Le gouvernement du Chili a décrété, mercredi dernier, l’alerte sanitaire dans les régions de Metropolitana, Valparaíso, Maule et d’Araucanía en raison de la situation générée par les multiples foyers d’incendie qui ont déjà ravagé 40 000 ha en ce début d’été austral. Cette décision a été prise après une réunion menée au palais de La Moneda avec le ministre de la Santé, Jaime Mañalich, une mesure préventive, dont le but est d’octroyer des moyens plus importants pour faire face à d’éventuelles menaces pesant sur la santé de la population. L’objectif des autorités est de rassurer la population confrontée à d’épais nuages de fumée, plusieurs grandes villes sont concernées y compris la capitale Santiago.

chili13012014-1Des feux de forêt qui ont bien du mal à être circonscrits par les pompiers, le Bureau national aux urgences (Onemi) vient de déclarer l’alerte rouge dans la province de Cordillera au vu de l’incendie forestier enregistré dans le secteur de El Peñón, qui a déjà détruit 200 ha de bois et de prairies. Selon l’organisme, l’incendie demeure très actif ce qui justifie le niveau d’alerte rouge, celui-ci sera d’actualité tant que « les conditions le justifieront ».

La province a rejoint ainsi celle de région Metropolitana, qui se trouve en alerte jaune depuis le 10 janvier en raison des incendies forestiers qui affectent une grande partie du pays. Parmi les plus gros incendies enregistrés ces dernières semaines, celui de Melipilla qui a ravagé près de 15 000 ha ou encore celui de El Maule qui a causé la destruction de 13 400 ha.

Le virus Hanta risque d’être propagé par les rongeurs qui fuient les zones incendiées

Le président sortant du Chili, Sebastián Piñera, a affirmé que cette année l’augmentation des feux de forêt était estimée à 66 % (soit 860% d’hectares brûlés en plus) par rapport à l’été précédent. L’alerte sanitaire se justifie par la présence d’une fumée incommodante, mais aussi par le risque d’expansion du virus Hanta, qui a déjà causé la mort de 11 personnes (53 morts enregistrés en 2013). Une situation qui s’explique par le déplacement des populations de rongeurs qui fuient les flammes en se déplaçant dans les zones urbanisées. L’hantavirus est un virus présent dans l’urine, la salive ou les excréments de rongeurs sauvages infectés. Il provoque diverses maladies, dont une maladie pulmonaire rare, mais sérieuse, appelée syndrome pulmonaire à hantavirus (SPH). Les êtres humains peuvent contracter une infection à hantavirus en inhalant des gouttelettes de salive ou d’urine en suspension dans l’air, ou des poussières d’excréments provenant de rongeurs sauvages infectés. La transmission peut également, mais beaucoup plus rarement, survenir lors d’un contact direct entre une matière contaminée et la peau non intacte (éraflure par exemple), ou encore, par ingestion d’aliments ou d’eau contaminés. Il n’y a pas de transmission interhumaine (d’homme à homme).

Consignes pour éviter le virus Hanta
Consignes pour éviter le virus Hanta

Il n’existe aucun vaccin, traitement ou remède particulier contre l’infection à hantavirus, mais une prise en charge médicale rapide et adaptée (diagnostic microbiologique et administration de soins précoces) favorisent le rétablissement du patient. Les symptômes du SPH se manifestent 1 à 6 semaines après l’exposition, mais le délai moyen est de 2 à 3,5 semaines. Cette maladie est grave, mais ne présente pas de risque majeur dès lors qu’une prise en charge médicale est faite dès les premiers signes de la maladie.

Le ministre de la Santé a signalé que les rongeurs pouvaient représenter un danger sanitaire, il convient donc de ne pas laisser traîner de la nourriture afin d’éviter de les attirer, de même les déchets doivent être parfaitement enfermés et les espaces clos doivent être aérés « il y a une augmentation de 50 % de la population de rongeurs, de plus l’étude menée actuellement dans la région de La Araucanía souligne que 100 % des femelles attendent les petits, nous nous attendons donc à une augmentation substantielle du nombre de rongeurs », a signalé le sous-secrétaire à la santé publique, Jorge Díaz. Les campeurs estivaux sont appelés à la plus grande vigilance.

chili13012014-3Il y a quelques jours, la capitale Santiago était recouverte d’une épaisse fumée avec la réactivation de l’incendie forestier de Melipilla, des conditions qui affectent grandement la qualité de l’air et s’avèrent particulièrement nocives pour les personnes souffrant d’allergies et de pathologies respiratoires chroniques comme l’asthme. Les enfants, les personnes âgées et les femmes enceintes doivent faire l’objet de toutes les attentions, la première mesure de prudence consiste à éviter de pratiquer une activité physique à l’extérieur.

Devant l’ampleur des incendies, le Chili en appelle à l’aide étrangère pour venir à bout des flammes, le directeur régional du Conaf, Luis Carrasco a affirmé « nous faisons face avec tous les moyens dont nous dispositions au niveau de la région, plus ceux déployés par les autorités et il se pourrait que nous recevions davantage de soutien ».

chili13012014-2Un support aérien aurait été sollicité pour contrôler et éteindre les incendies, le Brésil devrait envoyer un Twin Otter pour prêter main-forte aux secours qui font tout leur possible pour maîtriser la situation.

Le président a par ailleurs souligné que les auteurs de ces incendies seraient punis « Ce n’est pas seulement un phénomène naturel, cela implique également la main de l’homme », a déclaré M.Piñera ajoutant « Parallèlement à la mobilisation de tous nos efforts et de notre potentiel pour lutter contre les incendies, nous poursuivrons et feront appliquer toute la rigueur de la loi à ceux qui croient que brûler les forêts ou les maisons de nos compatriotes pour satisfaire leurs desseins ».

(Aline Timbert)