Après un dimanche (2 février 2014) d’élections présidentielles au Salvador et au Costa Rica, les électeurs de ces deux pays d’Amérique centrale seront appelés à se déplacer de nouveau dans les bureaux de vote pour un second tour décisif. En effet, aucun des candidats n’a été capable de s’imposer dès le premier tour en remportant le nombre de voix nécessaires, des élections disputées qui n’ont pas permis de désigner le nouveau président de la République salvadorien ni le prochain chef de l’État costaricien.

Salvador Sánchez Cerén et son épouse
Salvador Sánchez Cerén et son épouse

Au Salvador, c’est le candidat de gauche appartenant au parti Frente Farabundo Martí para la Liberación Nacional (Fmln), Salvador Sánchez Cerén, qui est arrivé en tête du scrutin en réunissant 48,95 % des votes après le dépouillement de 79,41 % des suffrages électoraux. Un résultat important, mais insuffisant pour remporter la victoire dès le premier tour (la majorité absolue est indispensable pour remporter les présidentielles dès le premier tour au Salvador). Des résultats délivrés par le Tribunal suprême électoral du Salvador, selon lesquels le candidat Norman Quijano (actuel maire de la capitale), du parti de droite Alianza Republicana Nacionalista (Arena) a récolté 38,96 % des votes, Antonio Saca du parti Concertación Nacional de son côté, a convaincu 11,41 % des électeurs et s’est positionné en troisième position.

La grande nouveauté de ces élections présidentielles c’est que pour la première fois dans l’histoire du pays, parmi les 5 millions de Salvadoriens appelés à voter, on retrouvait 10 000 résidents expatriés aux États-Unis, principale destination des immigrants.

La campagne électorale au sein de ce pays malheureusement réputé pour son extrême violence et sa pauvreté (qui dépasse les 40 %) a été marquée par la trêve très fragile signée en 2012 par les principaux gangs du pays : Mara Salvatrucha et Barrio 18. Un engagement qui a permis de réduire le nombre d’homicides puisque ce dernier est passé de 66 meurtres pour 100 000 habitants à 44 ! Les scandales ont également émaillé la campagne électorale, des suspicions de corruption planent sur le parti ARENA, l’ancien président Francisco Flores, est soupçonné d’avoir détourné 10 millions de dollars donnés par Taiwan pour pallier les conséquences désastreuses de deux tremblements de terre que la population salvadorienne a dû affronter.

Norman Quijano quittant le bureau de vote (2 février 2014)
Norman Quijano quittant le bureau de vote (2 février 2014)

Norman Quijano n’est pas épargné par la polémique puisqu’il serait également mêlé à un cas de corruption, il est soupçonné d’avoir utilisé les machines d’une entreprise publique et les fonds de coopération prévus par le gouvernement du Japon pour promouvoir le développement des communautés rurales d’El Salvador et construire un puits sur l’une de ses propriétés agricoles.

Bien que le candidat Sánchez possède une avance certaine, selon les dernières enquêtes son passé comme commandant de la guérilla dans les années 80 constitue un obstacle de taille à son arrivée à la tête du pays. Le Salvador a en effet enduré une guerre civile de 12 ans qui a fait 75 000 morts et plus de 8 000 disparus. Sánchez était connu à cette époque comme le commandant « Leonel », il était le chef des Fuerzas Populares de Liberación, le groupe le plus important la guérilla du FMLN accusé par la Commission de Vérité d’exécutions et de séquestrations contre des militaires.

Le candidat, arrivé en tête au premier tour, a un autre point faible, il s’agit de son manque de charisme qui contraste avec l’aisance de son principal soutien, M. Funes, président sortant et journaliste de formation, qui malgré ses liens avec la guérilla, n’a jamais combattu.

L’ancien président Antonio Saca (de 2004 à 2009) détient les clés du second tour avec le jeu du report des voix…

Les électeurs trancheront lors du second tour présidentiel qui se tiendra le dimanche 9 mars. C’est la première fois depuis 1994 que le président du Salvador sera élu lors d’un second tour électoral.

Au Costa Rica, le candidat Luis Guillermo Solís a créé la surprise en arrivant en tête du premier tour

Luis Guillermo Solís
Luis Guillermo Solís

Au Costa Rica, c’est le candidat de centre gauche Luis Guillermo Solís du Partido Acción Ciudadana (PAC), qui a remporté 30, 8 % des voix au premier tour devant Johnny Araya du Partido Liberación Nacional (PLN), qui a réuni 29,6 % des suffrages. Ni l’un ni l’autre n’ayant réuni 40 % des suffrages nécessaires pour échapper à un second tour, ce dernier aura bien lieu le 6 avril.

Le mécontentement ressenti à l’encontre du gouvernement de la présidente sortante Laura Chinchilla et la conviction, pour une grande partie de l’électorat, qu’il était impossible que le PLN obtienne un troisième mandat, semble avoir rendu possible la victoire du centre gauche Solís. Quelques semaines avant les élections, Luis Guillermo Solís arrivait, selon les sondages, en quatrième position dans les intentions de vote, dimanche la surprise a donc été totale lorsqu’il est arrivé en tête du scrutin dépassant le candidat du parti en place, Johnny Araya.

Ainsi, pour la première fois en un demi-siècle, un parti différent du PLN ou de la Unidad Social Cristiana a réussi à s’imposer, même si le pourcentage obtenu par le PAC ne permet pas d’échapper à un second tour, organisé seulement pour la deuxième fois dans ce pays !

Johnny Araya
Johnny Araya

Luis Guillermo Solís et Johnny Araya ont commencé hier l’opération séduction afin de créer des alliances avec d’autres partis, des coalitions indispensables à la victoire. Selon le politologue et professeur de l’université du Costa Rica, Francisco Barahona, les résultats du parti ‘officialiste’ s’expliquent par le mécontentement de la population envers le gouvernement en place : les cas croissants de corruption, les inégalités flagrantes, l’incapacité à réduire la pauvreté (estimée aujourd’hui à 20 %), le chômage qui atteint 10 % sont autant de maux qui ont discrédité la politique menée par la présidente Laura Chinchilla.

Tant au Costa Rica qu’au Salvador, l’issu du second tour reste incertain, même si la gauche fait une percée significative. À noter enfin que la mobilisation des électeurs au Costa Rica a été supérieure, pour ce premier tour électoral, à celle des Salvadoriens avec des taux de participations respectifs de 70 % et 53 %.

(Aline Timbert)