L’ONG internationale Survival, qui lutte pour le respect des droits des peuples autochtones à travers le monde, tire la sonnette d’alarme en s’appuyant sur les conclusions d’une étude scientifique menée sur le Chaco paraguayen par l’université du Maryland.

Selon ce rapport, la forêt du Chaco, situé au Paraguay, subit la plus grande déforestation au monde, c’est donc un système écologique précieux qui est anéanti avec cette destruction environnementale massive, et ce sont également des communautés autochtones qui risquent de disparaître si aucune mesure n’est prise. Les images satellites sont sans appel, elles dévoilent une augmentation de la déforestation extrêmement inquiétante entre 1990 et 2013, une zone qui abrite pourtant les Ayoreo. Une communauté indigène dont certains membres vivent encore totalement isolés du reste du monde. Abritant une faune et une flore exceptionnelles, le Chaco représente, après la forêt Amazonienne, la deuxième zone forestière du continent sud-américain.

Maison ayoreo abandonnée©/Survival
Maison ayoreo abandonnée©/Survival

Les Ayoreo isolés mènent une vie traditionnelle de chasseurs-cueilleurs, ces groupes nomades vivent sciemment dans un isolement total, refusant ainsi tout contact avec le monde extérieur, mais l’extension de l’élevage et de l’agriculture constitue une menace sérieuse à leur survivance. Pourtant, les autorités ne font rien pour protéger les natifs et leur habitat naturel, une attitude contraire à la législation internationale en vigueur à laquelle le pays d’Amérique du Sud a souscrit.

En effet, le Paraguay, comme d’autres pays d’Amérique du Sud, a adopté la Convention 169, or, en ne respectant pas les droits des peuples autochtones, le gouvernement nie en toute connaissance de cause la ratification du 10/08/1993. Par ailleurs, le 13 septembre 2007, l’Assemblée générale des Nations Unies a entériné la Déclaration sur les droits des peuples autochtones (DDPA). Avec l’adoption de cette déclaration, les Nations Unies ont fait un grand pas en faveur de la promotion et de la protection des droits des peuples indigènes et tribaux à travers le monde. Mais sur le terrain la réalité est souvent toute autre, et les lois sont ouvertement bafouées au détriment des populations les plus vulnérables pour favoriser des entrepreneurs avides de faire fructifier ce territoire .

Les Ayoreo sont directement menacés par cette déforestation galopante

Récemment, le ministère de l’Environnement du Paraguay a poussé le vice en accordant des licences d’exploitation de la forêt des Ayoreo à la compagnie brésilienne d’élevage Yaguarete Pora SA et à Carlos Casado SA (une filiale de la société espagnole de construction Grupo San José), une décision d’autant plus choquante que cette forêt est localisée dans une réserve de biosphère de l’UNESCO.

paraguay24012014-1Aujourd’hui, les intérêts économiques ont pris le pas sur le respect des droits fondamentaux et sur les enjeux écologiques dans cette zone unique regorgeant d’espèces naturelles jusqu’alors peu étudiées. Des choix politiciens qui contraignent les indigènes isolées à une fuite permanente, le bruit étourdissant des bulldozers, machines à détruire la forêt, les condamne chaque jour un peu plus, leur habitat est réduit à une peau de chagrin tout comme leur espérance de vie. À mesure que la forêt du Chaco se meurt, les indigènes plient sous le poids de leur détresse, le danger est omniprésent : la disparition du gibier, l’impact désastreux sur la biodiversité, mais aussi le contact avec ces « étrangers » partis à la conquête illégale des terres, car ils peuvent être porteurs de maladies contre lesquelles les natifs n’ont aucune immunité.

Dans un appel urgent au Rapporteur spécial des Nations-Unies sur les peuples indigènes, l’organisation ayoreo OPIT a souhaité attirer l’attention sur la nécessité d’inverser la tendance très rapidement « la protection des forêts et des territoires [des Ayoreo et des membres isolés de leur groupe] est vitale » ajoutant « pour eux la préservation des forêts et de leurs territoires constituent la vie même, de cela dépend leur culture, leur alimentation, leur santé et leur autonomie ».

« Les projets de développement de l’élevage de Yaguarete et de Carlos Casado sur la terre ancestrale des Ayoreo-Totobiegosode vont dévaster et faire disparaître leur système forestier et toutes leurs ressources naturelles », peut-on également lire dans cette missive.

Le très engagé Stephen Corry, directeur de Survival International, a lui aussi mis l’accent sur la gravité de la situation : « Pour combien de temps encore le Paraguay va-t-il se faire gloire de ses deux réserves de biosphère de l’UNESCO ? Avec le taux de déforestation le plus élevé au monde, le Chaco finira par disparaître et avec lui l’unique groupe d’Indiens isolés du pays. Le gouvernement paraguayen doit prendre des mesures d’urgence pour empêcher les éleveurs brésiliens de détruire son patrimoine avant qu’il ne soit trop tard pour le Chaco, et trop tard pour les Ayoreo ».

Le peuple ayoreo représente les derniers indigènes isolés d’Amérique du Sud résidant en dehors du bassin amazonien.Des compagnies d’élevage privées telles que Yaguarete Porá S.A. ont d’ores et déjà réduit à néant plusieurs milliers d’hectares de forêts pour en faire des zones agricoles obligeant les natifs à abandonner leurs terres ancestrales.

Membre de la communauté ayoreo©/Survival
Membre de la communauté ayoreo©/Survival

Le Paraguay, sous l’autorité du CIDH (Commission interaméricaine des droits de l’homme), a déjà été condamné à trois reprises pour violation des droits des peuples indigènes. En 2005 et en 2006, la Cour a émis un jugement en faveur des communautés indigènes Yakye Axa et Sawhoyamaxa qui reconnaissait que l’État devait restituer les terres traditionnelles à ces communautés bafouées. Toutefois, bien que les sentences de la CIDH aient un caractère inaliénable, l’application, dans les faits, des jugements rendus, a été jusqu’alors imperceptible.

(Aline Timbert)