à la solliciter.

L’origine du nom « Guadalupe » est sujette à controverse. Selon un texte du XVIe siècle, la Vierge s’identifie elle-même à Guadalupe quand elle apparaît à l’oncle de Juan Diego, Juan Bernardino. On a aussi suggéré que « Guadalupe » est la déformation d’un nom nahuatl (langue indigène), « Coatlaxopeuh », qu’on a traduit par « qui écrase le serpent ». Dans cette interprétation, le serpent fait référence à Quetzalcoatl, l’un des principaux dieux aztèques, que la Vierge Marie « écrase » en inspirant la conversion du peuple indigène au catholicisme. Cependant, de nombreux historiens pensent que le lieu de pèlerinage de 1533 était dédié à Notre Dame de Guadalupe en Estrémadure, et non à la Vierge mexicaine vénérée de nos jours.

Une théorie veut que la Vierge de Guadalupe ait représenté pour les Aztèques une version christianisée de Tonantzin, un moyen de convertir les Indiens à « la vraie foi ». Comme l’écrit Jacques Lafaye:
« … De même que les Chrétiens ont construit leurs premières églises avec les colonnes des anciens temples, ils ont souvent emprunté les coutumes païennes pour leur propre culte ».

Le pape François
Le pape François

Le Saint-Père a mentionné la fête de Notre-Dame de Guadalupe, Patronne du continent américain en affirmant lors de l’audience générale du 11 décembre « Demain, c’est la fête de Notre Dame de Guadalupe, Patronne des Amériques. Je tiens à saluer tous mes frères et sœurs de ce continent, et je le fais en pensant à la Vierge de Tepeyac.
Quand elle est apparue à saint Juan Diego, la Vierge avait le visage d’une femme métisse et son vêtement était plein de symboles de la culture indigène. Suivant l’exemple de Jésus, Marie se fait proche de ses fils, elle partage les joies et les espérances, les souffrances et les inquiétudes du peuple de Dieu, dont font partie tous les peuples de la Terre.
L’image de la Vierge sur le manteau de Juan Diego fut le signe prophétique d’une étreinte : celle de Marie avec tous les peuples d’Amérique, ceux qui étaient déjà là et ceux qui arriveraient ensuite.
Cette étreinte de Marie montre ce qui a toujours caractérisé l’Amérique : une terre où différents peuples peuvent vivre ensemble, une terre capable de respecter la vie dans toutes ses phases, du sein maternel à la vieillesse, capable d’accueillir les migrants, de même que les pauvres et les marginaux.
Elle est généreuse, l’Amérique !
Ceci est le message de Notre-Dame de Guadalupe et ceci est aussi mon message, le message de l’Église. J’encourage tous les peuples d’Amérique à garder les bras ouverts, comme elle, avec amour et tendresse ! Que la joie de l’Évangile soit toujours dans vos cœurs, que le Seigneur vous bénisse et que la Vierge vous accompagne ! »

(Aline Timbert)