Le ministre des Affaires étrangères bolivien, David Choquehuanca, a appelé ses concitoyens à faire de la résistance en cette fin décembre en ne cédant pas aux sirènes du père Noël. Le politique a d’autres ambitions alors que le 25 décembre approche à grands pas, il souhaite plus que jamais réhabiliter une figure nationale, « Ekeko », un dieu andin porteur de « l’énergie de l’abondance ». Durant un acte protocolaire de fin f’année (en présence des ambassadeurs), le ministre a tenu à souligner que le pays se trouvait en plein processus de « récupération » de ses ressources naturelles, mais aussi de son histoire, de son identité, et de ses « illas », des divinités qui apportent la prospérité au peuple bolivien.

Comme l’a souligné David Choquehuanca, Ekeko représente l’énergie de la prospérité, elle se manifeste dans le pays à partir du 21 décembre, le jour du solstice d’été dans l’hémisphère du sud.

« Nous possédons cette énergie de l’abondance, c’est pourquoi nous n’avons jamais ouvert nos portes au père Noël, jamais, nous avons toujours résisté. C’est parce que nous ne lui avons jamais ouvert les portes qu’il entre par la cheminée (…) Cependant, nous avons toujours gardé les portes ouvertes pour notre Ekeko ». Il a ajouté « le père Noël n’est pas ici (au ministère des Affaires étrangères) car nous n’avons pas de cheminée, ici c’est Ekeko, l’énergie de l’abondance ».

 David Choquehuanca
David Choquehuanca

Le ministre a rappelé que l’un des « Ekekos » les plus anciens de Bolivie se trouve dans un musée en Suisse, où il a été rapporté il y a plus de 155 ans par un diplomate du pays. Il a déclaré sur ce point « C’est peut-être pour cela que la Suisse est ce qu’elle est, elle a l’énergie de l’abondance ».

Dans la mythologie de l’Altiplano, Ekeko est le dieu de l’abondance et de la prospérité, dans les Andes péruviennes et en Bolivie, il est représenté par une poupée à l’esprit mercantile, il s’agit d’une expression populaire dans toute la région de l’ancien Tiwanaku.

Chaque année, des milliers de Boliviens rendent hommage à Ekeko et sollicite ses faveurs avec enthousiasme et ferveur, ils achètent une miniature de ce petit bonhomme rondouillard, cigare à la bouche, chargé de biens (dont des billets de banque pleins les poches). L’effigie de ce « criollo » aux mains pleines est censée apporter l’abondance dans les foyers qui l’abritent, achat d’une maison, d’une voiture, d’électroménagers, les rêves deviennent réalité grâce à lui.

L’Ekeko, ainsi que d’autres figures de l’abondance et de la fécondité font désormais partie de la célébration des fêtes des Alasitas (en langue aymara, cela signifie « achète-moi »), tous les 24 janvier, « une célébration aussi importe que Noël, qui est aussi un moyen de rendre hommage à la Pachamama ». La Feria des Alasitas était à l’origine une fête du monde rural que célébraient les paysans pour que les récoltes soient abondantes, puis bien plus tardivement les deux manifestations ont été regroupées en une seule célébration, le 24 janvier.Bolivie23122013-1

Cette date avait été choisie en 1781 par le maire espagnol de La Paz comme jour de fête aux remerciements à la Vierge pour avoir sauvé la ville de l’insurrection indigène de Tupac Katari l’année précédente. On y échangeait des miniatures et c’est au fur et à mesure que le personnage de Ekeko a été associé à la fête des Alasitas.

Sa physionomie a beaucoup évolué au fil du temps, à l’époque pré-hispanique il s’agissait d’un petit personnage bossu et nu au phallus disproportionné (symbole de fertilité) il a fait place aujourd’hui à un personnage aux traits hispaniques qui assume clairement ses signes extérieurs de richesse. Chez les kallawayas, il existe toujours une figurine représentant un bossu dénudé.

Ekeko
Ekeko

La représentation de ce « dieu de l’abondance », la plupart du temps réalisée en plâtre, présente par ailleurs une bouche ouverte, où on lui introduit des cigarettes allumées lors des rites qui lui sont consacrés, il reçoit également des offrandes de coca (feuille emblématique des Andes à valeur rituelle) et d’alcool. Ces pratiques destinées à établir un lien de réciprocité avec Ekeko qui, bien traité, ragaillardi et enrichi chaque année au moins d’une nouvelle miniature, est censé promettre l’abondance de biens dans la maison qui l’accueille.

De fait, Ekeko, tout comme le père Noël, est attendu comme le Messie par les Boliviens pour leur apporter tous les biens tant convoités, une croyance tout aussi capitaliste, néanmoins au goût du ministre des Affaires étrangères fervent défenseur de l’identité culturelle bolivienne.

(Aline Timbert)