Mardi 4 février, le Pérou a annoncé que des scientifiques d’État allaient analyser les causes de la mort de plus de 400 dauphins qui ont échoué sur la côte nord du pays durant le mois de janvier, alors qu’un phénomène similaire avait déjà été enregistré en 2012.

En effet, ce sont des centaines de cétacés qui ont été retrouvés sans vie sur les plages de la côte Pacifique (sur environ 142 km de littoral) ces dernières semaines, là même où les cadavres de plus de 800 dauphins avaient malheureusement échoué en 2012 sans que les chercheurs puissent donner la cause exacte de ce phénomène aussi mystérieux qu’inquiétant.

perou06022014-1La thèse de l’empoisonnement toxique reste une probabilité qui ne bénéficie d’aucune base scientifique, car selon les chercheurs cela aurait dû avoir un impact sur l’être humain qui consomme les produits de la mer de la région impactée. Les scientifiques n’écartent pas la possibilité que ces décès soient liés « à l’impact sonore produit par les explorations de trois ou quatre compagnies pétrolières installées dans la région ».

Gladys Triveño, ministre à la Production et à la Pêche a déclaré, lors d’une conférence de presse, que les causes de mortalité pouvaient s’expliquer par la présence d’algues toxiques, ou par un problème d’oxygénation, cependant ces hypothèses ne sont pas confirmées par les analyses. Les scientifiques de l’institut maritime (Imarpe) du Pérou ont trouvé les dépouilles de cétacés aux côtés de celles de loups de mer, mais aussi d’oiseaux sur la côte pacifique péruvienne, le responsable de l’Imarpe pour la zone côtière de Lambayeque a également signalé le décès tortues de mer.

Le personnel de l’Imarpe a affirmé que parmi les victimes, des jeunes dauphins ainsi que des dauphins adultes, certains étaient morts en mer tandis que d’autres sont arrivés moribonds sur la plage.

Pour sa part, le directeur de l’unité de biologie marine de l’université Cayetano Heredia, Yuri Hooker, a souligné que ce n’est pas la première fois, qu’à cette époque de l’année, c’est-à-dire en plein été austral, des cas de mortalité massive, dont on ignore précisément les causes, surgissent dans cette région. Il a également précisé que sur la côte nord du Pérou il est plutôt commun d’observer des bancs de 2000 à 3000 dauphins, de fait si un problème épidémiologique surgit, cela peut affecter tout un groupe.

David Montes, professeur de biologie marine à l’université scientifique du Sud, qui a effectué les autopsies sur les dauphins décédés en 2012, affirme que les causes de la mort peuvent être diverses et variées, à savoir les conséquences désastreuses de la pêche (attrapés dans les filets, ils finissent par mourir étouffés en se débattant), mais aussi des maladies et des intoxications, les analystes doivent donc écarter aucune piste.perou06022014-2

« Le nombre de toxines dans la mer peut s’élever à plusieurs centaines, et l’analyse des toxines réalisée dans un laboratoire péruvien concerne les plus répandues d’entre elles, soit environ quatre. D’autres laboratoires dans le monde ne seraient pas, de toute façon, en mesure d’effectuer tous les tests », a reconnu David Montes.

Des phénomènes similaires se produiraient dans d’autres pays assez fréquemment, par exemple en Australie et Nouvelle-Zélande, selon le scientifique ces pays ne sont pas plus à même de définir les causes exactes de ces morts massives. « Beaucoup de choses se passent en mer que nous ignorons, c’est pour cette raison que, souvent, les causes d’échouage des dauphins restent indéfinies », a-t-il affirmé.

Selon les premières analyses effectuées sur les corps de dauphins (sur les tissus prélevés) qui ont été menées, le 15 janvier, dans les laboratoires de la capitale Lima, les scientifiques ont écarté la possibilité que les dauphins aient pu être empoisonnés par des substances rejetées par les pêcheurs ou encore par d’autres substances extractives. Des autopsies menées cette fois sur les organes ( le foie, les poumons et les reins) vont être effectuées dans les prochains jours.

perou06022014-3Le Pérou possède l’une des mers les plus riches au monde, sur 83 espèces de cétacés connus sur la planète, parmi lesquels les dauphins, 36 espèces évoluent dans les eaux de ce pays d’Amérique du Sud, des chiffres donnés par le service national des zones naturelles protégées par l’État.

À cette époque de l’année, les dauphins approchent des côtes pacifiques à la recherche d’anchois pour se nourrir, il s’agit également d’une période de reproduction pour ces mammifères marins.

(Aline Timbert)